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    Des bracelets de légende indémodables

    En métaux précieux, sertis ou non, chacun de ces accessoires iconiques incarne la maison qui l’a imaginé. Tous ont traversé les décennies sans se démoder, évoluant subtilement, sans rien perdre de leur beauté originelle.

    Publié le 
    14 Avril 2015
     par 
    Marie-France Longerstay

    Fred, Force 10: la maille précieuse

    Fils d’un bijoutier ayant émigré à Buenos Aires, Fred Samuel, passionné de sports nautiques, commence son parcours professionnel en 1924, à Paris, chez des négociants en pierres précieuses et perles. Douze ans plus tard, l’artisan s’installe en tant que joaillier créateur. Très rapidement, la modernité de ses lignes graphiques séduit et, comprenant l’attrait de Paris pour les étrangers, il crée des bibelots qui évoquent les monuments de la capitale. C’est pourtant de la mer que lui viendra l’idée de la collection Force 10. Devenu champion de voile, son fils aîné invente, pour sa jeune épouse, un bracelet à l’aide de câbles marins. Séduit par l’idée, Fred Samuel imagine pour attacher le câble une manille, reproduction parfaite de l’étrier qu’on utilisait pour relier un cordage à un objet à tracter. En 1966, l’objet fait sensation. A la fois puissant et intemporel, il convient à tous les poignets, féminins comme masculins. Et ne cessera, au fil du temps, de se décliner, dans un étonnant choix de couleurs, en colliers, plus récemment en montres.

    Hermès, Chaîne d’Ancre: attachement garanti

    C’est une promenade sur le quai du port de Saint-Aubin-sur-Mer qui inspire, dès 1938, à Robert Dumas, fils d’Emile-Maurice (alors président français), le dessin de cette chaîne. Attache provisoire d’un bateau à un port, elle incarne l’invitation au voyage, une notion chère à Hermès. Sa ligne pure et élégante, son matériau – des maillons en fonte, puis en argent et en or – séduisent d’autant plus que le bracelet ne possède aucun fermoir. Une fois la longueur fixée en fonction du poignet de celle qui le porte, un bâtonnet glissé dans un des anneaux le maintient en place. Représentatif du style maison qui, toujours, privilégie la pureté du dessin, il reste l’une des valeurs sûres de la marque. Serti ou non.

    Cartier, Love: l’amour menotté

    Créé à New York en 1970, en pleine période «peace and love», par Aldo Cipullo, le bracelet Love, d’une extrême pureté, se veut symbole d’amour éternel. A tel point qu’une fois posé sur le poignet ce jonc en or ne s’enlève qu’à l’aide d’un tournevis, en métal précieux, lui aussi. Dans ces années placées sous le signe de l’amour libre, ce bijou ovale, qui se porte au plus près du corps, affiche ses vis comme l’e xpression d’une passion quasi indestructible. Unisexe et rock’n’roll, il séduit les couples sulfureux de l’époque, tels que l’Italienne Sophia Loren et son mari Carlo Ponti, Steve McQueen et Ali MacGraw ou Liz Taylor et Richard Burton. Symboles d’engagement mais aussi synonymes de rébellion, ses vis ne sont pas sans rappeler celles de la montre Santos lancée dès 1904, et prouvent combien, chez Cartier, un clou n’est jamais anodin. D’ailleurs, son créateur imagine, un an plus tard, Nail (ndlr: clou, en anglais). Clou d’or rose, géant, il se mue en bracelets, en boucles d’oreilles et en broches. «C’est un reflet de la vie, explique alors le designer. Nous sommes entourés par des choses qui sont vissées, boulonnées, clouées. Je pense qu’il ne peut pas en être autrement.»

    Bulgari, Serpenti: trouble et envoûtement

    Richard Burton aimait ironiser en affirmant: «Le seul mot italien qu’Elizabeth (ndlr: Taylor, son épouse) connaisse est Bulgari.» Bulgari, qui doit à la belle actrice la notoriété internationale de ce bracelet en or, sorti à la fin des années 40. C’est, en effet, en portant ce bijou sur le plateau du tournage de «Cléopâtre», de Joseph L. Mankiewicz, que Liz Taylor le hisse au rang d’icône de la joaillerie. La queue du bracelet serti de diamants comme la tête ponctuée d’une crête de diamants taille navette et de deux yeux en émeraude en font une parure de haute joaillerie qui suscite aussi le désir de Diana Vreeland, alors rédactrice en chef du magazine Vogue et grande amatrice de motifs serpent.

    Fidèle à son goût pour la tradition antique, Bulgari ne cessera de décliner ce modèle à l’infini. Certaines couleurs de bracelet lui seront inspirées par des espèces rares de reptiles, telles que le tacheté polychromatique où le serpent à long nez donne naissance à des écailles émaillées de blanc, rouge, vert, noir, marron et turquoise. Des modèles rares, produits à moins de cent exemplaires.

    Van Cleef & Arpels, Alhambra: le choix du bonheur

    «Pour avoir de la chance, il faut croire à la chance», aimait à dire Jacques Arpels, alors président de la marque qui porte son nom. Rien d’étonnant donc à ce que le trèfle à quatre feuilles devienne, dès 1968, le motif de prédilection d’une collection de bracelets et de colliers. Reflet de l’expertise maison, chaque pièce est façonnée à la main. Le bijou est très vite adopté par des personnalités comme Françoise Hardy et Romy Schneider, sensibles à sa modernité et à la subtilité d’un motif symbolique ourlé de perles d’or. Fluide, facile à porter à tout moment de la journée, il est particulièrement apprécié dans sa version en malachite. A tel point qu’en 1975 la princesse Grace de Monaco craque pour le sautoir. Bois d’amourette, cornaline, calcédoine, lapis-lazuli, nacre, œil-de-tigre, onyx, turquoise et diamant, aucune pierre ne résiste, travaillée par des lapidaires et des joailliers, des sertisseurs et des polisseuses. Quand le motif est orné de diamants, le sertisseur adopte le serti neige afin de réduire l’espace entre les pierres. En 2013, la malachite, pierre opaque et singulière, associée à l’or jaune, est choisie pour une collection qui célèbre le 45e anniversaire de cette création.

     

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