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    Et soudain, à 30 ans, on s'habille toujours pareil

    La trentaine bien installée, la plupart d'entre nous renonçons à suivre les dernières tendances vestimentaires pour nous fixer dans un look. Le début de la fin? 

    Publié le 
    14 Mars 2018
     par 
    Julien Pidoux

    Lors de votre prochain repas entre amis, tournez la tête à gauche, puis tournez la tête à droite. Si vous avez entre 30 et 40 ans, le constat est sans appel. Vos connaissances s’habillent tout le temps de la même manière.

    Comme si, passée une certaine Migros-Data, on renonçait à suivre la mode et on se fixait sur un seul look, éventuellement déclinable en plusieurs tenues. Une silhouette à base de pièces techniques North Face et Mammut pour l’un, un combo jean skinny-T-shirt blanc-veston pour cet autre, un ensemble noir et évanescent pour celle-ci, une chemise blanche à col très haut et lunettes noires pour Karl Lagerfeld, un jean informe et un T-shirt gris pour Mark Zuckerberg… évidemment, ce même constat fonctionne très certainement pour vous aussi. Il faut se rendre à l’évidence: un jour, ça y est, la mode n’a plus (autant) d’influence sur la façon dont on sort de chez soi pour affronter le monde extérieur.

    Avant de nous prononcer sur la gravité des symptômes, revenons au cœur du problème. Autour de quel âge ne sommes-nous plus si sensibles aux affres de la modosphère? A la louche, tout cela devrait se dérouler quelque part entre l’adolescence et le troisième âge. «Personnellement, j’ai vécu ce tournant autour de mes 40 ans. On arrive à un moment dans la vie où on se pose des questions, relate Yannick Aellen. J’ai toujours aimé la mode, j’ai été amusé, touché, intéressé par elle, jamais victime. Mais il est vrai qu’entre 20 et 35 ans, j’étais plus attentif aux tendances.»

    Pourquoi les jeunes s'habillent-ils tous pareil?

    Normal, a priori, pour le fondateur et directeur de Mode Suisse. Mais il n’est de loin pas le seul à situer cette transition au cœur de la trentaine. «Quand tu as 20 ans, en plus de chercher un look qui te définit, tu as besoin de savoir que tu plais, car le regard des autres est important», a ainsi observé Lucy. Un besoin qui s’estomperait avec le temps. Audrey ne dit pas autre chose quand elle parle des diktats qu’on arrête de suivre.

    «On sait ce qu’on aime, ce qui nous va et comment on veut se sentir. Il est temps, à 35 ans, de s’écouter au lieu d’écouter les autres.»

    Les sirènes des catwalks

    Du côté académique aussi, on a remarqué cette tendance. «Le processus de construction identitaire est souvent plus intense et s’exprime plus fortement durant l’enfance et l’adolescence, mais il se poursuit aussi à l’âge adulte», observe Liza Petiteau, spécialiste en psychosociologie de la mode. Avant d’aller plus loin, il faut pour elle au préalable différencier trois principaux groupes: les meneurs, les suiveurs et les réticents. Les premiers seront favorables à toute nouvelle mode, «même si elle est des plus improbables». Les suiveurs, eux, suivront comme leur nom l’indique les tendances sans trop se poser de questions. Finalement, les réticents auront la capacité de rester sourds aux sirènes des catwalks, et adopteront des tenues qui reflètent l’image qu’ils souhaitent projeter en société. Plus l’âge passe, plus les meneurs et les suiveurs seront nombreux à se transformer en réticents, avec un pic au milieu de la trentaine.

    «C’est là qu’apparaît l’idée d’un style personnel, reflet des valeurs individuelles et des traits de la personnalité», résume celle qui est aussi enseignante à l’école supérieure de la mode de Montréal.

    L’uniforme de Mariah Carey

    Certaines étapes-clés de la vie – mariage ou séparation, nouveau boulot, déménagement… – viennent aussi remettre en question notre façon de nous habiller. Par souci de simplification, la plupart d’entre nous optons alors pour une palette réduite de pièces, plus basiques et classiques. Même Mariah Carey, dont la garde-robe dégouline de robes bustiers (roses de préférence), a fait ce chemin-là. Moins besoin de se prendre la tête tous les matins devant ses armoires, du coup gain de temps considérable. Mais pas seulement.

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    Du cran pour sortir du lot

    «A un moment donné dans notre vie, on arrive à quelque chose de plus stable, aussi intérieurement. On n’a plus besoin d’expérimenter, plus besoin de se rassurer à travers le vêtement – on parle de vêtement-carapace –, réfléchit Elizabeth Fischer, professeur à la HEAD de Genève. Avec cette stabilité personnelle et professionnelle, on n’a plus besoin de chercher tout ça.» Elle ajoute que la Suisse est, de plus, un cas à part. «Ici, on sort moins de la norme et il faut du cran pour sortir du lot. A Londres par exemple, il y a bien plus de diversité.»

    Bye bye crêtes capillaires colorées, piercings faciaux et couleurs fluo, on fait ici davantage honneur au gris. Au noir. Au denim. Mais il ne s’agit pas pour autant d’être terne. «Passé un certain âge, se forcer à porter certains looks peut être ridicule, il devient alors plus élégant de trouver son propre style, précise Yannick Aellen. Mais ce style peut être un vrai statement, hyper inspirant, regardez Mei Hui Liu, Lydia Kamitsis ou plus proche de nous la regrettée Crista de Carouge.» Toutes des personnalités du milieu de la mode immédiatement reconnaissables en raison de leur look affirmé, mais totalement déconnectées des trends du moment.

    Pape du normcore, papa de l’iPhone


    © Getty

    Toutefois, si certains uniformes sont inspirants, audacieux et sortent du lot, d’autres, à l’opposé, brillent par leur monotonie. Icône des nerds du monde entier et pape du normcore, Steve Jobs est l’incarnation de ce courant dans tout ce qu’il a de rigoriste.

    Le fondateur d’Apple avait en effet réduit sa garde-robe à l’extrême: une paire de Levi’s 501, un col roulé noir (mais Issey Miyake, s’il vous plaît) et des baskets New Balance. Le papa de l’iPhone aurait commencé à porter sa tenue signature après un voyage au Japon, au début des années 80. Il était alors un tout jeune quadra. Pour la petite histoire, il aurait même tenté de faire porter l’uniforme à tous ses employés, sans grand succès.

    Baskets: la maxi semelle s’impose

    «Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg, ce sont les looks de personnes qui n’ont peut-être rien à faire de la mode, mais qui, grâce à leurs silhouettes reconnaissables entre toutes, perdent leur statut d’individus et deviennent des personnages, acquièrent par là une forme d’immortalité», s’enthousiasme Laurent Cotta, conservateur au Musée de la mode de Paris. Et de citer aussi, outre Karl Lagerfeld, Gabrielle Chanel et ses éternels tailleurs.

    Ces vêtements qu’on ne portera jamais

    Célèbres ou quidams, totalement imperméables aux tendances ou fashionistas hyper pointues, hommes ou femmes, les individus qui, à un moment donné, se figent dans un look – qu’il soit flamboyant ou non – sont très nombreux. La motivation la plus souvent évoquée est une certaine lassitude face à cette fast fashion difficile à suivre, et à nos armoires dont on ne porte au final que 30% du contenu. Comme le relève Yannick Aellen, «quand on a trouvé son style, ça fera toujours vrai, mais quelqu’un qui change de garde-robe tous les mois, ça peut vite partir dans le ridicule».

    Ce qu'ils en pensent....

    «Vers 35 ans, on sait ce qui nous va et ce qui ne nous ira pas, car nous avons justement expérimenté différents styles liés à des modes assez éphémères, en fin de compte. Ou peut-être sommes-nous simplement désenchantés de cette industrie qui nous a tant fait rêver quand nous étions jeunes.»  
    David

    «A pile 35 ans, j’ai trouvé mon costume. Veste en jean, slim noir, T-shirt uni, bonnet sur la tête, baskets aux pieds. J’avais pigé que ça m’allait comme un gant et que je m’y sentais bien. Comme le costume de Superman que tu enfiles pour aller défier le monde extérieur. Je pense que vers 35 ans, tes aspirations profondes sont aussi plus claires. Quand tu changes de look tous les mois, tu changes d’objectifs et de passions tous les mois aussi.»
    Fred

    «J’ai décidé de ne porter que du gris, du bleu et du noir, D’avoir 3 pantalons, 10 t-shirts. bref, simplifier mon armoire. Ce sont les couleurs que j’aime et les coupes que j’aime. Pas besoin de plus. C’est ma «signature». en plus, je gagne de la place et du temps. Le matin, pas besoin de réfléchir à ce que je vais mettre, Tout va avec tout.»
    Benoît


    © Getty 

    Quels jeans porter ce printemps?

    «Parce qu’à un certain âge, il faut admettre que les tailles hautes et les top au-dessus du nombril, ça ne te met pas en valeur.»
    Audrey

    «Je suis très heureuse de ne plus passer mes samedis à faire du shopping avec les copines… mais est-ce qu’après 35 ans, on ne dépenserait pas plus pour la déco???»
    Laure

    «Je crois que plus on vieillit, moins on ressent ce besoin de faire plaisir aux autres. On est plus à l’aise avec nous-mêmes, et on réalise que le bonheur vient davantage de l’intérieur que du regard des autres.»
    Clémentine

    «On s’accepte, on commence à connaître ce qu’on aime vraiment niveau fringues, on se dirige plus vers le faire et moins vers le paraître… mais je reste fascinée par les vraies nouveautés stylistiques.»
    Sebastiana

     

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