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Au loin, la guerre. Dans un récit bouleversant, Julia Franck romance l’histoire de son père abandonné, à la fin de la guerre, par sa mère juive à bout de forces.
Un quai de gare, dans la bousculade de la fin de la guerre en Allemagne. Une mère et son garçon de 5 ans fuient les soldats de l’Armée rouge et les viols. Elle l’assied sur un banc, lui confie la valise et ne revient plus jamais. C’est sur cet abandon monstrueux et incompréhensible que s’ouvre le roman de Julia Franck.
L’écrivaine de 38 ans sait de quoi elle parle: cette histoire est celle qu’a vécue son père. Il n’a jamais vraiment expliqué, à peine suggéré. Après son décès, sa fille s’est donc livrée à une sorte d’enquête historique pour essayer de comprendre. Le résultat n’a pourtant rien d’une monographie privée, même si les lieux – Stettin ( aujourd’hui Szczecin, en Pologne), Berlin – sont ceux où sa famille a vécu. Il s’agit là d’un vrai roman étoffé par l’épaisseur des récits récoltés. Le livre a suscité un gigantesque succès et des réactions hostiles: l’idée même de la maternité y est questionnée et la précision du langage est à peine supportable. Mais de quoi cela parle-t-il?
Du désert sentimental: Deux sœurs (la cadette, Hélène, deviendra la mère indigne) vivent auprès d’une mère juive, rongée par la maladie mentale, incapable de la moindre étincelle d’amour. Elles cherchent la chaleur dans les bras l’une de l’autre avant de s’enfuir à Berlin.
De la Berlin allumée de l’entre-deux-guerres: Là où la société brillante découvre les amours libres et n’entend pas le nazisme qui monte.
De la douleur anesthésiante: Hélène perd son fiancé et s’emmure dans son métier d’infirmière et le mépris de soi. Elle finit par épouser un ingénieur qui crie «Heil», sans vraiment s’en rendre compte. Trop lasse pour dire non. Finalement, cet homme partira aussi, en découvrant qu’elle n’est plus vierge. Mais il laisse un fils.
De la destruction: Broyée par la guerre, détruite par les abandons, usée par les mensonges, qui est donc Hélène?
La femme de midi, de Julia Franck, traduit de l’allemand, Ed. Flammarion, 338 p.






















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