Dossiers
Aimer, c’est rêver l’autre. L’Américain Andrew Sean Greer déconstruit le couple dans un deuxième roman brillant.
Connaissez-vous vraiment ceux que vous aimez? C’est la question que pose ce roman, plongée magistrale dans l’Amérique des années 1950. Pearly, éduquée dans le patriotisme pur sucre, marie Holland, homme trop beau mais sans vie, fêlé par la guerre. Ils ont un fils et filent le parfait rêve américain, même s’ils sont Noirs et que la ségrégation raciale est encore très forte. «Il m’embrassait tous les matins à huit heures avant de partir et tous les soirs à six heures quand il revenait», résume Pearly. Un couple où chacun façonne, égoïstement, une image de l’autre qui l’arrange, et s’en contente. Mais un jour un amour enfoui refait surface. Un homme élégant, au nez cassé, se manifeste, prêt à tout pour reconquérir Holland, quitte à le monnayer à sa femme. Une histoire déjà vue (cette ambiance envoûtante et trouble des films de Douglas Sirk), mais tellement bien écrite qu’on ne va pas bouder son plaisir. Un mélo raffiné et poignant, où l’amour «imprègne le sang» des personnages «comme «une malaria», où le chagrin «règne dans leur cœur comme un roi fou». Par petites touches, c’est toute une époque qui resurgit: les grondements de la guerre de Corée au loin, les cris du rémouleur dans la rue, «Aiguisez vos couteaux!» et, dans la bouche, le goût doucereux du Coca-Cola à la cerise.
L’histoire d’un mariage, Andrew Sean Greer, Ed. de l’Olivier, 272 p.























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