Dix mille guitares, un roman de Catherine Clément

Métempsychose. Dans cette fresque signée Catherine Clément, un brahmane indien se réincarne dans un rhinocéros au XVIe siècle...

©

Par Sylvie Ulmann

 

Métempsychose. Dans cette fresque signée Catherine Clément, un brahmane indien se réincarne dans un rhinocéros au XVIe siècle.

Tout commence dans un champ de bataille au Maroc, en 1578. Lorsque le soleil se lève, il éclaire 10 000 guitares. Celles que les Portugais ont abandonnées en fuyant devant les Maures. Et une tête sans nez sur un corps ensanglanté. Serait-ce les restes de Sébastien, leur jeune roi, fervent catholique qui les avait entraînés dans cette croisade? Certains l’affirment. D’autres le disent parti dans le nord. C’est cette version de l’histoire que suit ce livre. Parmi les voix qui le portent, un rhinocéros. Mais attention, celui-ci est la réincarnation d’un brahmane qui avait cherché à choisir le ventre dans lequel il renaîtrait et en a été  bien puni. Restent son œil et son esprit, qui survivent à tout. Ramené de Goa à Lisbonne pour distraire les souverains, toujours en mal de sensations fortes, on le retrouve chez  Philippe II d’Espagne, chez Sébastien du Portugal, à Prague chez Rodolphe, l’empereur-alchimiste, puis en Suède, chez la reine Christine. Une fresque qui nous ouvre les yeux sur les beautés de l’impermanence, sans jamais oublier de nous faire sourire.

La phrase à retenir: «– Sa Majesté impériale me demande d’envoyer un portraitiste à Lisbonne en hâte (…). – Pour un portrait de mon neveu Sébastien? dit Philippe. – Non, Sire. De son rhinocéros.»

L’auteur: Catherine Clément, agrégée en philosophie, a passé cinq ans en Inde, un pays omniprésent dans ce livre comme dans nombre de ses précédents ouvrages. Elle a fondé et dirige l’Université populaire du Musée du quai Branly.

Dix mille guitares, de Catherine Clément, Ed. Seuil, 474 p.

 

Publier un nouveau commentaire