Voiture verte, vraiment écolo?

Pour sa 79e édition, le Salon de l’auto qui se clôt aujourd’hui s’est mis au vert. Entre un coup de marketing et un geste utile...

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Par Fabienne Rosset

 

 

Pour sa 79e édition, le Salon de l’auto qui se clôt aujourd’hui s’est mis au vert.
Entre un coup de marketing et un geste utile,
décodage de la conseillère nationale verte Adèle Thorens.

 

FEMINA Cette année encore, le Salon de l’auto de Genève a hissé pavillon vert. Est-ce une vraie volonté de changement?

ADÈLE THORENS Les constructeurs commencent seulement à se rendre compte que c’est un marché porteur. Mais c’est bien joli de s’extasier sur des nouveaux modèles technologiques, alors que les Suisses continuent à s’acheter des grosses voitures au bilan écologique désastreux. Nous avons le parc auto qui émet le plus de CO2 de toute l’Europe. Ce qu’il faudrait, c’est que le gouvernement prenne de vraies décisions en matière de taxation, imposant des mesures incitatives et contraignantes.

Par exemple?

Le gouvernement doit fixer des objectifs fermes, avec une moyenne d’émission de CO2 qui plafonne à 120 grammes par kilomètre comme en Europe, pour commencer. Les nouveaux propriétaires de voitures dépassant ce seuil devraient acheter des certificats CO2 dans le cadre d’une bourse au carbone. Ceux qui optent pour des voitures propres, eux, en recevraient.

Est-ce que les constructeurs cherchent à s’acheter une bonne conduite en se donnant une image écologiquement responsable?

Je suis partagée. D’un côté, je suis contente car ils ont senti que les gens ont envie de ça, que leur état d’esprit change. D’un autre côté, je me méfie d’un marketing mensonger et parfois pas du tout écologique. Quand je vois des publicités pour des véhicules 4×4 associés à des images de nature, ça m’énerve. Ce sont ces véhicules qui détruisent l’environnement!

Carburant vert ou non, est-ce que ce n’est pas l’efficacité en termes énergétique qui prime?

Oui, il faut savoir que quand on dit qu’une voiture est verte, c’est avant tout en fonction de ses émissions de CO2. Globalement, les voitures sont moins polluantes aujourd’hui. Mais le problème, c’est la quantité croissante de véhicules en circulation. Nous émettons donc malgré tout toujours plus de CO2.

La voiture verte n’est donc qu’un leurre pour préserver notre environnement?

Non, on est sur la bonne voie en matière d’innovation. Si on prend l’exemple de la voiture électrique, c’est une solution. Mais si elle fonctionne avec de l’électricité produite dans des usines à charbon, qui elles-mêmes émettent du CO2, c’est la catastrophe. Le développement de ces voitures doit être accompagné d’une politique de production d’électricité durable. Une voiture qui fonctionne à l’électricité nucléaire ne vaut pas mieux à mes yeux qu’une voiture à essence. Mais c’est surtout l’aspect quantitatif qui pose problème. Les voitures vertes, c’est bien, mais si on en vend deux fois plus, ça annule ses avantages.

Plus que la voiture, est-ce que ce n’est pas la mobilité qui doit être verte finalement?

En Suisse, 30% des trajets effectués en voiture sont inférieurs à trois kilomètres. Il faut donc changer les comportements et se demander si on ne peut pas plutôt faire tel trajet à pied, à vélo ou en train. Sans être extrémiste pour autant, car il y a des endroits où il est impossible de se déplacer sans voiture. Avec la dissémination de l’habitat, on ne peut pas mettre des transports publics devant chaque maison. Il y a là un véritable enjeu d’aménagement du territoire.

Quelle serait votre définition d’un véhicule vert par excellence?

Une voiture électrique qui serait livrée avec son panneau solaire. On fixerait ce dernier sur la voiture, le toit de sa maison ou dans un endroit prévu pour par la commune. Ce serait l’idéal!

Idéal… mais un peu utopique, non?

On y viendra!

 

Bio Express

Conseillère nationale verte, philosophe et politologue de formation, Adèle Thorens travaille au WWF. Au Conseil national, elle siège à la Commission de l’économie et des redevances.

 

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