Vincent Veillon réveille Couleur 3

Depuis début avril, il anime l’incontournable «Tout le monde il est beau» sur Couleur 3. A 25 ans tout juste, ce jeune Vaudois, également comédien au sein d’Avracavabrac, troupe d’impro lausannoise, succède ainsi à Yann Zitouni, «la» voix de la matinale, à ce poste très convoité. Propos choisis.

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Par Eva Grau / Photo: DR

Depuis début avril, il anime l’incontournable «Tout le monde il est beau» sur Couleur 3. A 25 ans tout juste, ce jeune Vaudois, également comédien au sein d’Avracavabrac, troupe d’impro lausannoise, succède ainsi à Yann Zitouni, «la» voix de la matinale, à ce poste très convoité. Propos choisis.

 

Premiers pas «Je suis un enfant des Alpes vaudoises. Je suis né il y a 25 ans à Monthey, dans le Chablais, mais j’ai grandi aux Plans-sur-Bex, un petit village à mille mètres d’altitude qui compte une centaine d'habitants. J’ai passé une maturité fédérale en arts visuels au gymnase de Burier, à La Tour-de-Peilz (VD). C’est là que j’ai commencé à faire de la radio, avec des amis. On avait créé une webradio avec des bouts de ficelle. Il y a dix ans, ce n’était pas très courant. On faisait ça pour amuser nos potes du gymnase, mais ça m’a donné envie de frapper à une porte plus professionnelle et j’ai postulé spontanément à Radio Chablais. Pendant cinq ans, à côté de mes études, j’y ai présenté une émission de reggae et hip hop. J’avais l’âge pour!»

Arrivée sur Couleur 3 «J’ai toujours eu en tête de travailler à Couleur 3, mais j’attendais le bon moment. Après le gymnase, je m’étais inscrit à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) pour pratiquer mon autre passion: l'image. Au printemps 2009, la 3 a mis au concours un poste à 50%. Je me suis dit qu’il fallait que j’essaie. J’ai passé les sélections et j’ai été pris. Mais il me restait encore une année à faire à l’ECAL avant mon Bachelor. Je me souviendrai toujours de ce moment où j’ai pris rendez-vous chez Pierre Keller (ndlr: le directeur de l’école à l’époque) pour lui annoncer la nouvelle. J’étais sûr qu’il allait m’assassiner! Mais je l’ai convaincu de me laisser travailler à la radio parallèlement à mes études. Il m’a dit: «C’est bon, Veillon, mais tu bosses!»

Deux cordes à son arc «La première année à Couleur 3 a été assez difficile, à cause de mes études à côté.  J’ai couvert Paléo pour la chaîne, puis j’ai commencé à faire des chroniques le matin dans l’émission de Duja et l’après-midi dans celle de Valérie Paccaud. J’ai dû beaucoup apprendre. J’avais plein de tics de langage à corriger. Je me souviens que le premier jour, on m’a fait recommencer tellement de fois que je rentré à la maison découragé! Mais mes patrons m’ont fait confiance. Ils m’ont envoyé à Sydney pour une opération spéciale («Couleur 3 s'éclate!»), où on a entre autres donné naissance aux aventures d’Ignacio Chollet (ndlr: personnage créé pour la 3 par le comédien Vincent Kucholl), puis à Kingston et à Paris pour l’opération spéciale Gainsbourg. Durant la première année, j’ai aussi réalisé des vidéos pour la chaîne (interviews, showcase, etc.). J’ai une vraie passion pour l’image. C’est une compétence que je traîne depuis tout petit.»

De chroniqueur à animateur «En décembre 2010, j'ai appris que Yann Zitouni allait quitter la chaîne. Il y avait beaucoup de candidats, suisses et étrangers. Quand j’en parlais autour de moi, les gens me disaient tout et son contraire: certains pensaient que j’étais trop jeune, d’autres étaient plus confiants. Ca a duré quelques semaines. Ce n’était pas une période super. Moi j’avais 24 ans, je venais d’arriver, j’étais un bébé! Je m’imaginais rester chroniqueur pendant encore deux ou trois ans avant de briguer ce genre de poste. Mais il s’avère que le train passait à ce moment-là, alors simplement, je me suis dit: pourquoi pas? Et ça a marché. Je ne crois pas que je sois plus sûr de moi qu’un autre, mais je suis quelqu’un d’assez serein. Je prends ça comme un pari.»

Succéder à Yann Zitouni, une gageure «Les deux premiers jours, j’ai eu peur. J’ai pensé que j’avais fait une grosse connerie. Surtout que j’arrivais derrière Yann Zitouni, qui est une sommité. J’ai fait la dernière semaine de matinale avec lui en le regardant comme on regarde Papa. On m’avait prédit que j’aurais droit à beaucoup de critiques car en Suisse, dès qu’on change quelque chose, les gens râlent, mais en réalité, je n’ai pas reçu de torrent de mails, qu’ils soient positifs ou négatifs. Je suis un produit du terroir, j’ai été formé par la maison, peut-être que ça change quelque chose. Et puis, je n’ai pas du tout envie d’être Zitouni. L’autre jour, un auditeur m’a envoyé un mail disant: «On sent que tu n’essaies pas de tricher et que tu es toi-même, avec ta spontanéité. Il ne faut pas oublier que ce n’est "que de la radio".» Mais j’aime bien me mettre en difficulté. Là, je ne peux plus me cacher confortablement derrière Duja ou Valérie! Mes chefs m’ont fait confiance en me mettant sur les rails, maintenant il faut que j’aille au feu. Et en même temps, ça reste un plaisir. Quand je suis en voiture et que je vois ces travailleurs qui bossent au bord des routes ou sur les chantiers je me dis que je n'ai vraiment aucun mérite. On fait un métier vraiment génial.»

 

 

Profession: animateur «C’est le métier dans lequel j’ai envie d’évoluer. Et avec cette place en matinale, je dois apprendre très, très vite. Ce qui me passionne, à ce poste, c’est qu’il faut à la fois suivre l’actualité, être en contact avec des artistes, essayer d'être drôle et empathique... Quand je termine chaque émission, je vais boire un café, fumer une cigarette et je me réécoute. Je suis très auto-critique. J’ai vraiment l’impression que, dans ce métier, on est en constante évolution. Jusqu’en juin, je reprends «Tout le monde il est beau», la matinale actuelle. J’y ai simplement intégré deux nouvelles chroniques: les chansons de Michel Mustash, des parodies que je créais jusqu’ici pour l’émission «El Blablo», et «La Loi de Morphée», une chronique quotidienne durant laquelle je raconte mes rêves. Je vois cette période comme deux mois d’entraînement. Déjà, j’apprends à me lever à quatre heures et demie du matin… Et en septembre, j’arriverai avec une nouvelle matinale. J’ai besoin de m’exprimer et dans cette émission, j’ai tous les moyens de le faire: je peux écrire, faire de l’image, faire de la musique… C’est parfait. Enfant, je voulais être explorateur. C’est peut-être ça que je suis en train de faire, justement, mais au figuré: je ne suis sûr de rien mais j’essaie.»

Hyperactif  qui s’ assume «J’ai toujours fait plusieurs choses, presque de manière pathologique. J’ai fait du théâtre amateur, joué dans un groupe à 16 ans, j’ai même fait partie d’une fanfare.  J’ai beaucoup de mal à rester tranquille et ne rien faire, souvent aux dépends de pas mal de mes relations amoureuses! (Rires.) Mes amis me répètent que je dois me calmer, mais pour moi c’est un jeu nécessaire et vital.»

L’impertinence, un état d’esprit «Plus j’avance, et plus j’ai l’impression qu’il y a un esprit Couleur 3. C’est une espèce d’impertinence, un savoir-faire, une façon de raconter le quotidien, de ne pas prendre les choses au premier degré. Un côté punk, mais élégant. Un moule Couleur 3? Non, je ne pense pas. Par contre, il y a un lien fraternel entre les gens qui y travaillent et qui défendent la même bannière. Cela a un peu un côté tribu. Chaque fois que je passe la porte du studio, je me dis: «Quelle chance j’ai de bosser ici!» D’ailleurs parfois, à la fin de la matinale, au lieu de rentrer chez moi, je reste dans les locaux de la radio. Je suis comme un gamin, je ne peux pas partir. Mais ça passera sûrement avec le temps.»

«L’autre» Vincent «Avec Vincent Kucholl (ndlr: comédien lausannois qui interprète notamment les personnages de la chronique «120 secondes» dans la matinale de Couleur 3), on a une relation à la fois amicale et professionnelle. On s’est connu dans les couloirs de la radio, où il est chroniqueur depuis plusieurs années. Il me fait énormément rire. On a tous les deux le même humour et on est aussi perfectionnistes l’un que l’autre. Enfin, lui, il est encore pire que moi, c’est vraiment impressionnant. (Rires.) Depuis début avril, on fait la fausse interview de «120 secondes» ensemble à l’antenne, par téléphone, et on se rappelle juste après pour débriefer. C’est lui qui m’a proposé d’intégrer la troupe d’impro lausannoise Avacavabrac, dont il fait partie. Un soir, fin 2010, Vincent m’a demandé: «Ca te dirait de venir?» Evidemment, j’ai accepté tout de suite. Lorsqu’on joue sur scène, comme lorsqu’on anime une émission de radio, on ressent des émotions très intenses et uniques. Et c’est un moyen génial d’avoir un retour immédiat du public, d'entraîner sa répartie et sa «machine à conneries» (expression «Kuchollesque»).»

«No Woman No Cry» «Sur le site internet d’Avracavabrac, la bio de chaque comédien commence avec un titre de chanson. Dans mon cas, je trouve que c’est plutôt bien trouvé car je suis vraiment amoureux de reggae. A titre privé, «No Woman No Cry» parce que je me réjouis de tomber à nouveau amoureux. Mais je ne sais pas encore de qui.»

  • Où l’entendre: Du lundi au vendredi de 6 h à 9 h dans «Tout le monde il est beau», sur Couleur 3.
  • Où le voir: Le lundi 28 mai 2011 au Bourg, à Lausanne, 20 h 30, dans le spectacle d’impro d’Avracavabrac.

 

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