Développement durable: Mes courses avec Barbara steudler

Shopper de quoi faire la cuisine sans se brouiller avec la planète ni trop se prendre la tête, ça n’est finalement pas très compliqué...

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Par Sylvie Ulmann / Photos: Pénélope Henriod, www.penelopehenriod.ch

 

Shopper de quoi faire la cuisine sans se brouiller avec la planète ni trop se prendre la tête, ça n’est finalement pas très compliqué. Il suffit de poser les bonnes questions et de savoir où trouver les bons produits. Nous avons fait l’exercice avec Barbara Steudler, fondatrice de NiceFuture et du Festival de la Terre.

Barbara Steudler n’a pas le temps de se compliquer la vie. D’un côté, il y a le boulot: elle travaille pour l’agence Bleu-Vert, spécialisée en communication éthique et en éco-marketing, préside l’association NiceFuture, qui milite pour le développement et le commerce durable. Elle a aussi mis sur pied la déclinaison suisse du Festival Mondial de la Terre, qui aura lieu à Lausanne du 15 au 21 juin. Une manifestation sympa et familiale qui vise à promouvoir le développement durable auprès du grand public. Enfin, c’est aussi elle qui est à l’origine des Ethical Fashion Days, qui ont vu le jour en 200X, première manifestation consacrée à la mode éthique en Suisse. Vous l’aurez compris, Barbara Steudler est une fille bourrée de pêche et de projets, mais surtout une référence en matière de développement durable et d’écologie en Suisse Romande.

Mais ce n’est pas tout. Car en plus de son boulot, elle a une famille de trois enfants! «Ceux qui sont en âge scolaire vont à l’école Steiner. Cela nous facilite la vie, notamment au niveau des valeurs, l’école leur inculque des valeurs qui sont aussi les nôtres. Tenez, par exemple, pour son anniversaire, ma fille a demandé un lilas. Et pour Noël, mon fils a voulu un établi pour bricoler.» Chez elle, donc, point de conflits au sujet d’une énième paire de Nike ou d’un nouveau portable. C’est toujours ça de gagné! Mais sinon, comme nous toutes, elle jongle entre boulot, couches et casseroles, sans abandonner ses convictions. On a eu envie de savoir comment elle fait.

 

 

Au marché

Ses principes

– Quand j’arrive à un stand, je demande ce qui vient de Suisse. Ensuite, je cherche ce qui vient directement de chez le marchand. Ce sont ces produits-là qu’il faut viser, ils sont locaux et il n’y a pas d’intermédiaire, c’est l’idéal.

– Entre le bio et la production locale traditionnelle, je privilégie la deuxième solution. Parce qu’il faut soutenir l’agriculture du pays. Mais le produit idéal est bio et vient de la région, évidemment! J’ai de la chance, je peux acheter mes légumes à la ferme de Bois-Genoud, ils sont biodynamiques et poussent sur place!

– Je privilégie la biodiversité. Entre des pommes golden et des kidd’s orange, je choisis les deuxièmes.

– Je refuse les sacs plastiques, sauf pour les salades en vrac. J’emporte mon propre cabas.

Sa sélection

  • Les petites pommes à cuire, du producteur, pour faire des gâteaux et des purées. Les enfants adorent, et à 1 Sfr. 50 le kilo, il n’y a pas de quoi se priver!
  • Les légumes de saison et du pays, en l’occurrence des navets, à préparer tout simplement cuits à l’eau. «Je n’hésite jamais à essayer des nouveaux légumes, car au marché, les commerçants ont toujours une bonne idée pour les apprêter, il suffit de leur poser la question!»
  • La dent-de-lion, de saison et locale. «Evidemment, c’est encore mieux d’aller la cueillir soi-même dans le jardin si on en a l’opportunité.»
  • Du vinaigre de framboise du producteur. Dans le même registre, les confitures maison sont aussi un bon plan, mille fois meilleures que leurs cousines industrielles.
  • Cinq litres de jus de pomme du producteur, les enfants adorent et cela économise des emballages.
  • Du tofu d’un producteur régional, «une excellente alternative à la viande». Elle emporte aussi le livre de recettes qu’il propose, «parce que je le prépare toujours de la même façon, cru dans une salade, ou sauté à la poêle».

Les trucs à éviter

– Les fruits et légumes pas de saison en Suisse, en l’occurrence, les petites asperges vertes. On en a trouvé du Pérou, du Mexique. «Leur écobilan est totalement nul, je préfère attendre celles de chez nous, elles sont tellement bonnes qu’on peut même les croquer crues!»

– Les fruits et légumes produits dans des conditions douteuses. Dans notre cas, les fraises d’Espagne. «Depuis que j’ai vu un reportage sur la façon dont les fruits et légumes sont cultivés dans le sud du pays, je ne peux vraiment plus cautionner ça, c’est une catastrophe tant au niveau humain qu’environnemental.»

– Les fleurs coupées, car elles viennent rarement de Suisse, et là où elles poussent, les pesticides finissent souvent directement dans l’eau. Si je n’achète pas local, je choisis du labellisé, comme les roses Max Havelaar.

 

 

 

A la Migros

Ses principes

– Fuir les petits sacs plastiques. «Je ne les utilise que pour les salades en vrac. Sinon, je pèse les aliments, je colle l’étiquette sur le rebord de mon panier et je donne le tout à scanner à la caissière. Le truc qui m’agace: les fruits et légumes bio sont rarement vendus en vrac, alors qu’ils visent justement une clientèle sensible au suremballage! Il faudrait faire une pétition là contre!»

– Méfiance avec les promos, mais c’est valable pour toutes les grandes surfaces. N’achetez pas ce dont vous n’avez pas besoin, ce dont la qualité ne correspond pas à vos critères juste parce que c’est bon marché, car c’est de l’argent perdu.

– Au rayon boucherie, regardez aussi d’où vient la viande! On a d’excellents agneaux en Suisse, je ne vois pas pourquoi celui qu’on nous vend arrive de Nouvelle-Zélande!

Sa sélection

  • Les tisanes bio en vrac, tellement meilleures que les mêmes en sachets!
  • Six œufs bio.
  • Des pavés de saumon bio, labellisés MSC (Marine Stewardship Council, un label qui garantit une pêche durable). «Je le cuis vingt minutes au four dans un plat avec des légumes et un peu de vin blanc.» Une bonne piste aussi, les poissons du lac, mais là il faut les acheter directement chez le pêcheur (guides des poissons à acheter, voir ci-dessous). Bien aussi, les Saint-Jacques, les crevettes européennes et les moules, qui ne souffrent pas de surpêche.
  • Du fromage mariné à l’huile d’olive dans son pot en verre, de la gamme «Sélection». J’aime beaucoup les articles de cette gamme. Ils ne sont pas bio, mais ils ne contiennent généralement pas de conservateurs. Et celui-ci est dans un pot en verre recyclable!

Les trucs à éviter

– Les produits suremballés. Un vrai défi quand on a des enfants, car ceux qui leur sont destinés sont souvent présentés en portions individuelles. «Fuyez aussi les fruits exotiques emballés dans trois plastiques différents!» Idem pour les sandwichs et autres salades en barquettes + film plastique. «Si vous devez manger au bureau, c’est le moment d’utiliser vos restes!»

– Les produits trop trafiqués, comme les carottes coupées, cuites et vendues sous vide ou les salades lavées. «Une salade qui reste verte cinq jours, ça n’est pas normal, elle est forcément traitée! Les produits basiques, comme une vraie salade verte, sont plus sains et moins chers.»

– L’huile de palme, spécialement dans la margarine et les aliments industrialisés. «Elle n’est pas mauvaise pour la santé, mais c’est l’une des premières causes de la destruction des forêts tropicales en Malaisie et en Indonésie. Je préfère de loin le vrai beurre ou la vraie huile.»

– Les pains précuits, totalement inintéressants point de vue nutritif. «Honnêtement, si on peut, mieux vaut acheter le pain chez le boulanger. Et choisir celui avec la farine la plus complète possible.»

 

Guide des poissons à acheter

WWF: www.wwf.ch

Greenpeace: www.greenpeace.ch

Une étude également chez Greenpeace, hyperintéressante: www.greenpeace.org

 

 

A la Coop

Ses principes

– Je fonce au rayon fruits et légumes bio, tout en restant attentive aux provenances! Les fraises bio, c’est bien, mais moins si elles viennent d’Espagne. Enfin, en règle générale! Il ne faut pas totalement oublier de se faire plaisir!

– J’achète les fromages à la coupe, au moins ils ne sont pas vendus dans un emballage plastique. Vous vous souvenez de cette polémique autour des biberons? Eh bien, je ne vois pas pourquoi ces molécules ne migreraient que dans le lait pour bébé! Je me méfie beaucoup de cette matière!

– Boire l’eau du robinet plutôt qu’en bouteille, car pour le moment, elle est tout à fait consommable.

– Toujours privilégier la biodiversité. Au rayon riz, par exemple, j’achète plus volontiers du «riso venere», un riz noir italien, du riz complet ou parfumé Max Havelaar plutôt qu’un simple riz blanc. Pareil pour les pâtes, que je choisis de préférence complètes.

Sa sélection

  • Des herbes aromatiques bio en pot, qui tiennent aussi bien à l’intérieur sur un rebord de fenêtre qu’en pleine terre au jardin. Cela évite d’acheter du basilic d’Israël.
  • Un litre de jus d’orange Max Havelaar.
  • Un poulet bio, élevé en plein air.
  • Du lait bio, «on en boit 10?litres par semaine! Ensuite, nous recyclons les briques pour en faire des porte-monnaie que nous vendons au Festival de la Terre»!
  • Des fromages bio suisses – du Moron bio du Jura, du Mont-Vully, un petit chèvre frais, «moins impactant au niveau environnemental que la vache», et du brie à l’ail des ours «parce que c’est de saison»!
  • De la truite bio du lac.
  • Les galettes de riz, «parfaites pour donner aux enfants comme goûter».
  • Un mélange de graines et noix, idéal pour compléter les salades.

Les trucs à éviter

– Les soupes toutes prêtes, en brique ou en sachet: c’est tellement vite fait et meilleur avec des légumes frais!

– Accumuler les produits de nettoyage. On s’en sort très bien avec quelques basiques comme le savon noir, le bicarbonate, l’alcool et le vinaigre.

– Le papier ménage et WC non recyclé, «parce que c’est comme si on utilisait un arbre»!

 

 

 

Au Topinambour/magasin bio

J’adore ce magasin, le premier bio de Suisse romande! Ici on peut tout acheter ou presque!

Ses principes

– Pour toutes mes envies exotiques (fruits séchés, chocolat etc.), je privilégie le commerce équitable.

– J’essaie de ne pas manger trop de viande, disons pas plus d’une ou deux fois par semaine. La viande rouge, c’est 9% des émissions mondiales de CO2. Pour équilibrer, je privilégie les protéines d’origine végétale, comme le quinoa, les lentilles, les pois chiches…

Sa sélection

  • De la moutarde, parfumée à l’ail des ours, à l’orange ou aux olives (6 Sfr. 60 les 200 g)
  • Une bouteille de vin bio. «Car des études ont montré que 95% des vins de cultures conventionnelles comporteraient des résidus de pesticides.»
  • Du chocolat équitable, comme touche exotique.
  • Un sachet de morceaux de mangue séchée équitable.
  • Un sachet de fleurs séchées, pour décorer une salade. «En saison, au marché, on en trouve des toutes fraîches, c’est encore plus sympa!»

Les trucs à éviter

– Méfiance tout de même si un légume ou un fruit ne vous paraît pas tout à fait de saison, demandez d’où il vient!

 

Quelques autres trucs à retenir

– Souscrivez un contrat d’agriculture contractuelle. Un bon moyen d’avoir des fruits et légumes frais, locaux et de saison régulièrement!

– Préparez de trop grandes quantités de vos plats et utilisez les restes. «Je fais facilement une bonne ration de soupe. Les enfants en emportent à l’école, j’en prends au bureau, on peut en faire un autre repas… Il faut redécouvrir les restes, c’est très pratique!»

– Traquez les produits bruts. En Europe, on n’en achète que 20%, tout le reste est industrialisé. C’est le moment de les redécouvrir, car ils sont moins chers, meilleurs pour la santé et ont un meilleur écobilan.

– Mutualisez les courses! «J’achète volontiers des fruits et légumes frais à Bois-Genoud pour mes collègues ou pour mes amis.»

– Privilégiez les produits qui ont une longue vie, autrement dit, vive le recyclable et remplissable, et vade retro lingettes!

 

«Pourquoi mettre de l’éthique dans son caddie?
Parce qu’avec les choix que l’on fait pour son alimentation, on agit sur la planète.
Acheter un produit, ça n’est pas anodin,
c’est cautionner son mode de fabrication et l’entreprise qui le fait.»

 

 

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