Lorsque Carole décide de partir un an à Koh Samui avec son mari et leurs deux enfants, tout le monde la traite d’inconsciente. Aujourd’hui, de retour à Genève, elle est très fière d’y avoir cru.
Tout a commencé, il y a quatre ans, au retour de nos vacances à Koh Samui. Nous avions l’habitude d’y passer un mois, un hiver sur deux, depuis 1997. Lors du dernier séjour, nous nous sommes vraiment sentis comme à la maison et le retour a été très pénible. J’ai alors proposé à mon mari d’aller y vivre durant un an. Puis tout s’est enchaîné. Je voulais réaliser mon rêve coûte que coûte! Les préparatifs ont duré deux ans. Il a fallu régler beaucoup de détails administratifs, tels que la scolarité des enfants ou la sous-location de l’appartement, économiser, prévoir un budget pour pouvoir vivre un an sans travailler et enfin penser au retour à Genève.
Les quelques mois qui ont précédé le départ ont été très difficiles
Je n’arrêtais pas de me disputer avec mon mari. Nous étions à deux doigts de la séparation. J’étais fatiguée, nerveuse, stressée. Je travaillais à 80% et il y avait encore tant de choses à régler. Démissionner de mon travail a été éprouvant, car je quittais un poste et une équipe que je côtoyais et appréciais depuis des années. Les adieux avec nos proches ont été déchirants. C’était comme si on partait pour toujours…
Le jour du départ, en juin 2007, alors que nous étions installés dans l’avion, mon mari et moi étions encore en train de nous chamailler! Mon fils, qui avait 9 ans, nous a regardés dans les yeux et nous a dit: «On pourrait arrêter de se prendre la tête? Ça y est! On part en vacances!» A cet instant précis, toute la tension accumulée ces derniers mois s’est envolée. Je me suis sentie ridicule de hurler ainsi alors que nous allions enfin concrétiser notre rêve.
A l’aéroport de Koh Samui, avec nos cinq énormes bagages, l’aventure pouvait enfin commencer
Nous n’avions rien prévu sur place, rien réservé. Nous nous sommes donc installés pour quelques jours dans un bungalow au bord de la plage à Lamai. Nous avons loué une voiture et nous sommes partis à la recherche d’un logement. Très vite, nous avons trouvé une petite maison. Les tensions des préparatifs appartenaient au passé. Nous avons repris notre fonctionnement de couple aimant et indépendant. Et nous nous sommes créé un nouveau cercle d’amis.
Deux semaines après notre arrivée, je me suis improvisée maîtresse d’école pour mon fils aîné
Préalablement, j’avais pris soin de demander à un copain enseignant le programme de 4e année. Ainsi, tous les matins de la semaine, je lui faisais répéter ses leçons. Très vite, je me suis rendu compte qu’il était compliqué d’être maman et professeure à la fois. Mais je n’avais pas le choix. Mon fils devait suivre le programme scolaire pour pouvoir intégrer la 5e année à notre retour. Malgré la difficulté, nous avons tenu bon. Et ça a payé. Il a même eu de l’avance par rapport à ses camarades. Quant à ma fille de 5 ans, nous l’avons inscrite dans une école anglaise, bien que cela n’ait pas été prévu dans le budget de base. Elle s’est facilement intégrée et aujourd’hui, elle parle couramment l’anglais sans accent, ainsi que quelques mots de thaïlandais!
Le matin était consacré à l’école et, l’après-midi, j’avais tout le loisir de m’occuper de moi et me consacrer à mes passions.Au programme: sport quotidien, massages, lecture, bronzage, baignades dans une eau cristalline, création de bijoux et discussions animées avec les copains. Parfois, nous partions en excursion en famille, accompagnés d’amis, sur les îles alentour. Si l’endroit nous plaisait, nous restions plus longtemps que prévu. Nous n’avions aucune contrainte. C’était vraiment la liberté! Tous les deux mois, je montais à Bangkok pour chiner aux puces.
Nous nous sommes adaptés au mode de vie local, moins stressant qu’en Suisse. Nous mangions tous les jours thaïlandais. J’ai appris à cuisiner des plats typiques et mes enfants à apprécier d’autres saveurs. Mes hommes sont devenus des inconditionnels de la boxe thaïe. Mon fils a même participé à des tournois locaux. Pour ma part, j’ai appris des techniques de massages du pays.
Sur mon île, j’étais au paradis
J’étais bien consciente de vivre une expérience en décalage avec la réalité. En février, je suis rentrée seule à Genève durant une semaine pour le mariage de ma meilleure amie. Cela m’a fait vraiment plaisir de revoir tout le monde, mais j’avais hâte de rentrer en Thaïlande. En passant devant mon appartement, je n’ai ressenti aucune nostalgie. C’était bizarre. Mon chez, moi était à présent à Koh Samui.
Un an, ça passe vite!
Quelques mois avant le retour, en juin 2008, j’avais déjà l’estomac noué. Je n’avais aucune envie de rentrer. Par contre, mes enfants se réjouissaient de revoir leurs camarades. Mais ma fille a attrapé une pneumonie bactérienne et j’ai donc passé la fin du séjour à l’hôpital… Dans la précipitation, nous n’avons pas eu le temps de faire nos adieux. Avec le recul, je pense que c’était mieux ainsi. Les enfants se sont très vite remis dans le bain. Moi, il m’a fallu tout un été. J’avais l’impression que je n’arriverais pas à revenir à ma vie d’avant. Chance inouïe, mon ancienne cheffe m’a réengagée en septembre, et le quotidien a ainsi repris son cours.
Je n’oublierai jamais cette aventure
J’ai vécu une année magique. Cette expérience a été bénéfique pour toute la famille. Mon fils, par exemple, qui est plutôt réservé, est aujourd’hui beaucoup plus sociable. Je suis une femme qui a besoin de se lancer des défis. Lorsque j’ai décidé de quitter mon emploi pour partir un an en Thaïlande, on m’a traitée d’irresponsable et d’inconsciente. On m’a dit que j’étais folle de quitter un emploi stable dans la banque, de déscolariser mon fils, cela dans le seul but de partir en vacances. Je pense au contraire que ce n’est pas parce qu’on a des enfants que la vie et les projets s’arrêtent. Tout est possible du moment où l’on sait s’organiser. Je n’ai pas envie d’attendre la retraite pour concrétiser mes envies. Un jour, nous repartirons avec toute la famille vers de nouveaux horizons. J’adorerais faire un tour du monde durant deux ans. Mais, cette fois-ci, j’emmènerai une enseignante! Pour l’heure, avec la crise financière, mon rêve, c’est plutôt de garder ma place à la banque.
Parfois, nous partions en excursion en famille, accompagnés d’amis, sur les îles alentour. Si l’endroit nous plaisait, nous restions plus longtemps que prévu. Nous n’avions aucune contrainte. C’était vraiment la liberté!













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