«J’ai toujours vu mon papa malade»

Son père a lutté de toutes ses forces contre le cancer parce qu’il voulait voir grandir ses filles...

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Par Marlyse Tschui

 

 

Son père a lutté de toutes ses forces contre le cancer
parce qu’il voulait voir grandir ses filles.
A 24 ans, Audrey Morisod évoque une enfance marquée
par la maladie et l’éventualité d’une mort annoncée.

 

J’avais 2 ans et demi et ma petite sœur venait juste de naître quand papa est tombé malade. Il souffrait d’un cancer des testicules qui n’a pas été décelé tout de suite. Des métastases avaient déjà atteint les reins. Il a subi une série de chimios, une opération, puis il a fait une rechute. Il a complètement cessé de travailler. Ensuite il n’a cessé de subir les traitements les plus divers pendant vingt ans. Aux médecins qui lui ont annoncé qu’il avait peu de chances de s’en sortir, il a déclaré qu’il voulait se battre pour voir grandir ses filles.

J’ai toujours vu mon papa malade

Il a passé beaucoup de temps à l’hôpital, et nous lui rendions souvent visite. Je déteste les hôpitaux. Le plus dur, c’était quand il n’était pas à la maison. Maman travaillait, et nos grands-mamans venaient s’occuper de nous à tour de rôle. J’ai été obligée de devenir autonome très vite. Je crois que j’ai mûri dix fois plus rapidement qu’un enfant qui vit dans une famille sans problème particulier. Je ne me rendais pas compte que notre vie n’était pas normale, car je n’ai jamais rien connu d’autre. D’ailleurs j’ai aussi de bons souvenirs d’enfance. Nous faisions beaucoup de choses avec nos parents quand c’était possible. Des excursions, des sorties en famille, que nous faisions au rythme qui convenait à notre père.

Je me rappelle avoir été très déçue quand nous avions dû renoncer à partir en vacances parce que papa avait été hospitalisé en urgence, une fois de plus. Je me souviens aussi, je devais avoir 6 ans, d’une amie de mon père morte d’un cancer. Il a appris la nouvelle au téléphone et il s’est effondré. Une autre image marquante, c’était de voir son visage et son cou gonflés par la cortisone, ainsi que son corps couturé de cicatrices. Avant d’être en dialyse, mon père portait sur le ventre une poche pour l’urine. Un jour, je me trouvais seule avec lui dans l’appartement quand le tuyau de la poche s’est détaché de son ventre. Si l’on n’intervenait pas immédiatement, cela aurait pu être très dangereux pour lui, notamment à cause des risques d’infection. Papa m’a dit: «Il faut que tu me la remettes en place, nous n’avons pas le temps d’aller à l’hôpital.» Par miracle, j’ai réussi. C’était impressionnant.

Les chirurgiens lui ont enlevé un rein et la moitié d’un autre

Ensuite mon père a été sous dialyse pendant quatre ans, en attente d’une greffe. La première n’a pas réussi. Il y a six ans, il a subi une deuxième greffe, qui a bien pris. Papa en avait enfin fini avec les dialyses et pouvait reprendre une vie à peu près normale. Aujourd’hui il est très maigre. Il s’essouffle vite. Il ne pourra plus jamais travailler, mais il est très bricoleur et œuvre comme bénévole dans diverses associations.

Depuis qu’il a retrouvé une relative santé, papa n’est plus la même personne. Il a changé. C’est comme s’il voulait rattraper le temps perdu en vivant une autre vie. Même s’il nous rend souvent visite, il n’habite plus avec nous et a quitté Fribourg pour Neuchâtel. Mes parents ont divorcé.

Mes parents nous ont toujours parlé très librement de la maladie

Papa nous expliquait pourquoi il subissait tel ou tel traitement. Avant certaines opérations, on était prévenues que c’était très grave et qu’on ne savait pas s’il s’en sortirait. Notre père nous disait qu’il nous voyait peut-être pour la dernière fois et qu’il nous aimait. Cela peut sembler dur à vivre, mais au moins on peut se préparer à toute éventualité. Je trouve très important que les parents ne laissent pas les enfants à l’écart de la maladie. Quand c’est grave, il faut oser leur en parler, en leur disant aussi qu’il ne faut jamais désespérer.»

 

Affronter le cancer en famille

Quand un parent est frappé par la maladie, c’est toute la vie familiale qui est bouleversée. Pas facile d’en parler aux enfants, de préserver leur bien-être et de réorganiser le quotidien. La Ligue suisse contre le cancer publie la brochure Comment aider son enfant quand papa ou maman a un cancer. On peut la commander ou la télécharger sur le site www.swisscancer.ch

 

«Quand c’est grave, les parents doivent oser en parler aux enfants,
en leur disant aussi qu’il ne faut jamais désespérer.»

 

 

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