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Dans son dernier ouvrage, Jean-Claude Kaufmann explique que la confusion entre sexe et amour est plus grande que jamais. Internet et le désir féminin revendiqué ont tout changé...
FEMINA Où en est-on du sexe pour le sexe aujourd’hui?
JEAN-CLAUDE KAUFMANN La recherche du seul plaisir demeure en majorité un phénomène masculin et Internet a rendu cette recherche plus facile. Mais même certains dragueurs compulsifs expliquent qu’il y a quand même, au-delà du sexe, une quête de bien-être à deux, fut-elle éphémère. Le sexe-loisir n’est pas le sexe pour le sexe.
Vous expliquez que même sur Internet les hommes et les femmes ne sont toujours pas à égalité…
Paradoxalement, alors que les femmes y sont invitées à affirmer leurs désirs comme les hommes, et que, depuis quatre ou cinq ans, on observe effectivement un changement d’attitude de leur part, les stéréotypes perdurent. Les femmes qui se lancent dans ce nouveau terrain de jeu se voient affublées d’une mauvaise réputation qui les poursuit de blogs en forums de discussions. Cela ne leur simplifie pas la tâche lorsqu’elles recherchent ensuite l’âme sœur.
Comment Internet a-t-il banalisé le «sexe-loisir»?
Internet a rendu les conditions de la prise de contact plus faciles et plus confortables psychologiquement. C’est également un espace qui offre une surface de jeu très importante en multipliant les opportunités. Sous l’angle du seul plaisir, il est aujourd’hui très facile de se rencontrer entre adultes consentants.
Internet ne donne-t-il pas juste l’illusion que les choses sont plus faciles?
Il faut bien distinguer les deux temps de la rencontre. Si avant le premier face à face physique les relations «virtuelles» sont en effet facilitées, les choses se compliquent dans la vraie vie. La première rencontre est une aventure totalement nouvelle. On observe notamment un grand nombre de lapins, de ruptures rapides et donc de désenchantements, notamment pour ceux qui recherchent l’âme sœur.
Qu’est-ce que ce «sexamour» dont vous constatez l’émergence?
Il faut rappeler qu’il y a eu une véritable inversion historique. Si autrefois le sentiment amoureux précédait la relation sexuelle, petit à petit c’est le sexe qui s’est mis à précéder les sentiments. Aujourd’hui, il existe entre sexe et amour ce «sexamour» fait de petites attentions mais dans lequel on ne s’engage pas réellement. Une blogueuse appelle cela de manière très imagée le PCRA, c’est à dire le Plan Cul Régulier Affectif.
Vous affirmez aussi que le couple n’est pas mort. Est-il toujours un idéal?
L’idéal du grand amour reste très présent mais personne n’y croit plus tout à fait. Quant au couple dans sa fonction courante de réconfort, de confiance et de soutien mutuel, il est peu exprimé sur la Toile car considéré comme peu glamour. C’est le sexe qui est au centre des rencontres sur Internet, mais les sentiments ne sont jamais bien loin.

Bio Express
Le sociologue français Jean-Claude Kaufmann est un spécialiste de la vie quotidienne. Directeur de recherches au CNRS, il a écrit plusieurs ouvrages sur le couple. Sex@mour est paru le 5 mai dernier aux éditions Armand Colin.























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