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Nombreuses sont les femmes qui se détournent du sexe, alors qu'elles se disent amoureuses de leur homme. Un livre éclairant propose quelques explications, entre émotions féminines et inconscient.
Madame, faites-vous l’amour une fois par jour, deux fois par semaine ou moins de trois fois par mois?» La voix masculine au bout du fil se veut neutre. Il s’agit d’un sondage commandité par la marque de préservatifs Durex, auquel vous auriez mieux fait de refuser de répondre. «Heu, il n’y a pas d’autres possibilités, balbutiez-vous. Alors mettez trois fois par mois…» Et voilà, vous venez de faire tomber d’un coup la moyenne statistique 2008 selon laquelle 72% des Suisses auraient au moins un rapport sexuel par semaine. Mais rassurez-vous, personne n’aime admettre – encore moins à un inconnu au téléphone – que sa libido est en berne. Ces chiffres, censés refléter les performances des couples, sont donc à prendre avec précaution. La réalité des chambres à coucher est sans doute plus morose, car comment sinon expliquer que la majeure partie de vos amies, mariées ou en couple depuis plusieurs années, vous confient ne plus «avoir envie comme avant»?
Pour aborder cette chute du désir féminin, la spécialiste de dynamique de couple, Dany Paolini vient de signer un ouvrage éclairant: Pourquoi je n’ai plus envie de faire l’amour avec l’homme que j’aime? (Ed. Berangel). Basé sur de nombreux témoignages, le livre lève le voile sur un thème assez tabou, dans notre époque obsédée de séduction et d’épanouissement, où toute lassitude relève du péché capital. Dany Paolini, Italienne qui écrit en français, a cherché à comprendre les mécanismes de la diminution du désir sexuel qui préoccupe – silencieusement – tant de femmes aujourd’hui.
FEMINA Le déclin du désir éprouvé par les femmes, est-ce une fatalité?
DANY PAOLINI Non, je ne le crois pas. Aujourd’hui, la femme est à l’aube d’une nouvelle quête d’elle-même, dans laquelle il est important qu’elle prenne conscience de son fonctionnement fondamentalement différent de celui de l’homme. Nous avons, par exemple, besoin d’être chauffées dans l’âme avant le corps. Un dialogue de qualité avec son partenaire est primordial pour maintenir le désir.
Un des motifs d’incompréhension au sein du couple serait que les hommes aiment de façon discontinue alors que les femmes aiment dans la continuité. Que voulez-vous dire?
A l’origine, la femme a appris à aimer de façon continue et constante pour être attentive aux dangers, protéger ses enfants et accueillir le retour de son homme avec bienveillance pour qu’il continue de rentrer. L’homme, au contraire, pour assurer sa survie hors de la caverne, doit pouvoir se détacher du souci de sa femme et de ses enfants. Son sentiment d’amour est véritable, mais il ne l’exprime et ne le ressent que dans la grotte, loin du danger…
Quand l’homme s’absente et ne téléphone pas pour nous dire qu’il nous aime, c’est de la discontinuité?
Oui et elle est souvent mal vécue par la femme. Dans notre passé primitif, une absence prolongée du partenaire de la grotte mettait automatiquement la femme en alerte. L’absence du mâle équivalait à une absence de protection et donc au danger. Cette situation est encore vécue inconsciemment par certaines. Aujourd’hui, préserver la survie n’est plus vraiment un rôle dévolu à l’homme; en revanche, celui d’assurer la stabilité et la sécurité l’est toujours.
Le désir sexuel est-il intimement lié au besoin inconscient de sécurité de la femme?
Oui en partie. C’est surtout le sentiment de sécurité psychique qui est important pour pouvoir s’ouvrir à l’autre.
En ce sens, vous mettez l’accent sur le manque de respect, qui serait une cause d’impasse sexuelle…
Le respect fait, à mon avis, partie intégrante de la dynamique émotionnelle et sexuelle. Il s’agit surtout des manques de respect au quotidien. Ils minent les fondations du couple et engendrent des éloignements inconscients qui sont souvent à l’origine de fermeture sexuelle pour la femme.
A quel type de manque de respect faites-vous allusion?
Il y en a deux types: les «légers» et les «graves». Mais tous deux ont leur importance. Par légers, j’entends les petites remarques désobligeantes, blessantes ou agressives qui intoxiquent silencieusement la relation intime. Ou l’absence de compliments, négliger sa femme lors d’une soirée entre amis ou, pire, lui répondre désagréablement en société… Ce sont des déceptions que la femme enfouit en elle-même et qui ont un effet boomerang. Le manque d’écoute de notre intériorité entraîne inévitablement, tôt ou tard, une diminution significative de notre libido naturelle. La femme doit arriver à en prendre conscience pour soigner son âme.
Comment faire?
En disant clairement à son partenaire: «Je ressens que tu me manques de respect.» A mon avis, il est même bon de sortir de la pièce et de refuser l’échange sur ce mode agressif. Sinon, l’homme s’habitue à l’utiliser et s’y sent même autorisé. Il est ensuite nécessaire de parvenir à une réconciliation par la parole.
Et que dire alors des «graves» manques de respect?
Ils concernent l’agressivité verbale importante, voire physique. Comme, par exemple, ne pas permettre à la femme de s’exprimer, la rabaisser ou la ridiculiser en public, la critiquer de manière incessante, ne jamais la mettre en valeur. Si les limites sont dépassées, il y a saturation. Dans ce cas, notre inconscient archaïque reconnaît l’autre comme un ennemi. Et il devient important de s’en protéger pour survivre. L’autodéfense psychique, cela s’apprend. Mais cela requiert aussi que la femme – si vraiment elle tient à cette relation – se demande pour quelle raison elle se trouve dans ce rapport de victime-bourreau.
Dans votre livre, vous distinguez les hommes «à pics» des hommes «à vagues»…
J’emploie cette image pour distinguer deux façons qu’ont les hommes de toucher le corps de la femme. L’homme à pics, lorsqu’il est pris par la passion, va prendre la peau de sa partenaire, toucher ses seins, ses fesses et ses cuisses avec une force particulière et de façon saccadée, sans continuité. Il croit ainsi montrer son désir à sa femme, alors que cette attitude va déclencher chez elle une réaction involontaire de détachement. Elle se sent prise et possédée alors qu’elle a besoin de se sentir aimée.
Et l’homme à vagues?
Son toucher est plus doux et sensuel. Il n’est pas fougueux, sait prendre tout son temps et augmenter le rythme de ses caresses crescendo. Avec lui, la femme se sent donc totalement en confiance et transportée dans une dimension vibratoire à la fois physique et émotionnelle.
N’est-ce pas l’homme que toutes les femmes recherchent?
Mais tout à fait! C’est en tout cas ce que m’ont dit les femmes que j’ai rencontrées. Il semble que ces hommes-là parviennent à préserver l’envie spontanée de leur partenaire sur une plus longue durée. J’ai eu la chance d’en rencontrer moi-même, mais c’est une espèce rare! Je dirai que 80% des hommes sont malheureusement «à pics»… Notre érotisme féminin débute avec la peau. Nous ne pouvons pas fonctionner en appuyant sur un bouton. Tant d’hommes peinent à comprendre cela.
4 clés pour ranimer le désir
1. Reconnaître que pour avoir envie de plaire, il faut se plaire à soi même.
2. Apprendre à se plaire en s’obligeant à se consacrer du temps, au minimum une demi-heure par jour. Se soigner, s’habiller, se relaxer, se mettre de la crème ou se faire un masque. Bref, retrouver quotidiennement le contact avec soi-même.
3. Éviter à tout prix la planification des rapports le samedi soir et le dimanche matin lors desquelles la femme se sent obligée et non choisie.
4. Redéfinir un temps sacré du couple en s’accordant des moments qui sortent de l’ordinaire.

























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