Que peut une hotline pour notre santé?

Dans le grand débat actuel sur les coûts de la santé, la consultation téléphonique devient incontournable...

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Par Marie-Claude Martin

 

Dans le grand débat actuel sur les coûts de la santé,
la consultation téléphonique devient incontournable. Mais, pour Bertrand Kiefer,
observateur avisé, elle sert surtout à apaiser quelques angoisses.

 

FEMINA En contrepartie de la taxe de consultation de 30 francs, Pascal Couchepin veut obliger les caisses à offrir une hotline médicale gratuite à tous les assurés. Est-ce une bonne idée?

BERTRAND KIEFER Elle n’est pas mauvaise et c’est une demande de la population. Mais attention: ce service n’a de sens que s’il est géré par des médecins et non par des assureurs. Ceux-ci ont évidemment intérêt à économiser, ce qui les discrédite en matière de conseils. La thérapeutique doit rester dans les mains des soignants. En outre, ce type de services engage des responsabilités juridiques. Il faut un médecin pour les prendre.

Que peut-on attendre d’un tel service?

Une hotline désengorgerait les services d’urgence en estimant la gravité du cas: faut-il attendre ou pas? Autres avantages: orienter le patient et l’alléger de ses angoisses. Elle est particulièrement efficace dans les cas de maladies contagieuses, comme la grippe, où le patient peut être informé sans risquer d’infecter d’autres personnes.

Permettrait-elle d’alléger les coûts de la santé?

L’économie serait négligeable puisque dans la plupart des cas, ce conseil sera suivi d’une consulation médicale. Si on veut vraiment faire des économies, mieux vaut valoriser la médecine de premier recours en facilitant l’accès aux généralistes installés, qui sont de moins en moins nombreux.

Que faire alors pour maîtriser l’augmentation de coûts?

La santé est en train de devenir le secteur le plus imporant de l’économie. Mais contrairement aux autres domaines, elle ne s’évalue pas sur des critères de performances. Jusqu’à présent notre santé repose sur un système très solidaire; il faut le préserver. On ne peut pas voir une vision industrielle de la santé. Penser la santé engage la société toute entière.

Concrètement, quelles seraient les msures à mettre en place?

Il faut une vision globale, une réflexion politique et démocratique: plus de transparence de la part des caisses maladies et de leur fonctionnement, meilleure intégration de la polulation et du corps médical dans cette réflexion, comparer avec ce qui se passe ailleurs, se demander jusqu’où rembourser la prévention. La vraie question est celle des limites.

Justement, Christophe Darbellay demandait récemment s’il ne fallait pas préférer les soins palliatifs à l’acharnement thérapeutique.

Tout le monde a le droit d’être soigné de manière appropriée, c’est une règle, et l’acharnement thérapeutique ne se manifeste pas seulement en fin de vie. Mais surrout, il n’est jamais facile de dire à quel moment on en fait trop. Quand Jean Bernard, spécialiste de la leucémie enfantine, traitait les premiers enfants par chimiothérapie, aucun ne survivait. Et on se demandait: pourquoi s’acharner? Aujourd’hui, grâce aux différents protocoles expérimentés, 80% des enfants leucémiques peuvent être sauvés.

 

Bio Express

Médecin, théologien et journaliste, Bertrand Kiefer est rédacteur en chef de la «Revue Médicale Suisse». Il est aussi membre de la Commission nationale d’éthique. Il défend une approche humaniste et philosophique de la santé.

 

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