Plus jamais la rougeole

La campagne nationale pour la vaccination contre la rougeole démarre dans quelques jours. Et si on en finissait avec cette maladie?

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Par Marlyse Tschui

 

La campagne nationale pour la vaccination contre la rougeole démarre dans quelques jours. Et si on en finissait avec cette maladie?

 

Etes-vous pour ou contre la vaccination des enfants? Les lectrices de Femina ont répondu à cette question lancée sur notre site web. Leurs réactions sont représentatives de la réalité helvétique. En Suisse, on se trouve face à deux camps. D’un côté, les parents pour qui la vaccination constitue un acte responsable, tant pour la santé de l’enfant que pour celle de la collectivité: «Je suis pour. C’est facile d’être contre les vaccins à une époque où plus personne ou presque ne meurt de la polio ou de la tuberculose. Mon fils de deux ans a eu tous ses vaccins.» Dans le camp opposé, une minorité d’irréductibles convaincus qu’il est préférable de laisser faire la nature plutôt que de recourir à des vaccins qui selon eux intoxiquent l’organisme: «Laissons nos enfants faire ces maladies qui les renforcent physiquement et moralement. Dans un environnement normal, les maladies d’enfance ne sont pas graves en soi.» Enfin, dans une zone plus floue, on trouve les parents favorables à certains vaccins mais pas à d’autres. Une attitude plus difficile à comprendre. «Je pense que certains vaccins sont nécessaires, mais pas celui contre la rougeole ou le cancer de l’utérus», dit l’une; «jeune maman depuis deux mois, la vaccination est un sujet épineux entre mon pédiatre et moi. OK pour tétanos, polio et diphtérie, mais le reste, c’est un peu poussé…», dit une autre; «je suis contre, sauf pour les vaccins contre la rougeole, la rubéole, les oreillons, la tuberculose», nuance une troisième.

Au self-service de la vaccination, les convictions personnelles ne sont pas toujours fondées sur des éléments rationnels, mais influencées par des idées reçues, des rumeurs circulant sur Internet ou une méfiance à l’égard de la médecine officielle. Comment démêler le vrai du faux? Basons-nous sur les faits. Alors que la rougeole a été éradiquée sur tout le continent américain, la Suisse fait figure de mauvais élève au cœur de l’Europe. L’épidémie de rougeole qui a sévi l’été dernier en Suisse a causé 339 hospitalisations pour complications pulmonaires et un décès. Le refus des vaccins ne serait-il pas un luxe de nantis, dans un pays où, à la moindre alerte, il est si facile d’obtenir les meilleurs soins dans un hôpital? C’est oublier que la rougeole peut rendre handicapé. Elle peut même tuer.

«Enfant, je n’ai pas été vaccinée contre la rougeole, raconte une lectrice, j’ai eu cette maladie avec complications et j’ai failli mourir. Maintenant, maman de deux petites filles, sans aucune hésitation je suis pour le vaccin.» Autre témoignage: «Il y a douze ans, mon fils de dix mois a contracté la rougeole. Plus de 40?degrés de fièvre, cris de douleurs, problèmes respiratoires. J’ai eu peur de le perdre. Aujourd’hui, sans hésiter, je ferais le vaccin. Aucune similitude avec la varicelle: c’est comme si on comparait une fracture ouverte à une égratignure.»

A Lausanne, le médecin cantonal adjoint pour les maladies transmissibles, Eric Masserey, explique les réticences face au vaccin contre la rougeole: «La rougeole n’effraie pas. Elle est considérée comme banale. C’est parce que nous n’avons pas en tête une image de la gravité de la maladie, contrairement à ce qui se passe avec la polio, dont on se représente bien les conséquences. D’où l’idée qu’il n’est pas nécessaire de se faire vacciner. On se dit que nos grands-parents, eux, n’en faisaient pas toute une histoire à l’époque où le vaccin n’existait pas.» Et pour contredire cette affirmation, le Dr. Masserey cite un livre de médecine du XIXe siècle dans lequel se trouve cette phrase: «La rougeole ne tue pas toujours.» On ne saurait être plus explicite!

En 2000, 750 000 personnes dans le monde sont mortes de la rougeole. Grâce aux vaccinations intervenues depuis cette date, le nombre de victimes a chuté d’un demi-million. En 2008, la maladie causait encore le décès de 164 000 personnes, pour la plupart des enfants de moins de 5 ans vivant dans des pays en développement.

Estimant pouvoir convaincre des parents qui hésitent à imposer à leur enfant un geste médical qu’ils trouvent agressif, Eric Masserey ne plaide pas en faveur de la vaccination obligatoire, mais pour une vaccination volontaire, comme en Finlande, où la rougeole a été éradiquée il y a vingt ans déjà grâce à la solidarité de la population. «Eliminer la rougeole en Suisse serait une bonne chose, car cette maladie est non seulement dangereuse pour certains individus chez nous, elle pose des problèmes de santé majeurs dans le monde. Et sur cette planète, nous devrions tous être solidaires.»

 

Que savez-vous de la rougeole?

Pour être enfin au clair avec la maladie et son vaccin, voici 7 idées fausses à balayer.

1) La rougeole est une maladie d’enfance banale

FAUX. Elle provoque un décès sur 3000 cas. 10% des personnes touchées doivent être hospitalisées. La complication la plus grave est l’encéphalite aigüe, qui se traduit souvent par des séquelles neurologiques permanentes.

2) Le vaccin contre la rougeole a beaucoup d’effets secondaires

FAUX. Il en a moins que le vaccin oral contre la polio, par exemple. Le vaccin contre la rougeole a mille fois moins d’effets secondaires que la maladie elle-même.

3) Le vaccin intoxique l’organisme

FAUX. Ce vaccin n’a pas d’adjuvant. Il est composé du même virus que celui qui provoque la maladie naturelle, mais atténué. La stimulation du système immunitaire par un vaccin purifié est si limitée qu’elle ne peut pas surcharger l’organisme.

4) Le fait d’avoir la rougeole renforce les défenses immunitaires de l’enfant qui n’a pas été vacciné.

FAUX. Au contraire, elle affaiblit ses défenses immunitaires et ce, pendant encore plusieurs semaines après la disparition des symptômes.

5) Le vaccin peut rendre un enfant autiste.

FAUX. Aucune étude scientifique n’a pu mettre en évidence un lien de cause à effet entre le vaccin et l’autisme.

6) Lorsqu’une mère vaccinée contre la rougeole allaite son bébé, celui-ci est immunisé contre la maladie.

FAUX. Le lait maternel ne le protège pas contre la rougeole.

7) L’ennui, avec le vaccin contre la rougeole, c’est qu’il faut faire régulièrement des rappels.

FAUX. Aucun rappel n’est nécessaire après la deuxième dose. Une fois qu’on est vacciné, on est protégé pour la vie.

 

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