Le plastique peut-il nuire à la santé?

L’utilisation de certains plastiques pourrait avoir des conséquences néfastes sur le métabolisme et la fertilité des hommes...

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Par Julien Burri

 

 

L’utilisation de certains plastiques pourrait avoir des conséquences néfastes
sur le métabolisme et la fertilité des hommes.
En Suisse, des réglementations plus strictes en 2009 tentent de juguler le risque.
Explication avec le professeur Wahli, biologiste.

 

FEMINA Qu’est-ce qui fait que le plastique est dangereux?

WALTER WAHLI Une substance, les phtalates, dérivés du camphre de goudron. On les utilise depuis cinquante ans pour assouplir le PVC, qui, sinon, serait trop rigide. On en trouve aussi dans les jouets, les cosmétiques comme les vernis à ongles, les emballages alimentaires, etc. On en produit 2 à 3 millions de tonnes par année.

Pourquoi sont-ils dangereux?

Quand ils sont administrés à fortes doses chez l’animal, ils agissent sur le métabolisme des sucres et des graisses et sont responsables d’anomalies dans le développement de l’appareil génital mâle.

Comment les phtalates interfèrent-ils sur notre organisme?

Lorsque les molécules de phtalates pénètrent notre organisme, ils peuvent entraîner un changement du système endocrinien. C’est ce qui s’appelle un perturbateur endocrinien.

C’est-à-dire?

Le bon fonctionnement de notre corps dépend des hormones. Celles-ci ont des récepteurs qui leur permettent d’envoyer des messages aux cellules pour y déclencher des réactions bénéfiques. Imaginez des serrures (récepteurs) et des clés (hormones), c’est le même principe. Les phtalates, eux, viennent semer le trouble dans cette signalétique, en se faisant passer pour des hormones. Ils se fixent sur des récepteurs, les inhibent ou les mettent en activité abusivement.

Est-ce que les phtalates sont stockés dans le corps?

Non, peu. Notre organisme les évacue naturellement dans les urines. Dans la nature, ils sont biodégradés, mais lentement. Leur concentration dans les eaux de rivière est généralement basse, mais ils peuvent perdurer dans des sédiments.

On a utilisé ce produit dangereux à l’aveugle pendant cinquante ans?

Oui, plus ou moins. Mais l’activité humaine produit un grand nombre de molécules. On met du temps à découvrir les effets délétères que pourraient avoir certains de ces produits. Un effet mineur cumulé sur les années peut vous rendre malade en une dizaine ou une quinzaine d’année.

Les industriels ont-ils pris conscience du risque encouru?

Oui. Les pressions sur les industriels ont été fortes et les réglementations aujourd’hui sont relativement strictes en Suisse. Mais elles ont pris du temps à être mises en place. La collaboration entre les autorités, l’industrie et la recherche est en général constructive. De notre côté, il reste tellement à découvrir. Considérés de façon isolée, certains perturbateurs endocriniens paraissent neutres et sans effet. Mais ensemble, ils ont un impact qui peut s’avérer néfaste. C’est l’effet «cocktail» que nous sommes de plus en plus à même aujourd’hui de mesurer.

Comment réagir en tant que consommateurs?

Il faut être critique et attentif, sans développer des peurs infondées. Ne pas oublier que notre espérance de vie s’est prodigieusement allongée. De plus, la législation suisse est rigoureuse, elle bannit les phtalates des cosmétiques, des jouets et des emballages alimentaires. Il faut peser le pour et le contre. Par exemple, le bénéfice d’une bonne protection solaire est plus important que le risque encouru à cause des phtalates. Idéalement, on choisira une crème vierge de perturbateurs endocriniens. Elle existe! Mais comment contrôler ce qui se fabrique en Asie, par exemple? Il faut se poser la question de la provenance et du mode de fabrication de ce qu’on achète.

 

Bio Express

Né en 1946 à Moutier, Walter Walhi est professeur à l’Université de Lausanne. Il a créé le CIG, Centre intégratif de génomique, département de la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL. Il dirige le programme de recherche national sur les perturbateurs endocriniens.

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