La vitamine D à petites doses

Catherine Riva

En matière de santé, la vitamine D est la star du moment. Elle aurait d’innombrables vertus contre toutes sortes de maladies. Et selon certaines estimations, plus de la moitié de la population occidentale aurait besoin d’en prendre sous forme de suppléments. Vraiment?

Si l’on veut améliorer le taux de vitamine D, il faut d’abord cesser de dissuader les gens de s’exposer raisonnablement au soleil. Jérôme Biollaz, professeur honoraire à la Faculté de médecine de l’Université de Lausanne.

Si l’on veut améliorer le taux de vitamine D, il faut d’abord cesser de dissuader les gens de s’exposer raisonnablement au soleil. Jérôme Biollaz, professeur honoraire à la Faculté de médecine de l’Université de Lausanne. © Philipp Lee Harvey/Getty Images

La vitamine D est synthétisée par notre peau sous l’action de la lumière du soleil. Dans notre organisme, elle se comporte comme une hormone et joue un rôle déterminant au niveau de la minéralisation des os. Nous avons donc besoin d’exposer notre peau au soleil pour la fabriquer, car son apport n’est pas couvert par l’alimentation, même si certains poissons gras (hareng, maquereau, saumon) en contiennent. C’est d’ailleurs pour cette raison que nos grands-parents, lorsqu’ils étaient enfants, étaient forcés d’avaler en hiver de l’huile de foie de morue, légendairement infecte, mais riche en vitamine D.

L’objectif de cette supplémentation était précisément de prévenir, à la saison où l’ensoleillement est le plus faible, l’une des maladies graves que peut provoquer un déficit en vitamine D chez les nourrissons et les jeunes enfants: le rachitisme. Aujourd’hui, les bébés sont supplémentés d’office en vitamine D de synthèse jusqu’à l’âge de 1 an: il s’agit des fameuses gouttes Vidé-3® que les jeunes parents connaissent bien… notamment car leur goût est resté infect en dépit des progrès de la science.

Que de bénéfices!

La vitamine D contribue aussi, apparemment, à maintenir en bon état les dents et les muscles, tout en aidant l’organisme à réguler correctement le système immunitaire. Ses vertus sont donc probablement très nombreuses.

D’un autre côté, les médias relaient régulièrement des travaux scientifiques selon lesquels d’autres maladies que le rachitisme seraient liés à un déficit de vitamine D: cancers, diabète, maladies auto-immunes, dépression, ostéoporose… Du coup, certains professionnels de la santé affirment que pour prévenir ces affections, il faudrait supplémenter massivement le gros de la population. Comprenez: la vitamine D, c’est rien que du bénéfice.

Populations sensibles

La pratique consistant à prescrire de telles supplémentations a d’autant plus le vent en poupe que les autorités de santé de différents pays ont récemment affirmé que 50% à 70% de la population de l’hémisphère nord présentait un déficit en vitamine D, en hiver notamment.

Mais est-ce aussi simple? «Certainement pas», affirme Jérôme Biollaz, professeur honoraire à la Faculté de médecine de l’Université de Lausanne. Ce spécialiste de pharmacologie clinique ne conteste pas l’utilité d’«une supplémentation raisonnable en vitamine D en présence de certaines affections et dans certaines populations sensibles»,mais critique sévèrement ceux qui voudraient la prescrire à large échelle.

 

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