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L’époque où les parrains et marraines choisissaient le prénom de leur filleul dans le calendrier est révolue et les parents se sentent parfois démunis face à toutes les possibilités qui s’offrent à eux. Chaque choix semble individuel, unique et lié à l’histoire familiale. Pourtant, des tendances se dessinent, toujours en rapport à l’air du temps. Son prénom ancre ainsi l’enfant dans une période, une sensibilité, une région. Aujourd’hui, il ne siège plus guère de Marie-Christine dans les classes primaires, ni beaucoup de Philippe ou d’Alain d’ailleurs. Ça, c’est bon pour la génération des (grands)-parents.
Les Romands ne font pas de vagues
Alors quels sont les grands courants qui porteront les bébés de 2010? S’il est très en vogue, outre-Atlantique, de donner à son enfant le nom d’une marque ou de composer des prénoms improbables, rien de spécialement exubérant à noter ici. Il semble que l’on ne soit pas encore prêt pour des petites Lily Rivella en Suisse romande! Il faut dire que la législation suisse donne aux officiers de l’Etat civil la possibilité de refuser d’inscrire un prénom qui porterait atteinte aux intérêts de l’enfant. Pour Laure Da Broi, cheffe de service de l’Office de l’Etat civil de Genève, les problèmes demeurent toutefois anecdotiques même si dans le contexte très international de la ville «la plus grande souplesse est de rigueur».
Un coup d’œil sur le palmarès des prénoms publiés par l’OFS confirme également une grande stabilité des têtes de liste: pas de révolution dans les tops 5, même si, côté filles, Clara a chassé Lara du quinté de tête, tandis que chez les garçons, Maxime revient aux dépens de Noah. C’est que les Suisses sont assez lents à abandonner leurs prénoms préférés, explique la sociologue française Joséphine Besnard dans son ouvrage La cote des prénoms . Les terminaisons en A sont ainsi une valeur sûre chez les filles depuis la fin des années nonante (23 prénoms en A dans le top 50 féminin!). Assistera-t-on bientôt à la naissance de petites Malia ou Sasha, comme les filles Obama?
L'influence du milieu
Snobisme ou tradition, on rencontrera plus d’Alexandre que de Kevin chez les catégories socioprofessionnelles dites supérieures. Parce que l’on le veuille ou non, le milieu social exerce une influence forte sur le choix du prénom. Toujours vrai avec les brassages de population? Jacques-Antoine Gauthier, sociologue à l’UNIL, explique que «les parents issus de milieux sociaux plus élevés ont davantage le souci de se distinguer, ils sont souvent précurseurs dans le choix des prénoms». Certains sont ensuite repris dans les milieux populaires; c’est alors que «l’élite» les boude et en adopte d’autres. La boucle est bouclée.
Cela est toutefois moins marqué en Suisse que chez nos voisins français où certaines traditions persistent dans les milieux bourgeois, particulièrement fidèles à des prénoms rarement donnés ici. Augustin, Charles, Jeanne et Victoire figurent ainsi en bonne place dans le très chic Carnet du jour du Figaro mais n’apparaissent même pas dans les tops 50 de Suisse romande. A l’inverse, le multilinguisme suisse et la présence de plus de 20% d’étrangers sur le territoire peuvent expliquer le succès de prénoms plus consensuels qui s’adaptent bien à un environnement cosmopolite: Sara, Lara et Emma rencontrent également un franc succès en Suisse alémanique et au Tessin, idem pour David (ou Davide), Luca(s) (ou Lukas) et Noah.

Une façon de se singulariser
Consciemment ou pas, les parents insèrent donc leur enfant dans une identité collective. «Le prénom en dit beaucoup sur ceux qui l’ont choisi», confirme Tania Zittoun, professeure à l’Institut de psychologie et éducation de l’Université de Neuchâtel. «Lors des procédures de choix, les traditions familiales ou culturelles jouent souvent un rôle, que les parents s’y conforment ou souhaitent à l’inverse s’en distancier.» Conformiste ou original, souvenir d’un aïeul ou pure invention, le prénom témoigne du désir des parents de singulariser leur enfant, de l’inscrire dans un groupe et de la manière dont ils projettent son avenir. A quoi ressemblera-t-il? Quelle profession exercera-t-il? C’est aussi l’imaginaire des parents qui se reflète dans le choix. Gabriel sera protecteur, Océane aura le pied marin et Robin défendra la veuve et l’orphelin… Après tout, les prédictions ont l’air de bien fonctionner chez les people: la petite Apple de Gwyneth Paltrow est à croquer et Kate Moss peut s’enorgueillir du charme de sa Lila Grace! Si tout pouvait être aussi simple pour nous…
Stars de la chrétienté, prénoms étrangers, héros de romans ou de soap opera, nombre de références nous inspirent. Et même si nous admettons difficilement avoir été influencés par la mode, le choix d’un prénom s’inscrit bel et bien dans une tendance. Les prénoms courts ont ainsi le vent en poupe. Parmi les nouveautés du palmarès: Lily, Stella, Norah, ou la plus classique Louise chez les filles; Liam, Marco et Tom chez les garçons. La tendance biblique se confirme également, spécialement en tête du classement où Nathan, Thomas, David et Noah font notamment écho à Emma, Eva, Léa et à l’indétrônable Sarah (avec ou sans H). D’où vient cet engouement? Les convictions religieuses des parents n’y sont pas pour grand-chose, certains d’entre eux ignorant même l’origine biblique de leur choix! Faut-il entrevoir une influence des pays anglophones où ces prénoms sont fréquemment donnés? Ou, tout simplement, un retour aux traditions: qui se souvient que le major Davel se prénommait Jean-Daniel Abraham? Et si, en matière de prénoms comme ailleurs, tout n’était qu’un éternel recommencement… Allez, au boulot! Vous avez neuf mois pour (re)lire l’Ancien Testament.
Quelques conseils
Le prénom de votre enfant sera accolé à votre nom de famille. Donc hors de question de jouer à «Monsieur et Madame ont une fille»: Lou Dubois ne fait rire que dans les contes! Idem pour les initiales, on évite à son enfant de devoir plus tard parafer d’un difficile WC ou TQ…
Question orthographe, réfléchissez bien avant d’opter pour la fantaisie. Quel avantage à s’appeler Etane ou Alisse? Pensez à votre pauvre petite qui va passer sa vie à préciser: «Je m’appelle Emilli, avec 2 L et sans E!»
Certains prénoms sont adorables pour un bébé, mais comment pourront-ils être portés à l’adolescence et à l’âge adulte? Pas sûr que Lilou soit très crédible si elle se destine à une carrière politique, ni que Nemo assume au collège!























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