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Muriel Morel, thérapeute, elle travaille à l’Institut de recherche en géobiologie à Chardonne (VD). |
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Jacques Le Moual, prêtre, il est l’un des trois exorcistes du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. |
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Christine Ulivucci, psychothérapeute à Paris, elle est l’auteur de Psychogénéalogie des lieux de vie (Ed. Payot) |
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Sylvie Dethiollaz, biologiste, elle travaille au Centre d’étude et de recherche noétiques de Genève. |
On en sourit, mais beaucoup ont vécu des expériences étranges, liées à des «présences» ou à des «fantômes». Quel sens donner à ces apparitions? Que veulent-elles nous dire?
Des maisons qui mystérieusement ne se vendent pas, d’autres dans lesquelles les locataires finissent tous par divorcer, des ordinateurs qui «implosent» sans explication, des enfants qui prétendent voir des gens la nuit dans leur chambre… Les histoires de «maisons hantées» sont légion. Essayez d’en parler autour de vous, vous serez probablement étonné de découvrir que des gens de tous milieux ont vécu une expérience étrange qui les a durablement marqués. L’effet de ces supposées «présences» est suffisamment fort pour pousser certaines personnes à changer de domicile. Que faire si vous n’êtes pas seul dans votre maison? Comment interpréter ce qui défie la logique commune? Différentes disciplines s’intéressent au phénomène et plusieurs pistes s’offrent à vous, selon votre sensibilité et vos croyances… Le point avec une géobiologiste, un exorciste, une psychothérapeute et une biologiste.
Des traces du passé
Muriel Morel, géobiologiste à Chardonne, ne parle jamais de «fantômes». Cette ancienne infirmière anesthésiste devenue thérapeute préfère le mot «présence». Mandatée pour faire le bilan géobiologique d’une maison, elle s’intéresse à l’influence du lieu sur tout ce qui y vit: «Le milieu vital peut être fragilisé, destabilisé, par différents phénomènes: naturels, artificiels, techniques, etc.» Parfois, il lui arrive aussi de percevoir des phénomènes de nature plus «subtile, liée à la mémoire du lieu». Avec tact, elle évalue si les propriétaires sont prêts à entrer en matière. «Si c’est le cas, je leur propose un travail d’ordre psycho spirituel», explique-t-elle, «c’est-à-dire que je les aide à se questionner, à quitter le mental analytique pour redevenir plus spontanés». Aucun tour de passe-passe: ce sont les propriétaires eux mêmes qui devront s’atteler à la tâche, Muriel se borne à les aider, «je suis juste leur béquille», précise-t-elle, «c’est la condition d’un traitement réussi».
Parfois, les habitants font appel à elle parce qu’ils éprouvent un malaise. Une présence les gêne, qui peut se manifester sous des formes diverses: odeurs, modification de la température, bruit suspect, lumière qui s’allume toute seule, etc. «S’il s’est passé quelque chose de grave dans un lieu, il peut en rester imprégné», continue la géobiologiste. Potentiellement, nous pouvons tous le détecter: «Nous sommes, en effet, tous des antennes biologiques, mais plus ou moins bien aiguisées. Certains préfèrent ne pas écouter leurs intuitions. Ce n’est pas le cas des animaux ou des enfants. Ces derniers ressentent plus de choses que nous et osent les exprimer de façon naturelle, mais les adultes n’y apportent souvent aucun crédit».
On nous veut du mal?
Souvent, ces manifestations sont très mal vécues. Elles font peur et angoissent. Malgré tout, Muriel Morel se veut rassurante: même si les gens ne le vivent pas bien, elle ne considère jamais ces présences, même envahissantes, comme une agression. Pour elle, c’est un appel au secours. «Quelque chose est resté bloqué dans notre monde et a besoin qu’on l’aide à le quitter. Beaucoup de gens n’étaient pas prêts à mourir au moment de leur décès, alors ils restent bloqués dans ce plan de la matière». Si les «fantômes» font si peur, c’est peut être parce que notre société escamote trop souvent la mort et ne sait pas quel sens lui donner. «Pourtant, la mort est un aspect de la vie», conclut Muriel Morel.
Vade retro, satanas!
Chez les catholiques, on trouve des prêtres exorcistes. Le Père Jacques le Moual, de Charmey, est l’un d’eux. Il est contacté une dizaine de fois par semaine, de plus en plus fréquemment. «Je reçois des demandes pour purifier des lieux où on sent des présences maléfiques». Le prêtre écoute les fidèles avec respect et délicatesse. Et si l’écoute ne suffit pas à rassurer, il peut se déplacer pour effectuer un rituel de bénédiction. Il utilise alors l’eau bénite, le sel, la prière, et distribue des médailles de Marie aux fidèles. Il ne parle pas de «fantômes» mais, à la rigueur, «d’âmes errantes», sans vouloir entrer dans les détails. Il se souvient lui aussi avoir ressenti, une fois dans sa vie, un sentiment très particulier dans une maison: «Je n’ai pas pu entrer dans une pièce. Plus tard, on m’a appris qu’un homme s’était pendu là.» Mais les pseudo-mauvais esprits relèvent le plus souvent «de jalousies entre les hommes». Et on a tendance à peindre le diable sur la muraille: «Les gens cherchent une explication à leurs malheurs. S’ils ont des déboires, ils ont tendance à penser que c’est forcément parce que quelqu’un ou quelque chose leur veut du mal.» Même si le prêtre n’exclut pas l’intervention de Satan. Deux fois en douze ans, le Père le Moual a été confronté à des cas de possession sur des fidèles, et il a dû prononcer le grand rituel romain (que les fans du film L’exorciste connaissent).
L’inconscient surgit
Présence qui ne trouve pas le repos, «âme errante» ou signature diabolique… Du côté des psys, quel sens donne-t-on au phénomène? La Française Christine Ulivucci a publié un livre passionnant sur notre rapport à l’habitat: Psychogénéalogie des lieux de vie, Ces lieux qui nous habitent (Ed. Payot). Cette psychothérapeute revendique une approche «transgénérationnelle», c’est-à-dire qu’elle déchiffre notre inconscient à l’aune de l’histoire de nos parents et de nos grands-parents. Pour elle, choisir une habitation n’est jamais le fruit du hasard: notre maison est notre reflet, notre «seconde peau». Les «fantômes» qui peuvent y apparaître sont en fait un surgissement de notre propre inconscient. «Si la maison est vécue comme inhabitable, c’est que quelque chose ressurgit du passé et vient parasiter notre présent. Quelque chose qui, à l’époque, n’a pas été élaboré ni verbalisé par les générations qui nous ont précédés. Ce secret revient à la surface pour nous parler». Selon la psychothérapeute, on peut le voir comme un cadeau: l’opportunité nous est donnée de nous pencher sur notre histoire et d’évoluer. «Dans les familles, ils arrivent par exemple qu’on taise l’existence d’un enfant mort-né, un abus, un deuil violent, etc. Même s’ils ne sont jamais évoqués directement, même oubliés, ces drames laissent une trace dans l’inconscient. Tôt ou tard, nous les retrouverons sur notre chemin. On peut décrypter le «fantôme» comme une révélation de notre histoire familiale.» Bonne nouvelle: «Cette histoire, si elle pose problème, on peut la réparer et la transformer. On n’est pas obligé de la subir.» Mais pour que les fantômes disparaissent, il faudra les affronter.
Conscience modifiée
Au-delà de l’effroi qu’elle suscite, une «apparition» peut-elle être bénéfique? Et si nous cultivions nos «antennes» pour mieux apprendre à ressentir ce qui nous entoure? Au centre Noêsis, à Genève, la biologiste moléculaire Sylvie Déthiollaz et le psychothérapeute Claude- Charles Fourrier recueillent les témoignages de gens qui ont vécu des expériences de «conscience modifiée» et notamment les témoins d’apparitions. «Les gens qui viennent nous en parler ne sont pas angoissés, à de rares exceptions près, explique Sylvie Déthiollaz. «Certains sont habitués à avoir ce genre de visions, quelquefois même depuis l’enfance. Ils parlent de «figure lumineuse», «d’être de lumière». Parfois ils voient des inconnus, souvent des entités religieuses: Marie ou un archange. Des messagers qui les mettent en garde». Le centre accueille et collecte les témoignages. Puis, selon les cas, «il peut être intéressant de les analyser, et de proposer une interprétation d’après le contexte, le milieu socioculturel de la personne», explique la chercheuse. «Le phénomène, qu’il existe ou non, est secondaire», conclut Sylvie Déthiollaz. «Ce qui nous intéresse, c’est ce que la personne en fait. On peut considérer ces apparitions comme une source de connaissance de notre quotidien et de ce qui nous entoure.»
Rester entre vivants
Ainsi certaines personnes perçoivent des présences rassurantes; par exemple, un grand-père disparu qui revient régulièrement. Muriel Morel met en garde: «Les morts ne doivent pas prendre trop de place dans nos vies.» Le fantôme doit délivrer son message et partir. A nous de lui donner un sens qui nous aide à mieux vivre. A l’image de Paul, qui raconte avoir perçu une présence un soir dans sa chambre. «Deux ans plus tôt, j’avais perdu mon ami qui s’était suicidé. Une nuit, je l’ai vu et senti à côté de moi, dans notre lit. Il me caressait la tête, j’avais l’impression qu’il venait m’apaiser et me dire au revoir. Depuis, je n’ai plus jamais rien senti de tel».
Lisez nos témoignages sur l'édition électronique du dimanche 25 avril 2010



























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