«Je quitte tout pour suivre mon homme en Afrique»

A 50 ans, Esther abandonne enfants, mari, amis, travail, chalet pour l’amour d’un Africain. Elle l’a rencontré alors qu’elle réalisait son rêve d’être bénévole sous les tropiques.

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Par Claire-Lise Genoud

 

 


 

A 50 ans, Esther abandonne enfants, mari, amis, travail, chalet pour l’amour d’un Africain. Elle l’a rencontré alors qu’elle réalisait son rêve d’être bénévole sous les tropiques.

Je pars. Demain, je remets la clé de notre chalet

«Je suis émue. Gaby est avec moi depuis un mois. Il est venu m’aider à tout quitter ici pour le rejoindre là-bas, en Afrique. Plus exactement au Burkina Faso. Je sais que ma vie est là-bas. En automne dernier, j’y ai acheté un terrain au milieu d’une ville, 900 m2. Je vais pouvoir, avec mon compagnon, construire notre maison, y poser du carrelage blanc pour que je puisse voir les «bêtes» qui rôdent sur le sol, surtout la nuit. Je vais pouvoir installer une douche et avoir un lit aussi. Il est difficile là-bas de trouver un matelas, comme chez nous, mais je ne désespère pas.

Tout a commencé avec l’achat d’un chalet en Valais à la fin de 2003

Avec mon mari, Jurassien comme moi, nous voulions du soleil, absolument. Les enfants avaient grandi, ils commençaient à faire leur vie à Genève, où nous habitions depuis presque vingt ans. L’aîné projetait de se marier. A l’époque, je travaillais dans une centrale de taxis et j’avais des horaires irréguliers qui me laissaient beaucoup de temps libre. Comme nous avions enregistré notre résidence principale en Valais, mon mari m’a très vite suggéré d’aller passer plusieurs jours durant la semaine. Me retrouver toute seule à plus de 2000 mètres d’altitude sans connaître personne ne m’attirait guère. J’hésitais. Mais, au début du printemps suivant, j’ai eu l’idée de chercher du travail en Valais. De cette manière, je n’allais pas risquer de m’ennuyer. Et c’est la condition que j’ai imposée à mon mari et à mes enfants qui vivaient encore tous les deux avec nous. Personne n’y a vu de réel inconvénient.

Enthousiasmée, je suis allée pianoter sur le site de l’Office régional de placement du Valais. La première annonce qui m’a sauté aux yeux a été la bonne: on cherchait une secrétaire-réceptionniste à Transport Handicap, à Sion. Moi qui penche naturellement vers l’entraide et qui aime bien rendre service, je me suis dit: c’est pour moi. Deux jours plus tard, j’ai rencontré Fernand, le directeur. Il m’a présenté l’organisation et m’a expliqué que j’allais devoir organiser la planification des bénévoles qui assurent le transport des handicapés de la région. Je sentais mes yeux briller tant ce poste semblait être fait pour moi. Mon cœur a fait boum lorsque Fernand a évoqué, sans y apporter plus d’importance que cela, son projet d’alphabétiser des adultes handicapés au Burkina Faso, en Afrique. Depuis toute petite, lorsque j’allais au culte le dimanche, je restais des heures à écouter des missionnaires de retour de Papouasie raconter ce qu’ils y avaient vécu. Ils me faisaient rêver.

Mon nouvel emploi allait être un 100%, mais ma famille n’avait déjà plus le choix

Je savais que je devais y aller. Tout s’est d’ailleurs passé au mieux. Mon mari venait me rejoindre les week-ends, on s’installait dans notre joli chalet là-haut sur la montagne, les enfants prenant petit à petit leur indépendance. L’aîné s’est marié. En Valais, je travaillais. Je me suis fait des amis. J’attendais de pouvoir faire partie du prochain voyage de bénévoles vers le Burkina Faso. Mon mari m’a retenue. Il m’a suggéré de faire ce déplacement à l’occasion de mes 50 ans, en avril 2007. Il m’a assuré qu’il serait à mes côtés, lui qui n’aime pas tellement voyager, surtout dans ces pays-là. J’ai accepté. Mais, au dernier moment, mon mari a renoncé à m’y accompagner. Je ne lui en tiens pas rigueur. Il voulait me faire plaisir, mais au fond de moi je savais qu’il serait malheureux là-bas, sans confort. Ce n’est pas une vie pour lui.

Lorsque j’ai posé le pied sur la terre rouge africaine, en février 2007, je me suis dit: c’est là! J’ai eu l’impression qu’un immense poids s’était envolé. D’emblée, je me suis sentie chez moi et tout de suite je n’ai vu que Gaby. Gaby, c’est aujourd’hui l’homme de ma vie. Il a 31 ans, c’est lui qui a eu l’idée de ce centre d’alphabétisation de handicapés et qui a pris contact avec Fernand, mon patron, par l’intermédiaire d’un ami. Il est handicapé. Il ne tient pas droit sur ses jambes. Mais cela n’a aucune importance pour moi.

A mon retour en Suisse, je n’étais plus la même

Mon mari n’a pu que le constater. Il m’a écrit une magnifique lettre d’amour. On a essayé de discuter, on a essayé de ne plus se voir durant un mois. Rien n’y a fait, c’était trop tard. J’étais déjà loin, déjà ailleurs, déjà au Burkina, avec Gaby. Il m’y attendait avec cette confiance dans le regard, cette attention à mon égard et cette sagesse tranquille, confiante, qui émane de lui et me remplit le cœur de bouffées de bonheur.

Je savais qu’il me faudrait ces quelques mois pour préparer ma famille, prendre du temps avec mes enfants, mettre mes affaires en ordre et retourner, seule, en Afrique. C’était en septembre dernier. Les deux premiers jours, je ne me suis pas sentie si bien. Je réalisais le changement de vie que j’étais en train de mettre en place. Je pensais à ma fille, au futur de bébé de mon fils, à mes amis, à ma vie passée. Je n’en menais pas large, et tous ces petits détails de la vie quotidienne là-bas me semblaient lourds et pesants. Puis j’ai donné le tour. Ma bonne humeur et mon enthousiasme naturel ont repris le dessus.

Avec mon mari, on a entrepris la demande de divorce

Il va me verser durant quelques années une petite pension qui me permettra de me nourrir là-bas et de payer mon AVS ici. Je n’ai pas les moyens de continuer à assumer les primes de l’assurance maladie. Tant pis, j’ai une santé de fer. Depuis, mon époux a retrouvé une amie. Elle doit s’installer avec lui, dans notre ancien appartement, d’ici quelques semaines. Pour moi, tout se passe au mieux, tout s’est mis en place. Je peux enfin faire de ma vie ce que j’ai toujours voulu, prendre mon envol, me sentir utile, me sentir aimée, avoir des projets, être de nouveau libre et heureuse, et surtout, surtout, aller au bout de mon rêve.»

Et vous, jusqu’où seriez-vous prête à aller pour réaliser votre rêve? Réagissez…

 

«Mon mari m’a écrit une magnifique lettre d’amour.
Rien n’y a fait, c’était trop tard.
J’étais déjà loin, déjà ailleurs, déjà au Burkina Faso, avec Gaby.»

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