Dossiers
Mère de trois enfants, dont un ado de 16 ans, Sandra commence à jouer de la basse du jour au lendemain. Sur scène, cette quadra s'éclate et ose même des tenues provocantes. Une révélation pour cette timide de nature.
A quarante ans, on se pose des questions sur les rêves qu’on n’a pas réalisés
Avec ma belle-sœur, qui a le même âge que moi, nous nous sommes rendu compte que nous avions toutes les deux envie de faire de la musique. Je m’en souviens très bien, c’était le soir de Noël 2006. Nous avons décidé de fonder un groupe sur un coup de tête. Deux semaines plus tard, elle me présentait son meilleur ami: nous avions un chanteur. Puis une guitariste nous a rejoints et le groupe était fondé. J’ai acheté mon instrument, une basse électrique, et pris des cours avec mon ami de toujours, bassiste également. Des amis musiciens nous ont prêté un local de répétition. Nous n’avons pas fait de solfège mais appris tout de suite à jouer des morceaux, en l’occurrence London Calling, des Clash, un classique punk de 1980.
Après une année de répétitions hebdomadaires, nous avons présenté six chansons devant un public de cent vingt personnes. Le bonheur! J’ai adoré ça! Puis nous avons enchaîné avec un concert à l’Atlantic, à Lausanne, devant trois cents spectateurs. C’était une soirée parrainée par le chanteur romand Jérémie Kisling, où plusieurs groupes pouvaient se faire connaître. Une aventure délicieuse! C’est difficile à croire quand on sait que je suis plutôt d’une nature timide et réservée. Les gens qui me connaissent comme une femme discrète sont encore plus surpris quand ils voient mes tenues de scène: corset en vinyle, cuissardes, bas résille, jupe très courte ou short à frou-frou, chaussures à talons...
Je joue avec les clichés de la femme objet
Entre la «pucca» (petite héroïne asiatique) et la maîtresse SM. Je suis styliste de profession, donc les costumes m’intéressent, mais dans le fond, je crois que j’utilise aussi la scène pour exorciser une blessure d’enfance, un problème d’abus sexuel. Ici, je joue ma féminité en toute sécurité. C’est sexy, ambigu, vulgaire ou ridicule peut-être, mais je le revendique, ça fait partie de moi. On pourrait aussi reprocher à notre groupe de vouloir rester jeune. Mais nous l’assumons et jouons sur notre côté décalé de quadras punks. Et même si nous travaillons avec sérieux, nous ne nous prenons pas au sérieux. Le nom de notre groupe, Zizi and the Pussies, va pour moi dans le même sens: sexe et second degré.
Après le concert, les retours ont été positifs
Les gens se montraient impressionnés par mon culot. Admiratifs. Pas forcément musicalement, puisque nous n’avons pas encore de technique. Mais parce qu’on ose et qu’on s’amuse. Mes petits, une fille de 8 ans et un garçon de 12 ans, étaient tout fous. Ils sont venus s’asseoir au premier rang. Mon fils de 16 ans avait peur d’avoir honte de mes tenues provocantes devant ses copains. Mais quand il m’a vue sur scène, il m’a lancé: «Maman, tu assures!» Des copains lui ont dit: «Elle est trop cool ta mère!»
Mon fils est très doué musicalement, il a aussi un groupe de rock et il nous a demandé de participer à un festival organisé par ses soins en novembre prochain. Nous parlons beaucoup de musique ensemble et chacun fait découvrir des morceaux à l’autre. Je lui ai fait écouter du punk et de la new wave. Ou, dans un autre registre, le kitsch si fédérateur d’une Mylène Farmer.
J’ai toujours voulu jouer de la basse électrique, même si c’est un instrument plutôt discret
C’est viril, une basse. Il y a peu de femmes qui en jouent. C’est puissant, comme des lames de fond, ça fait vibrer le cœur. En jouer me libère des énergies négatives, de la fatigue accumulée. Mon amour de la musique vient de loin. Ma mère m’a emmenée à mon premier concert à l’âge de 13 ans. C’était Nina Hagen. Il faut dire que j’ai eu la chance d’avoir une maman hippie, curieuse, non conventionnelle. J’ai adoré la foule, l’énergie qui se dégageait, le bruit.
En ce moment, la musique me porte. Je traverse actuellement une période un peu rock’n’roll, avec de profondes remises en question. Jouer avec mon groupe, c’est tellement positif, cela donne beaucoup de force. C’est comme une famille, une constance dans la vie. Je change, mais le groupe reste.
Et vous, quel est le pari le plus fou que vous ayez relevé? Réagissez....























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