Dans notre société où la famille - sœurs ou cousines - s’étiole, les amies resserrent les rangs. Elles s’épaulent, se font rire, parfois se brouillent. La journaliste Denise Bombardier a fait un livre des petits riens et des grands émois de l’amitié au féminin.
C’est un lien fort, complice et léger. Exigeant et changeant aussi. Quand on est amies, on n’aime pas forcément pour la vie. Journaliste au Québec, Denise Bombardier l’a appris dans la douleur. Il y a quelque temps, une de ses proches de cœur s’est détournée d’elle. Sans raison. «Tout est resté dans le non-dit.» Mais parbleu, elle en a souffert. «Au point d’y penser jour et nuit pendant des mois», confie-t-elle dans son dernier livre Nos chères amies… (Albin Michel). Cette peine d’amitié, «aussi blessante et douloureuse qu’un chagrin d’amour», elle a réalisé qu’elle n’était pas la première à la vivre. Sauf que pas mal d’entre nous ne se l’avouent pas. «L’amitié est aussi passionnelle que l’amour, même si ces relations ne se comparent pas. Les amies, c’est de l’effervescence. On peut être si joyeuses et si… blessées. D’autant plus que l’on ne s’y attend pas.» Eh oui. En amour, on concède facilement un «on ne sait jamais». Peut-être notre homme nous trahira-t-il un jour ou l’autre? En amitié, rien de pareil. On se sent sûre, quasi invincible. A tort, semble-t-il.
Une de perdue…
Qui parmi nous n’a pas encore au cœur le pincement d’une fin d’amitié houleuse? Ou ce jour où, sans vraie raison, une intime a déçu, préférant choyer une autre relation que la nôtre? Sur le moment, ça fait mal mais cela ouvre la porte à de nouvelles amitiés. Car la femme aime rebondir dans un attachement tout frais. C’est le côté fantastique de l’amitié où, au contraire de l’amour, aucune relation n’en exclut une autre. «Nouer de nouvelles affections tout au long de sa vie semble être un besoin typiquement féminin, raconte Denise Bombardier. Les hommes, eux, sont plus fidèles en amitié. Ils gardent un ou deux vieux proches avec lesquels ils partagent peu de chose, parfois. Ils semblent moins exigeants en amitié que les femmes.»
Elles, elles veulent des copines qui les font vibrer. Avec lesquelles elles rient, pleurent, se confient à brûle-pourpoint. Et hop, elles tombent en amitié presque comme elles tombent amoureuses. Dans notre société où la famille jouait autrefois un rôle de conseil et de protection, les amies ont pris le pas sur les sœurs et les cousines. Si l’on y perd en n’ayant qu’une «inséparable»? Evidemment! Denise Bombardier observe que, passé l’enfance et son besoin d’exclusivité - «Tu veux être ma meilleure amie?» glisse-t-on en jouant à la marelle -, les femmes métissent leurs camaraderies. Leurs intimes sont disparates, différentes d’elle, plus ou moins âgées, d’autres milieux sociaux. «C’est le meilleur moyen de se secouer, d’ouvrir de nouveaux horizons. Et pour rester jeune dans sa tête, rien de tel que des confidentes plus jeunes que soi!», poursuit la journaliste sexagénaire. Elle-même est une chère amie de l’écrivaine octogénaire Benoîte Groult.
… une de retrouvée!
L’amitié féminine se conjugue au pluriel donc, même si la «garde rapprochée» se compte souvent sur une seule main. Selon la confidente, on parlera autrement, usant d’un autre vocabulaire, même si le sujet «homme» occupe une place de choix. Il y a ce que l’on dit à l’une et ce que l’on tait à l’autre. «Avec Marie, qui est célibataire, je ne parle jamais de ma vie privée, mari et enfants, mais qu’est-ce qu’on rigole!» raconte Betty, 34 ans. Et quand on en a marre d’une amitié à sens unique ou trop envahissante, on zappe. «C’est particulièrement le cas à la cinquantaine, témoigne Denise Bombardier. J’ai fait le ménage et oublié les aigries, les possessives et les névrosées profondes pour ne garder que les autres, voire peut-être les névrosées rigolotes.» D’autres fois, c’est la vie ou le travail qui se charge de mettre de la distance. Du meilleur, du rire et du pire, voilà l’essence même de ces relations qui changent au cours de la vie mais où l’on se découvre soi-même par miroir dans le vécu de l’autre. C’est précieux, vrai, gai. Comme être avec à un autre soi.
Dix trucs pour garder ses amies
1. Eviter le jugement. C’est sacré. Quand on est amies, on soutient l’autre même si l’on n’est pas d’accord avec ses choix.
2. Ne pas commenter la relation d’une intime avec son Jules et sa façon d’éduquer ses enfants. Au pire, le faire avec des pincettes.
3. Oublier l’envie. C’est un mauvais défaut, en particulier si l’on apprécie le conjoint de sa confidente. Quantité de brouilles entre femmes naissent à cause d’un homme.
4. Savoir écouter. Quand l’autre traverse une période délicate, on tend l’oreille et on oublie (un peu) d’évoquer ses propres soucis.
5. Rire. De soi d’abord, et de l’autre (avec affection!) Les soirées entre copines aident à passer des bouts de vie compliqués.
6. Prendre du temps pour l’autre. L’amitié se nourrit de présence et d’une forme d’équilibre dans le désir de se voir.
7. Ne pas négliger son amie le jour où l’on rencontre Mr Right. C’est un piège que de passer TOUT son temps avec son homme.
8. Etre prudente quand on a le sentiment de «voler» l’amie de son amie. En parler avec cette dernière pour être claire.
9. Ne pas trianguler: si les confidentes se connaissent, éviter de se critiquer en l’absence de l’une d’entre elles. Cela finit souvent par pourrir les relations.
10. Se méfier de celle qui se vante d’avoir cinquante amies. C’est le signe d’un type de relations superficielles.























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