Le porno, un nouveau trend féministe?

Par Florence Schmidt

 

 

©

Par Florence Schmidt

 

 

Le best-seller «Zones humides» de l’Allemande Charlotte Roche, fait scandale.
Un récit trash d’une fille qui exhibe son corps en détaillant ses sécrétions.
Manifeste féministe ou ramassis de scatologie? Le point avec Stéphanie Pahud.

 

FEMINA Zones humides est un roman très trash. Est-ce que vous comprenez son succès?

STÉPHANIE PAHUD Franchement, il n’a rien de choquant, il est juste écœurant. Moi, je ne lis que le récit d’une névrose. Toute l’histoire tourne autour d’une opération d’hémorroïdes de l’héroïne et de ses obsessions scatologiques. Il est présenté comme un livre féministe, mais ce n’est qu’une stratégie marketing. Selon moi, la presse allemande et internationale exploite le fait qu’une présentatrice télé répondant au stéréotype en la matière «jeune et jolie» tienne des propos vulgaires, inattendus dans sa bouche. En réalité, ce livre dépeint une fille perturbée de 18?ans – elle se drogue et s’est déjà fait stériliser – aliénée par un modèle familial déficient, ni plus ni moins.

On est donc loin d’un plaidoyer néoféministe?

Cela serait de l’usurpation de le définir ainsi. Zones humides ne propose aucune réflexion sur le genre, ni aucune forme de transgression sociale, dans la veine d’une Catherine Millet ou d’une Virginie Despentes. Dans ses interviews, l’auteure exploite le thème féministe du diktat médiatique et publicitaire de l’ultrahygiénisme qui imposerait aux femmes de toujours être parfaites, épilées et propres. Mais ce n’est pas le propos de son livre.

Charlotte Roche fait pourtant partie du nouveau courant allemand de féministes «Alpha Mädchen», les filles dominantes…

L’héroïne exhibe son intimité et sa sexualité. Elle «consomme» les hommes et s’offre des relations tarifées avec des prostituées dans le seul but de nourrir un rapport à son corps déviant. Elle dit entre autres vouloir être un homme pour satisfaire son fantasme de voir la femme en entier, de l’extérieur. Or cette tentative d’inversion des rôles n’a rien de féministe. Elle ne fait que reconduire des stéréotypes sur les hommes et les femmes et leurs sexualités respectives.

La pornographie est-elle l’un des chevaux de bataille des nouvelles générations de féministes?

Une certaine pornographie se réclame du féminisme. Mais le livre de Charlotte Roche, lui, décrit des pratiques déviantes scatologiques et antihygiéniques. Pour moi, ce n’est pas de sexualité qu’il parle. La littérature érotique est exploitée chez les féministes pour redonner une dignité au corps féminin. Elles mettent en cause, dans les films pornographiques traditionnels, le fait que les actrices soient mises en scène dans des situations d’humiliation ou de domination. Une posture féministe consiste pour moi à montrer que la sexualité comme le genre sont culturellement construits et que toutes les femmes ne vivent pas leur érotisme de la même manière.

Selon vous y a-t-il quand même un nouveau trend féministe?

Il y a une multitude de courants différents. Le féminisme que je défends, c’est celui qui prône des identités féminines et masculines multiples. Reste aujourd’hui à incarner cette posture pour sortir le féminisme de la caricature de la femme frustrée qui en veut à l’humanité entière et aux hommes en particulier. Aux femmes de se sentir libres avec leur genre. Libres de lui donner la place qu’elles souhaitent et libres de jouer avec leur genre.

 

Bio Express

Stéphanie Pahud est chargée de cours à la faculté de lettres de l’Université de Lausanne. Elle a écrit sa thèse de doctorat sur la représentation publicitaire du féminin et du masculin. Elle a également coécrit La place des femmes et des hommes dans la presse écrite généraliste de Suisse romande des années 80 à nos jours qui vient de paraître.

 

 

Publier un nouveau commentaire