
Pas besoin d’être devin pour le savoir:
les prévisions sur l’évolution de l’emploi sont moroses.
Selon l’historienne Céline Schoeni,
qui a étudié la crise des années trente,
ce sont les femmes qui vont payer le prix fort.
Explications.
FEMINA La conjoncture actuelle est mauvaise. Aura-t-elle des conséquences plus négatives sur le travail des hommes ou sur celui des femmes?
CÉLINE SCHOENI La crise affecte les deux sexes. Mais plus durement l’emploi féminin, évidemment!
Vous être bien affirmative.
Mon sujet de thèse porte sur le droit du travail des femmes dans les années trente. Aujourd’hui comme hier, surtout en période de crise, ce sont elles qui trinquent.
Et pourquoi donc?
Parce que chaque crise renforce les inégalités. Durant les années 1930, les hommes politiques ont envisagé de renvoyer les femmes au foyer pour contrer le chômage masculin. Ce n’est pas un hasard si la Fête des mères a été officialisée en 1930.
A l’époque, beaucoup de mesures ont été prises pour précariser le travail féminin. Dans l’administration et l’enseignement notamment, où des baisses salariales ont été appliquées.
Oui, mais c’était il y a longtemps… Plus personne n’ose parler ainsi même si certains UDC le pensent très fort.
Nous sommes pourtant dans la même logique. La dégradation du travail est toujours sexuée. Même si l’écart entre les taux de chômage des femmes et ceux des hommes se creuse à mesure que le chômage augmente. Les femmes sont proportionnellement plus touchées que les hommes.
L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement?
Souvent, oui, même s’il y a des progrès. Les femmes ont obtenu le droit de vote, le droit à la formation, le droit à la contraception. Actuellement, elles représentent près de la moitié des actifs en Suisse contre un tiers dans les années trente, mais cette féminisation ne correspond pas à plus d’égalité. En terme de quantité, elles sont gagnantes. En terme de qualité, elles sont encore perdantes. Dans le public, elles perçoivent 10% de moins que leurs collègues masculins et 20% de moins dans le privé.
C’est quand même fou que cette question ne soit toujours pas résolue!
Effectivement. La faute aussi aux temps partiels et aux emplois précaires dans des secteurs comme la santé ou l’éducation.
Mais cette activité leur permet au moins de ne pas rester cloîtrées chez elles.
C’est une fausse liberté. Le temps partiel relègue les femmes à des postes subalternes sans perspective de progression. Il est conditionné par le rôle qu’elles sont censées jouer dans la sphère familiale.
Selon vous, un 50 ou un 60% empêche une véritable répartition des tâches entre les hommes et les femmes qui, du coup, cumulent les activités.
Oui et ce n’est pas gagné. D’après les chiffres 2007, 8 femmes sur 10 dont les enfants ont moins de 15?ans, se chargent seule de la maison quand elles sont en couple.
Vous être en train de nous dire que les femmes vont devoir méchamment s’accrocher.
Oui. Il y a encore beaucoup trop d’inégalités, que ce soit dans la sphère domestique ou professionnelle. Comme les hommes, les femmes doivent en prendre conscience. Trop de gens croient qu’il y a des acquis sur lesquels personne n’osera jamais revenir. C’est une illusion. Il est donc absolument nécessaire de déconstruire cette idée qui, malheureusement, est profondément ancrée dans les esprits.
Bio Express
Céline Schoeni va soutenir prochainement soutenir sa thèse Crise et travail féminin, retour à l’ordre. L’offensive contre le travail des femmes dans les services publics en Suisse et en France durant les années 30. Cette Jurassienne de 31 ans est historienne à l’Université de Lausanne.























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