Horreur, ma mère est sur Facebook!

Sur Internet, les parents sont largués. Mais quand il s’agit d’espionner la vie privée de leurs enfants, ils font des progrès phénoménaux...

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Par Florence Schmidt / Illustration: Margaux Motin, Virginie.fr

 

 

Sur Internet, les parents sont largués.
Mais quand il s’agit d’espionner la vie privée de leurs enfants,
ils font des progrès phénoménaux.
Et si vous vous mettiez dans la peau d’une ado…

 

Imaginez, vous avez 14 ans. Evidemment, vous avez un profil Facebook (FB), parce que vous êtes branchouille, comme vos trois cent dix-neuf «amis» inscrits sur ce site. Forcément, vos albums en ligne regorgent de photos: on vous voit, vous et vos «friends» sous toutes vos coutures, en soirée, suants, dansants, déguisés, morts de rire (MDR comme on dit sur les chats). Inévitablement, sur l’un de vos portraits vous avez le regard un peu vitreux. C’était votre première cuite à la bière. Un tel événement, cela mérite bien de figurer dans son roman-photo perso. Il y a aussi celle, sexy, où vous êtes assise sur les genoux de Juan. Trop beau. Cette image-là, c’est votre trophée. Depuis, vous avez changé votre statut de célibataire à mariée avec Juan, pour le faire marrer. Bref, vous êtes superfière de votre page FB, vous passez pour une nana cool, rigolote et trop stylée.

 

L’incruste dans ton réseau

Imaginez encore, qu’un jour, vous ouvrez votre compte FB. Dans votre boîte à lettre: une nouvelle invitation à figurer dans votre liste d’amis, signée… Maman. Suffocation, hyperventilation. Vous tombez de votre chaise. Mes ancêtres colonisent mon terrain de jeux. Que faire? Je ne peux tout de même pas refuser celle qui m’a donné la vie dans mes contacts FB? Si je la rejette, elle va se vexer, gamberger et penser que je fais des trucs bizarres. Entre culpabilité et pitié, vous vous sentez obligée d’accepter la curieuse comme amie. Pourtant, vous avez lu que pour un bon équilibre psychique, dans les relations familiales, chacun doit rester à sa place. Du coup, pour vous rassurer, vous cherchez des renseignements en surfant sur les groupes intitulés «Au secours, ma mère veut taper l’incruste sur Facebook.» Vous lisez le témoignage d’une fille dont la mère suit toute la vie grâce à FB, fait des commentaires non-stop sur ses humeurs… Bref, plus moyen de lui cacher quoi que ce soit. Quelle angoisse! Votre mère va donc, elle aussi, éplucher vos albums photos, retracer votre agenda nocturne, analyser vos fréquentations et votre parcours sentimental, voire détailler vos (mauvaises) habitudes?

Le suspens ne dure pas longtemps. Le soir même, elle vous harcèle de questions intrusives: «Qui c’est ce garçon qui a sa langue dans ta bouche?» ou «Ma parole, quelle tenue décolletée, on dirait des photos de charme!» et encore «Tu roules tes cigarettes toi, maintenant?» Vous la calmez sec. Gestapo, euh, Maman, que fais-tu de mon jardin secret? C’est comme si tu allais fouiller dans mon journal intime en mon absence. Tu n’as jamais lu Dolto? C’est ultrachoquant!

 

Big Brother Family

Le lendemain, sur votre statut, vous inscrivez «OMG (Oh My God). Ma mère est sur Facebook. Fallait-il vraiment que les 50 ans et plus s’y mettent?» En réponse, un ami vous envoie un lien sur un article qui dit que les parents sont les nouveaux Big Brother du Web. «Vous pensez qu’ils cherchent leurs vieux copains d’école sur Facebook? Mon œil, ils nous espionnent. Selon une étude britannique, 75% des parents interrogés surveilleraient secrètement l’activité de leurs enfants sur les réseaux sociaux.» Vous commencez à réaliser… Pendant ce temps, votre génitrice – qui n’est pas si arriérée – fait des progrès phénoménaux: elle connecte toutes vos copines, donne ses opinions sur les filles bien, les plus polies, les garçons infréquentables… Bref, maman abuse en s’immisçant lentement mais sûrement dans votre vie privée.

Quelques semaines passent, vous n’osez déjà plus inscrire le moindre commentaire sur votre page. Vous être traumatisée. Comble du cauchemar, votre père, sans doute alléché par les récits croustillants de sa moitié, vient lui aussi faire irruption dans votre univers virtualo-sociale. Quelle poisse! Dépitée, vous acceptez. Après voir reçu son premier message sur votre mur (dont les commentaires sont accessibles à tous vos amis), vous prenez conscience que vous venez de faire la plus grande erreur de votre vie. «Le statut en couple, plus les photos… n’oublie pas que tu n’as QUE 14 ans. Ne donne pas une fausse image de toi que tu pourrais regretter! Papa.» La honte. Luc, dont vous êtes amoureuse en secret, vous balance au milieu du cours de maths: «Il ne serait pas un peu «relou» ton père?» Vous êtes prête à vous pendre avec votre fils de souris.

 

Mamy Geekette

On vous dit que sur le Net, il faut vous méfier des tordus, des pervers et on vous interdit de répondre aux inconnus. En fin de compte, vous réalisez que les pires espions du Web ce ne sont pas eux, mais vos parents. FB ne vous appartient plus. Vous pensiez avoir été confrontée au pire? Même pas. On croit rêver, voici que mémé abandonne ses passions pour Des chiffres et des lettres ou ses aiguilles à tricoter, pour se mettre à réseauter sur la Toile. Au point où vous en êtes, vous clickez un oui solennel; j’accepte Germaine, 83 ans, parmi mes «friends». A bout de nerfs, vous restez impassible en lisant son message public sur votre mur «Ma bichounette, vient à l’église dimanche, cela me ferait tellement plaisir de t’y voir.» Vous êtes à deux doigts du burnout. Evidemment, les copains avec qui vous aviez prévu un entraînement de jump, la nouvelle danse trendy, éclatent de rire dans les couloirs de l’école et se signent à votre passage. «Eh bien ma vieille, quelle famille!», vous plaint votre meilleure amie, compatissante. Socialement, vous vous considérez comme morte. La Toile s’est refermée sur vous.

Bientôt, vous l’avez compris, votre tribu au grand complet sera réunie sur ce réseau social. Il ne manque plus qu’ils choisissent en cœur votre futur mari! Mais ne vous y méprenez pas, de toute façon sur Facebook, tout le monde est un peu voyeur, un peu intrusif. Les curieux sont partout, ils vous épient. Et après tout, si depuis que vos parents ont fait irruption dans votre univers virtuel vous n’osez plus exposer votre dernière cuite, refiler le numéro de votre dealer d’herbe ou jouer les lolitas aguicheuses, au fond ce n’est pas si mal. Voyez plutôt votre mère comme un garde-fou. Ce qui peut la choquer est susceptible d’offusquer vos autres contacts, voire vos futures relations professionnelles. Votre mère, après tout, est peut-être la meilleure conseillère personnelle en image publique, une sorte de Séguéla gratos. Soucieuse de vos intérêts. elle vous dira tout haut ce que les autres pensent tout pas. Et qui sait, un jour, vous vous lancerez peut-être en politique, alors autant rester vigilant.

 

Votre mère a accès à votre page Facebook?

3 astuces pour se prémunir contre le pire

Bloquer l’accès à votre album photos, en le mettant dans une liste de «profils limités». Dans la rubrique «confidentialité», modifier les «paramètres personnalisés» et dans la fenêtre «qui peut y accéder», tout en bas dans le champ «excepté ces personnes», reste à inscrire le nom de sa mère. On peut également bloquer l’accès aux vidéos, aux statuts et aux messages postés sur votre mur (l’espace où vous contacts écrivent des commentaires persos).

Négocier des consignes claires. On donne accès à son jardin privé à sa mère pour la rassurer. On peut faire la fête, sans forcément être une dépravée façon petite sœur cachée d’Amy Winehouse. En échange de la transparence, ordonner le silence. No comment! Et surtout publiquement, sous peine d’être giclée du cercle d’amis. L’œil de Moscou d’accord, mais qu’il reste dans sa caisse!

Se constituer un second profil, uniquement pour la famille. Pratique pour les voyages. Les parents ont un lien facile pour suivre sur l’avancée du périple, les photos et être ainsi rassurés. Garder le vrai profil pour les «vrais amis», pour délirer en paix et afficher sa vie dissolue sans aucun contrôle ni commentaires rabat-joie.

 

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