Rosaria Capacchione, en guerre contre la mafia

Gabriel Cloirangit

Elle est une justicière née. Et comme elle travaille à Naples, elle a de quoi faire... Pour cette journaliste, chaque jour est une victoire contre la mafia. Même si sa vie, sous escorte, ressemble à un sacerdoce.

Rosaria Capacchione, 52 ans, chroniqueuse judiciaire au quotidien napolitain Il Mattino.

Rosaria Capacchione, 52 ans, chroniqueuse judiciaire au quotidien napolitain Il Mattino. © DR

A 52 ans, la chroniqueuse judiciaire au quotidien napolitain Il Mattino, mène une existence à hauts risques. Ses enquêtes contre le clan des Casalesi, de la Camorra (mafia de la Campanie), lui valent de vivre sous escorte et l’exposent à des menaces de mort. Comme le journaliste Roberto Saviano, auteur du best-seller Gomorra, Rosaria Capacchione résiste! Célibataire et sans enfants, la Napolitaine a reçu de nombreux prix pour son travail.

 

FEMINA Vous considérez-vous comme une femme courageuse? Pourquoi vous intéresser à des sujets aussi dangereux?
ROSARIA CAPACCHIONE J’ai un goût très prononcé pour la découverte, je suis obstinée, déterminée. Et je ne suis pas peureuse. La Camorra est intrigante, cela devient un défi intellectuel de réussir à comprendre ce que les clans sont en train de faire, quels sont leurs prochains objectifs. J’aime mon travail, j’en suis passionnée, et il... m’amuse. J’ai de la chance, car j’exerce le métier que j’ai librement choisi, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Je ne le changerais pour aucun autre! En plus, mes parents m’ont transmis des valeurs fortes, comme l’honnêteté et le respect du travail. Et, depuis enfant, j’ai un sens développé de la justice!

Certains voient en vous une héroïne…
Je n’aime pas les héros. Je rêve d’un monde composé de personnes normales, comme moi.

N’avez-vous jamais peur d’être tuée?
Je n’ai pas peur de la mort, mais cela n’a aucun rapport avec mon travail. Ma vie finira un jour, comme tout le monde. Je ne sais pas quand ni comment. Je fume... Pourquoi voulez- vous que je me préoccupe de cela? J’ignore si on parviendra à me tuer, mais je ne me pose pas cette question. Si cela devait arriver, j’espère seulement que cela se passera quand je serai seule.

Vous êtes célibataire et sans enfants. Avez-vous renoncé à fonder une famille à cause des risques que vous courez?
Non, j’ai renoncé pour des raisons privées qui n’ont rien à voir avec mon travail.

Depuis quand bénéficiez-vous d’une escorte policière?
Il faut remonter au 13 mars 2008 et au procès dit «Spartacus». L’avocat de deux boss du clan des Casalesi a lu un document où il m’accusait, avec Roberto Saviano et un magistrat, d’influencer les juges. Je devenais ainsi une cible toute désignée. Et si Roberto Saviano n’avait pas écrit Gomorra et n’avait pas été célèbre, je serais morte aujourd’hui. Car c’est son nom, mentionné dans ce document, qui a alerté les medias et braqué les projecteurs surmoi aussi. Trois ou quatre jours plus tard, j’ai été placée sous la protection des forces de l’ordre. Roberto m’a sauvé la vie et je l’en remercie!

En quoi votre vie a-t-elle changé depuis que vous êtes protégée 24 heures sur 24?
Je ne sors plus seule. Je dois rendre des comptes, programmer mon existence, le moindre de mes mouvements. Cela implique des renoncements, par exemple ne plus aller à pied au journal comme je le faisais avant, quand je travaillais encore à Caserte (ndlr: Rosaria travaille maintenant à Naples). J’étais une grande marcheuse.

Comment êtes vous devenue journaliste? Et quand avez-vous commencé à vous occuper de criminalité organisée et de la Camorra?
J’ai eu la chance de collaborer très jeune avec un journal. J’ai ensuite intégré le quotidien Il Mattino de Naples en 1985, à la rédaction de Caserte, ville où j’habite toujours. Dès 1986, il y a vingt-six ans donc, je me suis intéressée aux faits divers et surtout à la chronique judiciaire, au crime organisé et à la Camorra. J’ai commencé par étudier... J’ai épluché les actes judiciaires, toutes sortes de documents. C’était le sujet dominant, à l’époque. On n’avait pas le choix. Les guerres entre organisations criminelles, les assassinats, les arrestations se succédaient... Cela m’a passionnée! Je me suis toujours occupée, et je m’en occupe encore, du clan des Casalesi, qui regroupe un cartel de «familles» de la province de Caserte. Ce groupe mafieux est le plus puissant de la Camorra. Il opère en Campanie, bien sûr, mais il a étendu ses affaires dans de nombreuses régions italiennes et même à l’étranger. Ses activités criminelles et économiques génèrent des sommes colossales.

 

Bio express

  • 1960 Rosaria Capacchione naît le 16 février à Naples, mais vit à Caserte.
  • 1985 Elle est embauchée par le quotidien «Il Mattino» de Naples, à la rédaction de Caserte, où elle va très vite s’occuper de criminalité organisée et de la Camorra. Elle deviendra l’une des journalistes locales les plus expertes en la matière.
  • 1991 Les premières sérieuses menaces de mort sont proférées contre elle.
  • Mars 2008 Rosaria Capacchione est placée sous escorte des forces de l’ordre, après qu’un avocat des boss du clan des Casalesi, pendant un procès, l’accuse, avec Roberto Saviano, d’influencer les juges.
  • Novembre 2008 Publication de son livre «L’oro della Camorra» (Ed. BUR Rizzoli).
  • Juin 2009 Elle se présente, sans succès, aux élections européennes avec le Parti démocrate, principal parti de gauche.

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