Une journée avec Edmée Léger, gardienne de cabane

Durant les vacances, partagez la vie de sept femmes qui exercent un métier en plein air...

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Par Aline Jaccottet / Photos: Isabelle Favre


La protagoniste: Edmée Léger, montagnarde aguerrie et pâtissière de choc depuis dix-huit ans.



Durant les vacances, partagez la vie de sept femmes qui exercent un métier en plein air.

 

Là-haut sur la montagne… était une femme qui adorait accueillir, régaler, partager. Car Edmée Léger, gardienne depuis dix-huit ans, est aussi réputée pour ses tartes et son sourire que le refuge pour sa vue. Ironie du sort, c’est une jambe cassée qui vaudra à cette hyperactive sa vie de gardienne! Alors qu’elle se promène avec sa famille à l’endroit même où se construit le refuge de Prarochet, au dessus du col du Sanetsch, dans les Alpes bernoises, Edmée fait une mauvaise chute. Cerise sur le gâteau, pas moyen d’appeler un hélicoptère: personne n’a de portable. Elle redescend donc à pied, portée à moitié par ses deux beaux frères. L’expérience en aurait dégoûté plus d’une... mais pas elle qui, sûre que cet accident est un signe, demande immédiatement à pouvoir assurer le gardiennage de la cabane. Une dure à cuire, on vous dit.

Bonheur en altitude

C’est peut-être grâce à cette force de caractère qu’Edmée réussit si bien sa vie de gardienne. Car quand elle dirige sa cabane de début juillet à mi-septembre, elle vit à un rythme d’ascète. Parfois couchée à 19 h 30, elle se lève vers 6 h, «comme les poules»  affirme-t-elle. «Quand j’ouvre ma fenêtre, devant le spectacle de la montagne qui se réveille, je me dis que j’ai une chance inouïe: tout est à moi, voyez si c’est grand!» On l’envierait... presque. Car son programme n’est pas de tout repos: à peine levée, elle part pomper de l’eau à la gouille d’à côté et la fait chauffer. Puis c’est l’allumage du feu, la préparation de ses fameuses tartes, la lessive, le repassage, le nettoyage... Une journée ponctuée par les visites des amoureux de la montagne, pour lesquels elle se donne sans compter. Imaginez: si elle ne peut loger que 44 personnes, Edmée a eu jusqu’à 300 visiteurs en une journée! Et les promeneurs viennent de partout. Elle voit passer toutes les nationalités et garde un souvenir particulier des Chinois, «qui viennent surtout faire des photos!»

Vivre à 2556 mètres d’altitude n’est pas toujours facile. Dans le palmarès des situations délicates, il y a bien sûr les orages, parfois si violents que la gardienne elle-même se réfugie sous la couette, «en attendant que ça passe». Vive les bonnes vieilles bougies de secours quand l’électricité saute! Les jours de brume, les visiteurs se font rares, et quand il pleut trois jours, elle avoue s’ennuyer «un petit peu». Ainsi, même si Edmée ne souffre pas de solitude – «je fais des confitures, j’écoute la radio le matin» – elle apprécie la compagnie. Et comme sa famille proche monte moins régulièrement, elle accueille souvent des adolescents qui viennent, une semaine ou deux, la seconder dans ses tâches. Ils vivent comme elle, simplement: en cabane, pas de place pour le superflu, car Edmée n’est ravitaillée que deux fois par année par Air Glacier. Il y avait bien une route, mais «elle a été coupée par les écologistes», souligne-t-elle avec un sourire malicieux. Et à cette altitude, la vie au vert, c’est tout un art... dans lequel la gardienne excelle. Panneaux solaires, cueillette d’herbes dans la nature, et pas seulement. Le refuge de Prarochet comporte en effet les premières toilettes écolo jamais installées en cabane. Adieu les chutes libres, bonjour le compost!

Malaise à la ville

Alors que nous discutons, Edmée lorgne sur l’exemplaire de Femina que nous avons amené, et avoue: «Je lis rarement les journaux. Quand je veux avoir des nouvelles du monde, j’en demande à mes amis!» Pas de télévision, pas d’internet: ici, l’observation de la nature est une distraction largement suffisante, dit-elle. D’ailleurs, quatre gypaètes font leur apparition dans le ciel au moment même où nous parlons. La montagnarde sourit. «Quand je redescends en plaine pour m’occuper de ma vigne, il me faut au moins deux semaines pour m’habituer à la vie moderne. Je ne sais plus conduire, les cafés et les supermarchés me mettent mal à l’aise... la ville me stresse. En haut, je respire!» Comme on la comprend.

 

 

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«Régaler les visiteurs de mes tartes, c’est une des choses que je préfère!»

«Grâce aux jumelles, je peux voir combien de voitures arrivent.»



«La ciboulette que je fais pousser est délicieuse. Avec la dent de lion, c’est la seule herbe qui pousse par ici.»

«Dès qu’on a un moment, on sort les jeux de société. Mais il y a tellement à faire, dans un refuge, que le travail prend vite le dessus.»



«Les amis de longue date viennent souvent me voir. J’ai beaucoup de plaisir à être avec eux et à leur faire à manger.»

«Le rôle d’une gardienne, c’est aussi de montrer les beautés de la montagne aux touristes!»



«Les randonneurs appellent régulièrement pour réserver des nuitées.»

«Et c’est reparti pour une heure et demie de descente. Quant à moi, je reste en haut. Rien de tel que les hauteurs pour un peu de sérénité!»

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