Tülay Torun: Diva sur Facebook

Avec l’avènement des réseaux sociaux sur le Net, on peut toutes devenir une star du quotidien. C’est ce qui arrive à Tülay Torun, militante de gauche à Neuchâtel et diva aux amours mystérieuses sur la Toile...

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Par Sylvia Freda

 

Avec l’avènement des réseaux sociaux sur le Net, on peut toutes devenir une star du quotidien. C’est ce qui arrive à Tülay Torun, militante de gauche à Neuchâtel et diva aux amours mystérieuses sur la Toile.

 

Pourquoi Britney Spears et Paris Hilton sont-elles des stars? Ras-le-bol des blondes évaporées aux idées aussi courtes que leurs minijupes qui s’étalent dans les magazines people! Les vraies stars d’aujourd’hui sont des gens réels et beaucoup de notoriétés naissent sur Facebook (FB). Le réseau social est devenu le lieu où se repèrent les talents et les personnalités qui sortent du lot. Ainsi, en Suisse romande, il n’y a pas que Darius Rochebin à drainer une foule de fans, qui consultent son profil chaque jour ou presque. D’autres étoiles naissent. L’une d’elles s’appelle Tülay Torun, une jeune Romande passionnée qui nous a remuées jusqu’au fond de l’âme… «Je suis Turque. Je suis Iranienne. Je suis Kurde. Je suis Suissesse. Je suis du monde.» Métisse transnationale de 24 ans, charismatique jusqu’au bout des ongles, installée à Neuchâtel où elle travaille aux affaires culturelles, Tülay Torun est devenue une diva sur Facebook.

 

Des déboires et des fans

Chaque jour, elle tient un large public en haleine. Avec des photos d’elle, sensuelles, dignes des grandes actrices. Et de délicieux commentaires à la Bridget Jones, postés avec humour et légèreté: «Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part… c’est quand même pas compliqué», ou «Je rigole toute seule en pensant au misogyne à qui j’ai fait croire que j’ai eu le coup de foudre pour lui», ou encore «J’ai envie de me caser très sérieusement, mais personne ne m’intéresse».

A chacun de ses messages, les réactions pleuvent. D’hommes et de femmes voulant en savoir plus… Le suspense que Tülay fait régner autour de sa vie amoureuse attise la curiosité de ses fans. «Je m’amuse à être ambiguë», confie-t-elle. L’auditoire quotidiennement pendu à ces interventions? Les 1357 personnes qui ont demandé à devenir ses «amies», et qui ont réagi par centaines, lorsque, tout à coup, le 28 novembre dernier, elle a écrit: «Plus très convaincue de rien… de personne… je me déconnecterai de Facebook pour une durée indéterminée. Au revoir à toutes et tous!» Les quatre jours suivants, surprise: «J’ai reçu près de 350 messages! Tous me demandaient ce qui m’arrivait. C’est simplement que j’adore les gens, mais parfois j’ai besoin de me retrouver seule.» Là, chez elle, Tülay écrit. Des poèmes accompagnés d’illustrations sensibles, qu’elle aimerait bien un jour voir édités, et qui bouleversent les internautes qui les lisent.

Charme et militantisme, son nitrate de glycérine révolutionnaire à elle! Josef Zisyadis, l’un de ses amis sur FB et camarade politique, lui avait prédit: «Un jour, tu attireras l’attention des journalistes!» Il avait raison. Car, ce qui fascine chez Tülay, c’est qu’à son exposition risquée sur Internet, sans peur de paraître fleur bleue ou femme fatale, elle marie le combat citoyen. Un cocktail explosif! Tülay endosse en effet déjà plusieurs responsabilités politiques, dont la coprésidence du Parti ouvrier et populaire du Littoral neuchâtelois et l’appartenance à la coordination suisse du Réseau objection de croissance (qui lutte pour la décroissance) et au Collectif national de la gauche.

 

 

Politiquement utile

Vu son succès sur FB, certains partis ne se sont pas gênés pour recourir à son énorme réseau. «Notamment les Verts de Neuchâtel.» Après le vote contre les minarets, en novembre, sur FB toujours, c’est elle, entre autres, qui a initié la veillée du 1er décembre. Elle lançait ensuite une pétition pour supprimer l’armée suisse. Et à chaque événement organisé et signalé sur FB, elle retrouve sur les lieux des milliers d’internautes qui ont suivi son élan. Mais comment en est-elle venue à l’engagement politique? «Je suis arrivée clandestinement en Suisse, de Turquie. Avec ma mère et mon frère. J’avais 4 ans et je n’avais pas revu mon père depuis un an. Il nous avait précédés et nous attendait au Locle. Pendant six mois, je l’ai boudé, fâchée qu’il nous ait quittés si longtemps.» Petite, dans les rues de son village natal, en Turquie, elle courait après tous les célibataires, pensant que c’était son papa. «Je me souviens de ma mère à ses débuts sur terre helvétique, ma main dans la sienne tremblante, en train de dire les seuls mots en français qu’elle connaissait: «Je cherche du travail.» Quant à son père, peintre en bâtiment, il n’a jamais été d’aucun parti. «Par contre, il me mettait, petite, devant les journaux télévisés suisse et turc, et m’expliquait la différence entre les deux pays. C’est sans doute ainsi qu’est née ma conscience politique. Maintenant, je parle parfaitement le turc, et je travaille, en plus de mon job principal, comme traductrice-interprète au Service de la cohésion  multiculturelle du canton de Neuchâtel.»

Elle jongle, espiègle, entre ses cultures. D’origine turque, elle a des ancêtres kurdes iraniens. Grande prêtresse de la tolérance, elle aime bousculer les conformismes: «Alévi, c’est-à-dire athée musulmane, il m’arrive de porter le voile pour prier chez moi. Et j’ai suivi le catéchisme durant cinq ans parce que mes parents voulaient que je comprenne mes camarades. A mon père et ma mère, je dois une grande partie de mon ouverture au monde.» Et son extrême féminité? «Elle rend bien des hommes fous», dit-elle, badine. «J’ai acquis mon indépendance grâce à mon premier amour. J’avais 19 ans. C’est lui qui est venu dans ma chambre de petite fille, m’aider à faire mes cartons afin que nous vivions notre amour. J’ai d’abord vécu cachée quelques mois chez sa sœur… Mes parents m’ont cherchée partout et m’en ont voulu pendant un an ou deux.  Avec le temps ils ont compris. Et aujourd’hui, l’existence que j’ai choisie est à leurs yeux acquise. Je vous dis, ma vie, c’est du cinéma!» Et elle… est notre star.

 

Ce que ses amis virtuels disent d’elle

Les réactions des admirateurs de Tülay vont toutes dans la même direction, gratitude et admiration.

Inspiration

«Tülay, j’ai beaucoup de choses à te dire. A l’instant, je me dis que je pourrais en faire un livre entier. C’est une véritable joie de rencontrer une personne comme toi. Merci d’exister!» Nathalie.
«Pour la liberté que vous inspirez. Pour les femmes du monde entier. Merci.» Odile.

Affection

«La vie serait-elle devenue votre rêve? Vous y dansez souvent et nous faites danser avec vous», Michel.
Et encore: «Vous êtes une femme captivée et captivante.»

Fidélité

Et Lorsque Tülay signifie qu’elle veut quitter FB, Julie l’implore: «Tülay, je t’en prie! Tu ne vas pas disparaître ainsi!!! Nous avons notre poète en ta personne!!! Reste…»
Julien est quant à lui plus pragmatique: «OK, fais ton expérience de vouloir quitter FB! Je l’ai faite et j’ai vu que cela n’en valait pas la chandelle. En effet, qui plus est si tu es en politique, ce moyen de diffusion est juste indispensable. A moins que tu organises à tour de bras des réunions et des rencontres, je ne vois pas comment tu pourras avoir l’impact que tu aurais par l’intermédiaire de Facebook!»

 

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