Sur les traces du léopard des neiges

Sarah Marquis

Au cœur du désert de Gobi, en Mongolie, la marcheuse Sarah Marquis est tombée sur les yourtes de l’un des centres de recherche du Snowleopard Trust. Récit exclusif d’une rencontre qui va la conduire à s’engager pour la cause du «fantôme des montagnes».

© Sarah Marquis

Au cœur du désert de Gobi, en Mongolie, la marcheuse Sarah Marquis est tombée sur les yourtes de l’un des centres de recherche du Snowleopard Trust. Récit exclusif d’une rencontre qui va la conduire à s’engager pour la cause du «fantôme des montagnes».

 

Un décor dénudé, brut; des couleurs pastel, ambres, auburn et gris pierre qui changent au rythme des nuages… Ces montagnes aux contours rudes et cassés n’offrent pas un ensemble harmonieux mais leur énergie, indicible, est palpable. Enrobée d’odeurs minérales, je suis en admiration devant cette nature qui survit dans l’une des régions du monde les plus arides et extrêmes quant aux températures.

Voilà plusieurs jours que j’ai quitté Gurvantes, le dernier village du désert de Gobi. Je progresse en direction de l’ouest, parallèlement à la frontière chinoise toute proche. Ma charrette est pleine de nourriture et d’eau, et je m’enfonce dans ce désert qui se dénude chaque jour un peu plus. J’ai l’impression qu’il se donne beaucoup de mal à me montrer ses dernières beautés avant le «rien»… Tête baissée, j’avance quand, soudain, j’aperçois un toit blanc qui semble avoir poussé là durant la nuit. Je m’approche, découvre de grands panneaux solaires, quelques yourtes et, le plus important pour moi, de l’eau! Je suis arrivée au Centre de recherche pour la protection du léopard des neiges, l’un des cinq au monde que compte l’organisation Snowleopard Trust. J'ai été accueillie avec un grand sourire par Purevjav Lkhagvajav (Puji) et Lkhagvasumberel Tomorsukh (Sumbe) membre Mongole de la base de recherche scientifique. Ce n’est pas tous les jours que, dans cette partie hostile du désert de Gobi, le centre a de la visite!

Avec les scientifiques

Après avoir fait connaissance, je demande à pouvoir accompagner l’un des scientifiques sur le terrain. J’ai tant de questions qui s’accumulent dans mon esprit… Le lendemain, c’est donc avec le docteur en zoologie et physicien Koustubh Sharma que je crapahute pour trouver des endroits propices à la pose de caméras sensibles. Celles-ci se déclenchent, de nuit, au moindre mouvement. Tout en relevant des données dans son précieux carnet, le scientifique, responsable du suivi sur le terrain des cinq centres de Snowleopard Trust, m’explique le travail du centre. «Sur chaque léopard que nous réussissons à capturer, nous posons un collier. Celui-ci émet un signal satellitaire, ce qui nous permet de suivre l’animal et de connaître son rayon d’activité nocturne. Pour déterminer le nombre d’animaux, nous comptabilisons, une fois localisés par GPS, les monticules de terre que fait le léopard pour communiquer avec ses semblables.»

Nous sommes arrivés au sommet d’une montagne. Contemplant ce paysage à couper le souffle, il me confie que le léopard des neiges est loin d’être sauvé. «Il en reste entre 3500 et 7000 au monde… Un travail constant avec la population locale et un suivi sur le terrain sont indispensables. Quel challenge!»

En fin de journée, nous reprenons le chemin du retour lorsqu’un groupe de bouquetins s’élance dans un ravin. Silencieux, nous les regardons s’éloigner. Arrivés au centre, nous rejoignons l’équipe sous la yourte communautaire pour un débriefing. Devant un bon thé, je fais la connaissance de Örjan Johansson. Ce responsable des captures et de la pose des colliers émetteurs me raconte sa vie dans ce désert hostile. Ironie de l’histoire, il aurait dû rejoindre un centre de recherche sur les grands mammifères en Afrique. «Mais, me confie-t-il, on ne peut pas dire non au léopard des neiges, ce fantôme des montagnes comme on l’appelle ici. Et sur ces terres de Gobi, il y a quelque chose de magique.» Ce que tous les membres du centre confirment.

 

 

 

Graines d’espoir

Quand je quitte le centre, le jour pointe son nez et l’équipe dort encore. Pensive, je regarde les traces éphémères que laisse ma charrette sur le sable. Je sens en moi une partie de l’énergie de ces personnes si engagées. C’est ainsi que je me promets de soutenir le Snowleopard Trust, ajoutant un espoir supplémentaire à l’harmonie entre l’homme et la nature. Dans la foulée, je décide que je vais faire de même dans chaque pays traversé: soutenir des projets de protection de la nature et semer cette énergie précieuse qu’un jour, il y a longtemps maintenant, vous m’avez donnée, vous qui me suivez, qui avez vu dans mes yeux le sable et l’espace, vous mes partenaires… et je vous en remercie.
www.snowleopard.org

Un bonus financier pour protéger l’animal

Avant la création du Snowleopard Trust, le léopard des neiges était la proie des chasseurs de trophée, des nomades et de l’industrie minière (qui dépouille l’animal de son territoire de 150 km2 par individu ou famille). Le concept, mis au point par l’organisation, consiste à verser un bonus «communautaire» (l’équivalent de 1000 Sfr.) aux nomades qui n’ont pas perdu de bétail durant l’année à la condition qu’aucun léopard des neiges n’ait été tué dans la délimitation de leur zone. Cela oblige les bergers à porter une attention toute particulière à leurs bêtes. Quand un nomade tue un léopard, il annule d’office le bonus annuel de la communauté, entraînant la colère de ses membres… C’est ainsi que les montagnes nues de la région de Tost (sud du Gobi) sont devenues un semi-havre de paix pour «le fantôme des montagnes».

 

 

Un félin sorti de l’ombre

Les caméras sensibles (capture de nuit ci-dessus) ont permis d’identifier certains comportements typiques du léopard tels que de se frotter aux rochers ou de faire des petits monticules de terre pour y uriner ensuite dessus. Ces tas ont une fonction de communication. Ils peuvent dire par exemple: «Je cherche partenaire» ou «j’ai deux petits, je vis dans le coin»… Sinon, l’animal se déplace comme un chat, s’amuse beaucoup et prend toujours le chemin le plus court. Ses terrains favoris sont les rochers avec une vue sur son territoire, si possible le plus inaccessible. Une femelle peut avoir jusqu’à trois petits. Un individu adulte tue une proie tous les sept-dix jours environ.

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