Sarah Marquis: la traversée de la Mongolie

Sarah Marquis

Partie le 20 juin de la frontière sibérienne pour son expédition qui l’emène en Australie, la «nomade volontaire» comme se définit la Valaisanne, a clos sa première étape...

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Partie le 20 juin de la frontière sibérienne pour son expédition qui l’emène en Australie, la «nomade volontaire» comme se définit la Valaisanne, a clos sa première étape. Pas toujours enchanteresse, à la lire. C’était juste avant qu’une rage dentaire ne l’envoie faire un crochet à Tokyo. Et déjà, Sarah a repris sa route, chinoise, celle-ci.

 

Dès les premiers jours, je me suis rendu compte que mon rêve de suivre la rivière Selenge n’était bien qu’un rêve. Les marais, ainsi que la densité de la végétation, ont rendu ma progression à ses côtés impossible. La rivière ne m’a jamais laissée l’approcher, me privant d’accès à l’eau. J’ai dû lâcher prise et abandonner mon sac de «pêche & attrapes», le cœur serré en pensant au matériel de pro superléger et aux si nombreux hameçons, plombs, bas de ligne, cuillères, soigneusement assemblés...

J’ai commencé à pousser ma charrette sur les hautes collines qui ont joué aux montagnes russes avec moi pendant plus d’un mois. Ma progression était lente et difficile avec une température étouffante et stagnante de 36°de moyenne.

Il m’a fallu sept jours avant de rencontrer mon premier nomade, si naturellement assis sur son cheval. Il chantonnait. J’aime entendre les nomades chanter. Il est rare qu’ils se déplacent à cheval sans fredonner un de leurs chants traditionnels. Je garderai dans mon cœur cette vision romanesque du Mongol «steppien».

Puis sont venues les autres réalités des steppes. J’ai été poursuivie à cheval par des hommes saouls, mon camp a été visité de nuit, la porte de ma «Ger» (yourte) forcée au milieu de la nuit lors d’un de mes ravitaillements dans un village, etc. Si souvent, une simple traversée de village s’est transformée en aventure grotesque. C’est que l’accès facile à la Vodka a dévasté comme une vague gluante et malsaine les villages et régions isolées de Mongolie… Aussi, un jour, après une bien mauvaise rencontre, j’ai décidé de passer au plan B: j’ai changé mon itinéraire, me suis cachée dans les bouches d’évacuations sous les routes ainsi que dans les abris à chevaux, moutons ou encore à chèvre. Souvent, ces abris et leur si forte odeur d’excréments, m’ont semblé  des palaces protecteurs contre la bêtise humaine, la nuit, le vent.

Libre grâce aux animaux

Puis vint la mauvaise humeur des éléments: tempête de sable, éclairs de chaleur, vent à déraciner un arbre… (Je rigole parce qu’ici, il n’y a pas d’arbre, pas d’ombre.) La steppe fait ce qu’elle veut quand elle veut, et le vent y court sans s’arrêter.

Les animaux m’ont donné ce que les humains m’ont pris: ma liberté. Un troupeau de chevaux qui galopent librement dans la steppe, cela remplit mon cœur; je les sens libres. Je suis si heureuse de les voir ainsi crinière au vent et sans barrières. Les animaux s’organisent seuls du moins en été. Les chèvres rongaient ma tente gentiment le matin, «pouffant» pour signaler leur présence. J’ai vécu des heures avec moutons et chèvres, dans le silence, ils envahissaient mon camp, puis comme si un signal venait de retentir, s’éloignaient tous en même temps en une vague de quatre pattes si sympathique.

Enfin le désert!

J’ai attendu longtemps avant d’y poser mes pieds, mais un jour j’y suis arrivée, à la force de mon pas, dans le désert de Gobi. Son nom m’a toujours interpellée. Un jour, alors que depuis des kilomètres je marchais dans les plaines vides, seule – une histoire, entre le vent et moi –, le sol s’est couvert de cailloux magnifiques, les mini-ondulations de sable ont grandi en dunes majestueuses. Et des formations rocheuses sont apparues dans l’horizon comme des champignons qui auraient poussé pendant la nuit. Le Gobi s’est dévoilé au fil de mes pas. Des chameaux au pas silencieux m’ont accompagnée. Les «deux-bosses» voyagent nonchalamment, ils me font sourire, j’aime les voir si tranquilles dans leur espace.

Je suis dans mon élément seule enfin avec dame Nature. Peu importent la température, le sable, le vent ou encore la difficulté de ce cocktail rendant ma progression difficile. Je revis, m’énergise jour après jour. Désert, «je vous aime», je te porte un grand respect avec ma gratitude pour tous ces moments collés à toi avec ta beauté si fragile.

C’est comme un puzzle, j’ai gagné mes pièces à la sueur de mes pas, déjoué l’humain, écouté ce que le vent avait à dire, construit ma vie de «nomade volontaire» dans le mouvement. Gengis Khan et ses compères buvaient le sang de leurs chevaux pour survivre à la steppe. Nomade, à la force de mes pas, j’ai porté, cherché et bu enfin le sang de la terre. J’ai gagné chaque joie avec tout mon être… Au fond de moi, j’ai remplacé ce que l’humain me prenait à chaque fois, inlassablement sans croire à la fatalité maladive qui hante les steppes. J’ai cultivé mon soleil et attendu que ça passe… Un jour, le soleil a nourri le mien… Cela aura pris 75 jours.

 

L’étape Mongolie en chiffres

Jours: 75
Kilomètres: 2000
Villages traversés: 7
Ampoules au pied: 0
Douches: 8
Kilos perdus: 5
Repas convenables: 1
Effets perdus: 1 (la tente!)

 

Les loups m’ont souhaité la bienvenue...

Le rocher se tenait là comme une tour, une référence dans ce paysage. Ce soir-là, j’ai décidé de poser ma tente à ses pieds dans son ombre. Sa tour centrale ressemblait étrangement à un château. Soudain vers 4 h du matin, sans raison, je me réveillai d’un coup sec. Dehors, il n’y avait pas un bruit, pas de vent. Je tendais l’oreille avec une drôle de sensation. J’ai eu du mal à me rendormir, quand aux portes du jour nouveau, ils ont commencé à «hurler». Ils étaient au nombre de cinq. Rôdeurs du matin, les loups m’ont réveillée pour de bon. Malgré la montée d’adrénaline que cela m’a procurée, je me savais en sécurité comme si les loups étaient porteurs d’un mot de bienvenue.

Les hommes m’ont effrayée

300 habitants, 100 moutons, 60 chiens, 2 chevaux, 3 chèvres... c’est le village dont je traverse la place. Des hommes titubent, se déplacent comme des robots aux piles fatiguées. D’autres sont avachis sur des sacs de riz, ils fument de l’herbe. Pendant que le... fou du village jette des pierres aux passants, des ados se battent jusqu’au sang sur la place poussiéreuse. Dans ce décor, les femmes vont et viennent, sans faire attention à cette scène qui semble faire partie des jours d’avant et fera fatalement partie des jours suivants.

 

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