Mesdames les présidentes

Pour la première fois dans l’histoire de la Suisse, les présidences de la Confédération et des deux Chambres sont occupées par des femmes...

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Par Albertine Bourget et Florence Schmidt

 

Pour la première fois dans l’histoire de la Suisse, les présidences de la Confédération et des deux Chambres sont occupées par des femmes. L’occasion de faire le portrait de trois femmes de tête.


Doucement mais sûrement..., ainsi progresse la proportion d’élues helvétiques. Aux dernières élections fédérales, elle a grimpé de 3,5%, se rapprochant de la barre symbolique des 30%. Cette année, prise par le petit bout de la lorgnette, la présence simultanée de trois femmes à la présidence du Conseil fédéral et des Chambres n’est certes due qu’aux hasards du calendrier. Mais, avec un peu de hauteur, cette coïncidence est une première à souligner pour un pays qui n’a accordé le suffrage féminin qu’en 1971. D’ailleurs, Doris Leuthard n’est que la troisième femme à accéder à la tête de la Confédération, les Genevoises Ruth Dreifuss et Micheline Calmy-Rey l’ont précédée en 1999 et en 2007. En ce début d’année, c’est l’occasion de revenir sur la présidente de la Confédération et de faire la connaissance de ses deux collègues: trois femmes alémaniques de génération et de pensée distinctes.

 

Doris Leuthard, présidente de la confédération

L'offensive de charme

Populaire La souriante Argovienne avait fait souffler un vent de fraîcheur sur le paysage helvétique en 2006, date de son entrée au Conseil fédéral, en s’affichant volontiers dans les magazines dans son salon et avec ses paires de chaussures. Est-ce pour cela que sa carte de vœux pour 2010, qui représente des bottines, souhaite à ses destinataires «des pieds bien au chaud»? Désormais plus discrète, la ministre de l’Economie caracole toujours en tête des personnalités les plus populaires. Mais la démocrate-chrétienne, qui soufflera ses 47 bougies en avril prochain – ce qui fait d’elle la plus jeune présidente depuis… 1934 – devra user de tout son talent pour pallier le  déficit d’image et les pressions internationales auxquelles est soumise la Suisse. Et aussi s’affirmer face à ses détracteurs, qui lui reprochent son manque de mordant et de vision. En 2010, Doris Leuthard entend favoriser le dialogue au sein du Conseil fédéral et améliorer son efficacité. «Je vais prendre du temps pour le collège, pour préparer ses séances, pour organiser plus de séances spéciales», a-t-elle confié au journal Le Temps. Au-delà, elle entend poursuivre son mandat de Sage jusqu’en 2015 au moins.

 

 

Erika Forster, présidente du Conseil des Etats

La détermination discrète

La rencontre de sa vie Au début des années 1970, hôtesse de l’air chez Swissair, elle rencontre son futur époux, Ueli Forster. Elle intègre l’entreprise de textile qu’il dirige – un mythe de soie magique made in Switzerland – et où travaillent depuis deux de leurs quatre enfants. Le couple a aujourd’hui deux petits enfants. De son mari, qui présida EconomieSuisse, elle dit: «Heureusement que la politique l’intéresse autant que moi! Nous ne sommes pas toujours du même avis, mais il essaie de me convaincre, pas de me donner des conseils.»

Son hérédité politique Son père lui a transmis le virus. Elle a gravi les échelons de la politique, virus transmis par son père, pas à pas: entrée au parlement de la ville de Saint-Gall en 1977, au parlement cantonal en 1988 et élection aux Etats en 1995. Depuis 2003, elle est, parmi bien d’autres fonctions, vice-présidente du groupe radical aux Chambres fédérales. Sans le revendiquer, elle a su allier vie de famille, travail et carrière politique. «Ma famille m’a toujours soutenue. J’aime me battre pour l’égalité entre homme et femme, mais il ne faut pas être féministe pour cela.»

Ses convictions Erika Forster est une vraie libérale, qui s’engage notamment pour le monde de l’entreprise et des PME. Mais elle sait aussi se démarquer de la ligne officielle. Présidente de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage, elle défend le droit de recours des associations que voudrait supprimer la droite. «Je sais ce que je veux, et j’essaie toujours d’arriver au but que je me suis fixé», dit cette femme de 65?ans.

Ses hobbies Une ou deux fois par an, elle part pour la France avec son mari, se détend avec de la musique, un livre ou une balade entre amis. Mais, avoue-t-elle, «il me reste peu de temps pour les hobbies. Toutes mes journées sont organisées du matin au soir. Mon hobby, c’est la politique». Tout ce qu’elle se souhaite en 2010, c’est «de rester en bonne santé pour faire de mon mieux». De ses collègues présidentes, elle dit que ce sont «deux femmes extraordinaires».

 

 

Pascale Bruderer, présidente du Conseil National

L'égalité sur tous les plans


Son parcours Passionnée de handball, qu’elle pratiquait à un  niveau national jusqu’à ce que des blessures l’empêchent de poursuivre, l’Argovienne, aujourd’hui âgée de 32 ans, est tombée en politique très jeune: en 2002, elle était déjà élue au Conseil national. Pour la socialiste, qui dirige la ligue argovienne contre le cancer, un poste qu’elle exerce à 60%, la plus grande difficulté reste de concilier vie politique et vie professionnelle. «C’est une double charge. Mais les deux m’apportent énormément, et je ne voudrais renoncer à aucune. Mon travail et mon équipe m’aident à rester en contact avec le terrain et à relativiser les histoires du microcosme politique.»

Son credo Elle a grandi aux côtés d’oncles sourds et parle la langue des signes, ce qui, dit-elle, l’a sensibilisée très tôt au handicap sous toutes ses formes. «Le but de mon engagement, c’est que chacun ait droit à une vie libre, sur tous les plans.»

Sa vie privée Mariée depuis six mois, l’Argovienne assure qu’à la maison, près de Baden, le partage des tâches est «absolument égal. Enfin, non. Je dois dire qu’en ce moment, mon mari en fait plus que moi». Le couple est habitué à s’organiser à l’avance, à se prévoir des week-ends. «Cela manque peut-être un peu de spontanéité, mais ça marche bien comme ça.» Pour se ressourcer, Pascale Bruderer n’a besoin que d’une chose: le grand air. «C’est ce qui me manque le plus pendant les sessions: la nature! Si je ne fais pas de sport à l’extérieur, je dépéris.» Fan de randonnées en montagne, elle compte sur sa chienne pour son bol d’air quotidien. «Même si je n’ai plus envie de ressortir quand je rentre le soir à la maison, je sais qu’elle ne va pas l’entendre de cette oreille.»  Son année 2010 «Je suis très heureuse de compter parmi les trois femmes à la tête du pays. Je connais bien Doris Leuthard, Argovienne comme moi, et je suis sûre qu’avec Erika Forster, nous allons avoir une excellente collaboration. J’espère qu’à nous trois, nous arriverons à faire un peu bouger les choses!»

 

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