Ma petite boîte, un rêve possible

De plus en plus nombreuses à imaginer et créer leur petite entreprisem les femmes se tournent volontiers vers le microcrédit...

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Par Nathalie Aguilar-Praz

Prix Femina de la
Microentrepreneuse romande:


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De plus en plus nombreuses à imaginer et créer leur petite entreprisem les femmes se tournent volontiers vers le microcrédit. Quatre romandes retracent leur expérience, en toute franchise. Qui sait, elles vous donneront peut-être envie de faire, vous aussi, le grand saut!

 

Des bonnes idées, des envies d’indépendance, la volonté de réaliser leur rêve…, les femmes ont souvent tous ces atouts en main. A la pause café au bureau, tendez donc l’oreille: n’avez-vous jamais entendu dire ou dit vous-même: «J’aimerais ouvrir ma propre boutique», «J’ai une idée, je suis sûre qu’il y aurait de la demande», «Et si je quittais mon employeur et utilisais mes compétences pour me mettre à mon compte?», «Je voudrais vivre de ma passion, je pourrais enfin m’épanouir» ou «Je suis faite pour tenir un bar»? De beaux rêves honorables dont certains, certes, ne verront jamais le jour. Tandis que d’autres se mueront en belles histoires, voire en de véritables réussites entrepreneuriales. Il suffit parfois d’un petit coup de pouce pour que la machine soit lancée!

De la motivation!

Mais qu’est-ce qui motive ces femmes à oser embrasser une carrière en toute indépendance? A l’origine d’un projet, on trouve des déclencheurs de toutes sortes. Une question de personnalité, oui, mais aussi de parcours professionnel et familial. Il y a, par exemple, celles qui ont traversé une période plus ou moins longue de chômage. Celles qui se sont consacrées entièrement à leur famille et ont perdu tout lien avec une activité professionnelle pendant une longue durée. Ou celles qui sont prêtes à faire le pas. Elles démissionnent de leur poste et se lancent!

Et elles sont toujours plus nombreuses à le faire. Les statistiques de la Fondation Microcrédit Solidaire Suisse (MSS) en témoignent: en 2005, 32% des projets reçus étaient portés par des femmes; en 2009, ce chiffre a atteint 37%, après avoir culminé à 45% en 2008! A remarquer que l’an dernier, neuf des trente projets féminins analysés ont obtenu leur financement par MSS. Idem en chiffre absolu dans les projets masculins (neuf soutenus), mais sur un total de 52 projets présentés! Pourquoi une telle disproportion? Selon la directrice de la Fondation MSS, Andréa  Lehmann, «les projets des femmes sont très souvent plus pragmatiques que ceux proposés par les hommes. En effet, les femmes détectent un besoin et y apportent une solution concrète au travers du service qu’elles proposent. Ce sont en somme des projets plus modestes, mais mieux adaptés au quotidien.» Les entreprises créées par des femmes sont principalement actives dans le domaine des services.

Encore des freins

L’augmentation du nombre de femmes à se lancer dans l’aventure de l’entreprenariat est réjouissante… même si les comportements n’évoluent pas au même rythme. Des freins persistent, avec en tête, la multiplicité des rôles et des tâches assumées par les femmes, toujours sur la brèche entre vie professionnelle et familiale. S’ajoutent à cela le manque de places en crèche, des horaires scolaires défavorables, l’absence de structures parascolaires dans certains villages ou quartiers des villes.

Autre frein, plus difficile à quantifier mais bien présent: le manque de confiance des femmes en elles-mêmes, ainsi que le poids des habitudes. «Les femmes portent sur leurs épaules des siècles de traditions qui ne leur donnaient pas un rôle qui les aurait portées au-devant de la scène, explique Enza Testa Haegi, fondatrice du Cercle des dirigeants d’entreprises, à Genève, et éditrice du magazine L’Extension. Elles ont été trop longtemps – voire encore maintenant – considérées comme de petits êtres frêles à protéger ou à… soumettre, de constitution délicate, à la tendresse excessive, voire à la raison limitée, ayant des nerfs fragiles. Et pour parfaire le tout, on a même tenté de les amadouer, avec des phrases assassines du type «derrière un Grand Homme, il y a toujours une Femme», histoire de bien les cantonner dans leur rôle ménager, hors des sphères sociales.» Selon Enza Testa Haegi, l’effet pervers a été celui de casser la confiance que les femmes ont en elles. «Il va falloir encore un peu de temps, pour se défaire totalement de ces préjugés encore trop ancrés dans nos éducations et dans nos racines», conclut-elle.

 

 

Projets viables

Malgré tout, les projets des femmes tiennent la route. «A la Fondation MSS, la relation est basée essentiel lement sur la confiance en la personne, la faisabilité et la viabilité de son projet», explique Andréa Lehmann. Parmi les qualités féminines, il y a certes le réalisme mais aussi la capacité de créer des liens. «Il me semble que lorsque les femmes se lancent dans une carrière d’indépendante ou de dirigeante, elles savent utiliser à merveille les réseaux sociaux, constate Enza Testa Haegi. Elles excellent dans l’art du contact et de la communication.» Ah, il est bien révolu le temps où l’on pouvait reprocher aux femmes de ne pas exploiter leur carnet d’adresses à des fins professionnelles. Talent que les hommes maîtrisaient relativement bien, aidés entre autres par leurs séjours à l’armée ou leur engagement dans certains clubs sportifs. Maintenant, à l’heure des réseaux sociaux sur internet, un rééquilibrage s’opère. Des groupes féminins dont l’objectif est de s’entraider professionnellement voient le jour, notamment sur Facebook. Et les clubs, cette fois-ci non virtuels qui permettent aux indépendantes, cadres et dirigeantes de se rencontrer, existent toujours, à l’instar du Career Women’s Forum, créé il y a plus de vingt-cinq ans. Alors, même si dans la pratique, la cheffe d’entreprise prend seule les décisions relatives à sa boîte, elle trouve dans de tels réseaux une oreille attentive, de précieux conseils, parfois des débouchés.

Et vous?

Peut-être que vous aussi, comme ces réseauteuses, avez un rêve, une idée. Peut-être hésitez-vous à vous lancer, doutant de la réussite de votre projet? Réfléchissez plutôt à ceci: c’est la manière de consommer des clients qui détermine l’avenir d’une entreprise. Ainsi, même si votre idée n’est pas novatrice en soi mais qu’elle répond à un besoin, votre entreprise a toutes ses chances. Alors foncez! L’idée n’est pas le plus important. L’important, c’est de la réaliser.

Avant de se lancer... 12 questions à se poser

  1. Ai-je vraiment envie de créer mon entreprise ou j’y songe parce que je n’ai pas d’emploi?
  2. Suis-je capable de trouver les bons arguments pour défendre mon projet?
  3. Suis-je prête à travailler davantage que lorsque j’étais employée?
  4. Suis-je capable de me fixer des horaires de travail et de m’y tenir?
  5. Suis-je assez sûre de moi pour prendre des décisions seule?
  6. Suis-je assez persévérante pour ne pas abandonner à la moindre difficulté?
  7. Puis-je me permettre d’avoir des revenus irréguliers?
  8. Suis-je assez «fourmi» pour gérer mes rentrées d’argent sans dépenser à tout va?
  9. Suis-je capable de voir les aspects positifs d’une situation et de ne pas me laisser envahir par les points négatifs?
  10. Suis-je prête à demander de l’aide et des conseils si nécessaire?
  11. Ma famille, mon mari/compagnon me soutiennent-ils dans mon projet?
  12. Ma famille/mes amis sont-ils conscients que je ne serai plus aussi disponible?

 

Un prêt pour bien démarrer son projet

La Fondation Microcrédit Solidaire Suisse (MSS) est la seule institution en Suisse à accorder des prêts d’un maximum de 30 000 francs à de petits entrepreneurs. Anciennement connue sous le nom de l’ASECE (Action solidaire et création d’entreprises), elle a été créée par Georges Aegler en 1998. Celui-ci étant décédé en 2007, la fondation est gérée par l’ancienne syndique de Lausanne Yvette Jaggi (présidente du Conseil de la Fondation) et Andréa Lehmann (directrice). Située à Lausanne, MSS accorde des prêts sur une durée de trois à quatre ans, avec un taux d’intérêt de 3,5 à 5% selon la capacité de remboursement du débiteur.

 

Lisez nos témoignages sur l'édition électronique du dimanche 14 mars 2010!

 

 

Visionnez le talk de La Télé du 9 mars 2010

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