Sarah Marquis, nouveau départ

Renata Libal

Elle marche pour approcher la terre au plus près et pouvoir la raconter: 20 000 km à franchir en deux ans...

D’joe, le chien de Sarah Marquis, a parcouru l’Australie à ses côtés mais ne sera pas du voyage cette fois. Bien trop âgé....

D’joe, le chien de Sarah Marquis, a parcouru l’Australie à ses côtés mais ne sera pas du voyage cette fois. Bien trop âgé.... © Catherine Gailloud

Elle marche pour approcher la terre au plus près et pouvoir la raconter: 20 000 km à franchir en deux ans.

A six mois du départ, l'aventurière de Verbier est en pleins préparatifs.

 


 

 

Pour suivre ses aventures en direct, rendez-vous sur son site!

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Elle signe ses messages électroniques de cette formule: «Let you soul touch the earth – go walking», laisse ton âme toucher la terre – pars marcher. Depuis vingt ans, Sarah Marquis applique ce principe à la lettre, ne rentrant en Suisse, dans son chalet de Verbier, que pour préparer l’expédition suivante. C’est ainsi qu’après sa boucle de 14 000 kilomètres dans le désert australien en 2002 et 2003, elle s’apprête aujourd’hui à attaquer un périple long de 20 000 kilomètres. Elle va couvrir seule, en deux ans, un tracé qui la mènera du lac Baïkal, en Mongolie, jusqu’au sud de l’Australie (voir la carte pages suivantes), à cet endroit précis où le désert rencontre la mer: «J’y ai repéré un arbre, tout seul au milieu de l’immensité, à 1500 kilomètres de Perth, raconte l’amoureuse des grands espaces, et j’ai su que je voulais revenir là.» Départ fin juin.

Pour une expédition de ce type, il ne suffit naturellement pas de lacer ses chaussures de marche et de s’en aller en sifflotant. L’entreprise mobilise une équipe de cinq personnes: il s’agit de repérer l’itinéraire, d’assurer la logistique, d’animer le site web... et d‘accueillir Sarah Marquis aux pauses de ravitaillement – tous les trois mois, la durée de vie d’une paire de chaussures. Au total, la préparation représente plus d’une année de travail. C’est ainsi que, début décembre, Sarah Marquis part au Laos, pour y suivre un stage de survie dans la jungle, en compagnie de deux vieux villageois, issus de tribus qui fuient la modernité. Pourquoi deux guides? «Parce qu’un seul aurait trop peur de moi, rit la blonde dame de 37 ans. Dans leurs croyances, les mauvais esprits sont toujours blancs de peau et le risque de me faire planter seule dans la forêt tropicale est trop grand.» Alors quoi, va-t-elle apprendre à chasser le cochon sauvage et à fuir les tigres affamés? «Surtout à repérer les plantes et les insectes dangereux! Et puis un ami spécialiste des serpents et des araignées m’a demandé de photographier pour lui la plus grande araignée du monde, une espèce nouvellement découverte dans cette région…»

Plus sérieusement, l’expérience est surtout une manière de tester le matériel… et de se rassurer. «Cela fait partie des choses qui ne serviront peut-être pas beaucoup, mais qui calment mon esprit, admet Sarah Marquis. Pour préparer mon voyage en Australie, j’avais mémorisé 500 plantes avec leurs noms latins et leurs vertus médicinales… Sur le terrain, j’avoue, je n’en ai pas reconnu une, mais cela avait évité que mon intellect ne s’emballe et ne m’embête.»

 

Lutter contre la peur

Quoi? Même les aventurières ont la boule au ventre? Et comment! «C’est là tout l’enjeu, explique-t-elle. Développer cette foi en soi-même, savoir que le corps va réagir à l’instinct dans des conditions de survie. Là-bas, tous tes sens s’exacerbent et, au fond, c’est cela que je cherche: me retrouver dans un environnement naturel où chaque geste a un sens, où la pulsion de vie est concentrée sur l’essentiel. C’est alors que je me trouve face à ma propre réalité et que j’accède à une forme très particulière d’harmonie.» Et c’est ainsi qu’une Sarah presque entièrement végétarienne, qui achète ses aliments dans les boutiques bio, se retrouve dans le bush à chasser des lézards à la sarbacane… et à effectivement parvenir à les atteindre. «Seule la faim me donne cette acuité de tir, relève-t-elle. Jamais, en conditions normales, je ne serais capable de viser juste.»

Pour faire la transition entre l’univers douillet de son chalet – son chien, sa famille, ses amis – et les conditions extrêmes de  la marche dans le désert, Sarah Marquis prévoit une phase de «déconditionnement» de six mois. Voilà justement la phase qui commence maintenant. Avec trois axes forts: le mental, l’entraînement physique et l’hygiène de vie.

Le mental d’abord: il s’agit de prendre symboliquement congé. Cela signifie que chaque geste est réalisé avec la conscience qu’il pourrait être le dernier. «J’adore prendre des bains, très longs, parfumés aux huiles essentielles, raconte Sarah. En ce moment, je ressens chaque goutte sur mon corps avec une intensité rare, car je sais que cela ne se reproduira pas avant longtemps. C’est une sorte d’apothéose, très sensuelle, qui me permet de tout lâcher ensuite.» L’idée de la mort possible reste très présente et la baroudeuse s’efforce de l’apprivoiser: «Je sais que je peux ne pas revenir, mais ce n’est pas grave. Je suis prête, avec la conviction d’avoir, à chaque instant, été au bout de mes rêves.» Pour les proches, évidemment, l’affaire est délicate aussi: d’origine jurassienne, les parents Marquis sont très proches de la terre (c’est d’ailleurs avec sa maman que la petite Sarah a fait ses premières explorations des forêts proches et de leurs champignons), mais les grands voyages ne font guère partie de leur univers. Ils ont dû accepter leur fille comme elle était, c’est-à-dire «présente à une fête de Noël sur dix».

 

 

 

 

Un physique en béton

En matière d’entraînement physique, Sarah Marquis est une forcenée. Même hors période de préparation, sa pratique régulière implique une heure de marche chaque matin, entre 5 et 6 heures, avec son chien, le fameux D’joe qu’elle a ramené d’Australie. Suivent quatre séances de natation et course en piscine par semaine (3 à 4 kilomètres à chaque fois), un jogging de 7 kilomètres trois fois par semaine, et une grosse séance en bassin le dimanche, d’une solide demi-journée. «Le Montreux Palace m’a donné libre accès à sa piscine, relève Sarah Marquis, ce qui me permet d’aller m’entraîner n’importe quand. Je nage en crawl et je cours beaucoup, avec cette grosse ceinture qui me permet de rester verticale dans l’eau. Ça fait mémé, vu de l’extérieur, mais c’est redoutablement efficace pour faire travailler le corps en douceur, sans abîmer les articulations.» En tout, une vingtaine d’heures par semaine, pour se tailler des muscles. Et cette dose intensifiée encore à l’approche du départ, avec des séances de marche, lestée d’un sac rempli de cailloux: d’abord 4 kilos, puis 6, puis 8, en augmentant progressivement jusqu’à 20. «J’en ai 30 sur le dos durant l’expédition, mais, sur le moment, c’est l’adrénaline qui donne l’impulsion supplémentaire.» Normalement, une femme peut porter environ la moitié de son poids, ce qui pousse Sarah à développer sa masse corporelle, pour mieux tenir – et anticiper l’inévitable amaigrissement: «Mon poids de forme est de 60 kilos, dit-elle, et je vais monter, à coup de dattes fraîches, très caloriques, jusqu’à 68-70. Je déteste cela: le regard des gens dans la rue change, j’ai l’impression que l’on me regarde plus durement…»

 

Un capital santé maximal

Dans le désert australien, en 2003,
chargée de ses 30 kilos de paquetage.

Depuis vingt ans qu’elle arpente la planète, toute la vie quotidienne de Sarah Marquis est construite autour de cet impératif: un capital santé maximal. Ce qui implique une  hygiène de vie basée sur le sommeil et l’écoute de son corps.  «J’ai toujours un petit matelas enroulé dans le coffre de ma voiture, raconte-t-elle. Et il m’arrive de faire un somme sur  une aire de repos d’autoroute, en cas de besoin. Ou d’y faire  une séance de relaxation, mélange de stretching et de yoga.»

Pour le commun des gourmands, l’obstacle massif à ce concentré de santé reste d’ordre gustatif. OK pour les produits locaux et de saison, OK aussi, allez, pour le strict minimum de viande, mais faut-il vraiment avaler toutes ces graines, toutes  ces algues? Sarah se marre: «C’est vrai que quand des copains viennent manger, il leur arrive de me dire: «Tu te souviens de la bouillie que tu nous as faite l’autre fois? Eh bien, tu pourrais peut-être essayer une autre recette…?»

 

Trucs & astuces de Sarah

S’entraîner dans l’eau Pour ménager les articulations, on court en piscine avec une ceinture stabilisante. Et tant pis pour l’allure...

Varier les féculents Il n’y a pas que le riz et les pâtes dans la vie: essayez le quinoa ou l’amaranth, une graine qui donnait de la force aux guerriers aztèques.

Dormir 8 heures par nuit Le sommeil étant un «élément de santé gratuit», ne pas hésiter à filer au lit à 21 h en cas d’irritablité. En expédition, Sarah dort même 12 h.

S’offrir des massages Une manièrer de régler son corps, comme on remonterait le mécanisme d’une montre.

Boire du thé Varier les sortes, pour changer de plaisir à chaque tasse. Trois litres par jour, facile.

Prendre des bains Choisir l’essence d’eucapylptus ou de romarin pour récupéer, de citron + cajeput pour tonifier.

 

Page suivante: son parcours

 

 

©ARTIMAGE


30 kilomètres par jour

Sarah Marquis se fixe un objectif par jour et s’y tient. Son parcours est semé de dangers: les déserts de Gobi et Taklimakan (d’où on ne revient jamais selon la légende), les contreforts de l’Hymalaya, la jungle... Et cette traversée de la mer entre la Thaïlande et Bornéo, puis l’Australie, où il va falloir trouver une embarcation. Des pauses ravitaillement et changement de chaussures sont programmées tous les trois mois environ, pour que l’exploratrice retrouve son team, se repose quelques jours et modifie son équipement.

 

L’aventure de Sarah Marquis est soutenue par les partenaires suivants: Gaz Naturel, Debiopharm groupe (soutien de la  famille Mauverney), Whitepod (concept eco-tourisme).

En tant que partenaire presse, Femina va vous raconter le périple étape par étape, au moment des ravitaillements. Et vous pourrez tout suivre en direct sur notre site.

 

 

Page suivante: son matériel

 

 

 

1. Sac à dos Son volume: 80 litres. Je l’ai customisé pour déplacer la sangle («pas question de me faire écraser la poitrine durant deux ans») et ménager l’accès aux gourdes et à l’appareil photo.

2. Doudoune Elle la met dès qu’elle s’arrête de marcher, parfois les jambes dans les manches quand il fait trop froid.

3. Cagoule Seulement en cas de tempête.

4. Gants Idem. A -25 degrés, Sarah marche mains nues!

5. Tente Le cocon, la maison, l’endroit de réconfort… Dans une couleur proche des teintes naturelles, pour éviter de se faire repérer.

6. Panneau solaire Permet de recharger les appareils électroniques, pas encore prêts pour la photo: le téléphone satellite, le transmetteur, la caméra vidéo, l’appareil photo, le notebook. En cas d’absolue nécessité, car il faut beaucoup de temps pour qu’une seule petite barre témoin s’affiche.

7. Bâtons Enlèvent un tiers de la pression sur les jambes et permettent une démarche plus sûre, même en cas de fatigue. Servent aussi à improviser un abri ou amarrer la tente.

8. Casserole en titane (solide et très léger) avec couvercle.

8 bis. Accélérateur de cuisson En altitude et au froid, il permet de faire bouillir de l’eau sans utiliser la moitié de la bonbonne de fuel.

9. Gourdes Deux, sur le devant du sac, pour contrôler la consommation d’eau: idéalement 3 litres par jour.

10 & 11. Réchaud avec sa bonbonne de fuel A recharger même de produit frelaté. En Mongolie, il y a très peu de bois, racines ou excréments d’animaux à faire brûler.

12. Doudou Un vieux foulard offert par sa maman.

13. Tasse En titane, elle aussi.

14. Fronde Pour chasser les oiseaux et les lézards. Sarah emportera aussi une sarbacane, pour les serpents et les petits mammifères. En gros, il faut un petit animal tous les trois jours pour tenir. Elle les rôtit coupés en deux, après avoir pris soin d’enlever au moins l’estomac.

15. Cuillère Seul ustensile de cuisine, toujours en titane.

16. Couteaux De deux grandeurs différentes, selon les cas.

17. «Killing stick» Un bâton en bois de mulga (un acacia australien très dense) pour tuer proprement les animaux étourdis par la fronde ou la sarbacane. La matraque est aussi une arme de protection.

18. Cordelette Indispensable pour cacher le matériel dans un arbre, suspendre de la nourriture, piéger les abords de la tente ou aider à traverser une rivière. Pour tout, quoi!

19. Cartes topographiques Le bien le plus précieux. Tous les soirs, Sarah étudie son itinéraire du lendemain pour anticiper la moindre crevasse du terrain. Chaque carte est mémorisée, au cas où le vent l’emporterait ou si un danger obligerait Sarah à courir en laissant tout sur place… encore faudrait-il savoir dans quelle direction. Une carte couvre l’espace parcouru en trois à six jours et les 4 kilos de départ s’allègent ainsi au fil des journées…

20. Pompe à eau Grâce à un filtre en céramique, elle permet de rendre consommable n’importe quelle eau. «Je me souviens avoir bu dans un étang stagnant plein de kangourous morts…», raconte Sarah Marquis. Même pas malade!

21. Bande autocollante Pour réparer la tente, le sac, etc.

22. Briquet Plus rapide que de frotter du bois…

23. Allumettes étanches Avec protection en silicone.

24. Facilitateur de lecture de carte Permet de calculer vite et précisément les kilomètres parcourus.

25. Boussole Orientation à la boussole, le GPS étant réservé pour les cas difficiles (brouillard, plaine trop plate). Une manière de s’imprégner de la topographie des lieux.

26. Couverture de survie Contre le froid, contre le chaud… ou pour collecter de l’eau.

27. Sac en plastique + élastique L’indispensable «au cas où» qui va forcément sauver une situation. Pour isoler le sac de couchage, ramasser des racines.

28. Pelle à neige Ultralégère, efficace pour le sable aussi.

29. Piolet Outre son usage premier, sert à creuser des trous pour collecter, par exemple, les vers blancs qui s’accrochent aux racines. Nourrissant…

30. Lunettes solaires D’une utilité évidente.

31. Lampe frontale Sarah Marquis ne marche de nuit qu’en cas d’absolue nécessité, à cause de la chaleur, par exemple. Sinon, elle s’éveille et s’endort avec le soleil. Raisons de sécurité aussi: on se fait vite repérer à cause de la lumière.

32. Porte-cartes A la sangle du sac, toujours en vue.

33. Shampooing solide On en coupe une minitranche et on le fait mousser comme un savon.

34. Sifflet Pour les appels d’urgence.

35. Balise d’urgence Comme son nom l’indique…

36. Mousqueton Pour transporter, attacher…

37. Chaussures de marche En cuir et cuir («plus proche de la peau») et avec 2000 dollars cachés dans les semelles.

38. Sac de couchage Pour conditions extrêmes (-30 degrés). «Là, je fais la fille, rigole Sarah Marquis, il me faut le plus chaud. Une fois, en Amérique du Sud, je devais me tourner toutes les vingt minutes pour que le flanc au sol ne gèle pas…» Il semblerait qu’il y ait une différence de sensibilité d’environ 4 degrés entre hommes et femmes.

39. Polochon Pour les vêtements, en 2 set de jour et de nuit, avec chaque fois 1 slip (à porter des deux côtés), 1 paire de chaussettes, deux couches de vêtements de corps + un leggings de laine pour dormir et un pantalon fin pour marcher. «Au début, j’essaie toujours de séparer les sets, pour dormir dans du propre, mais après quelques semaines, on improvise…»

40. Pharmacie Le kit de premier secours. Sarah Marquis a appris à se recoudre et à reconnaître les symptômes des maladies pour se soigner au plus juste.

41. Trousse de toilette Avec une brosse à dents sans manche (question de poids), un minitube de dentifrice, de la poudre d’argile verte (nettoyant + anti-inflammatoire) et de l’huile essentielle Tea Tree (antiseptique) pour se masser les pieds tous les soirs et prévenir les cloques. Et des pansements pour les pieds Compeed aussi, de même que 5 tampons et 5 bandes hygiéniques organiques par mois.

42. Dromadray Bag Sac à eau mou.

43. Guêtres Pour protéger du froid comme du sable... et des morsures de serpents. Ceux-ci peuvent se dresser d’un tiers de leur longueur, soit pile la hauteur de la guêtre.

44. Chaussettes Ses favorites anticloques? Les Falke TK2.

45. Chaussons Pour laisser les pieds respirer hors de la structure des chaussures, sans geler pour autant.

46. Maletas gonflable C’est la première fois qu’elle l’emporte. Plus isolant qu’une simple mousse à dérouler, car le Tibet s’annonce vraiment très froid.

Une partie du matériel a été prêtée par la magasin de sport Yosemite à Lausanne.

 

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