4 Polonaises témoignent

Elles témoignent sur leur arrivée en Suisse, ce qu'elles pensaient de la Suisse, leur rapport avec la campagne, leur intégration, le regard de leur mari sur elles...

©

Par Jennifer Segui

 

 

4 polonaises témoignent sur leur arrivée en Suisse, ce qu'elles pensaient de la Suisse,
leur rapport avec la campagne, leur intégration, le regard de leur mari sur elles...

 

Monika, 42 ans, mariée, deux filles de 18 et 16 ans
et un garçon de 8 ans

Vit à Lossy (FR)

Son arrivée an Suisse: Elle est la seule de nos quatre Polonaises à ne pas être venue en Suisse pour le travail. C’est en Pologne, à Varsovie plus exactement, que son mari Romain, de passage dans l’hôtel dans lequel elle travaille, la rencontre en 1996. En 1998, elle vient pour des vacances, puis s’installe en Suisse en 1999 avec ses deux filles nées d’un premier mariage. Le mariage a lieu en 2000.

Ce qu’elle pensait de la Suisse: «En Pologne, à l’époque où la propagande était encore très active, on tapait sur tout ce qui venait de l’Ouest, sur tous ces pays riches. A part ça, la Suisse, c’était bien sûr le chocolat et les montagnes.»

Son rapport à la campagne: Née à la ville, Monika passe toutes ses vacances scolaires chez ses grands-parents à la campagne. «Je savais faire les foins, m’occuper des poulets et des cochons.» Désormais femme de paysan, c’est tout naturellement qu’elle s’adonne aux travaux de la ferme en plus de sa maison, de ses enfants et de son jardin abondamment fleuri. Charger les quelque 15 000 poulets destinés à la Migros, s’occuper des quarante hectares de terre de la ferme, ramasser les pommes de terre… Monika a même été à l’origine du commerce de pommes de terre pelées sous vide créé sur l’exploitation.

Son intégration: A son arrivée, Monika ne parle pas un mot de français, c’est en anglais qu’elle s’exprime avec son mari. «J’ai voulu apprendre le français tout de suite en arrivant, mais à trente, trente-cinq ans, ça n’était pas évident. Et je voulais me débrouiller toute seule.» Petit à petit, Monika fait son nid et entreprend de transformer la ferme familiale de son mari et de lui donner un peu de chaleur. Des jalousies, des remarques? La jeune femme au physique de mannequin en a certainement essuyé, «mais je m’en fiche, je ne m’affiche pas, je préfère m’occuper de ma maison, de mon jardin et de ma famille. Je comprends qu’il y ait de la méfiance vis-à-vis des étrangers, mais c’est normal, c’est un petit pays, les gens veulent y venir.» Preuve de l’intégration de Monika, sa fille aînée, Luisa, fait partie des jeunes filles qui ont posé pour le calendrier paysan 2009, déclarant être fière d’être issue d’une famille de paysans!

Son regard sur la Suisse: «J’ai trouvé les gens tout de suite respectueux, souriants.»

Le regard de son mari sur elle: «Les gens l’ont respectée tout de suite parce que c’est une femme intelligente. Sans elle, il y a beaucoup de choses que je n’aurai pas entreprises.»

Que reste-t-il de la Pologne: Dans sa cuisine, une icône russe trône sur le mûr. La Pologne, où elle se rend pour de courtes périodes une à deux fois par an, reste toujours le pays de son cœur. «Je suis comme la fondue qu’on mange par ici, moitié-moitié: moitié Polonaise, moitié Suissesse.

 

Anna, 32 ans, mariée, une fille de trois ans

Vit à Marnand (VD)

Son arrivée en Suisse: Printemps 2002, la jeune femme cherche du travail pour financer la suite de ses études. Elle a déjà fait plusieurs séjours en Allemagne où elle a travaillé dans des restaurants, des usines ou comme femme de ménage… C’est sa cousine qui l’appelle pour lui proposer un job dans une ferme en Suisse. Au programme: plantation du tabac, cueillette des framboises et divers travaux… Anna est officiellement en vacances. Après plusieurs allers-retours entre la Pologne et la Suisse, elle se fixe en 2004. Elle épouse Yves en 2005.

Ce qu’elle pensait de la Suisse: «Un ami rencontré en Allemagne m’avait dit que c’était un pays magnifique, la montagne, les chalets, un vrai paradis…»

Son rapport à la campagne: Anna, troisième d’une lignée de sept frères et sœurs a dû mettre la main à la pâte plus d’une fois pour aider ses parents, paysans dans le sud-est de la Pologne.

Son intégration: Lorsqu’elle débarque en Suisse, Anna s’exprime en allemand. Au début, ses origines et la différence d’âge avec son mari, âgé aujourd’hui de 55 ans ne facilitent pas l’intégration. Aujourd’hui, la jeune femme prend chaque semaine des cours de français. A la ferme, elle s’occupe un peu de tout, des poulets aux patates et a pris totalement en charge la vente directe des produits de la ferme. Hyperactive, elle aime avoir toujours quelque chose à faire.

Son regard sur la Suisse: «Propre, bien taillée mais où il est difficile de se faire des contacts.»

Le regard de son mari sur elle: «On s’entend très bien car elle a une mentalité très proche de la mienne, du milieu agricole. Ici, c’est une petite exploitation, elle n’hésite pas à faire sa part. Elle est solidaire, serviable.»

Ce qui reste de la Pologne: L’accent bien sûr, la cuisine et une ambiance très polonaise à la période ses fêtes. Bougies, décorations et pèlerinage familial pour allumer des bougies à l’église pour Noël.

 

Lidia, 27 ans, mariée, deux garçons de 5 et 3 ans

Vit à Nuvilly (FR)

Son arrivée en Suisse: Après vingt-quatre heures de bus, Lidia débarque dans la Broye en 2000 répondant à une offre trouvée par sa sœur pour travailler dans la ferme de son futur mari Christophe. Sa maturité tout juste en poche, elle veut faire un break et mettre de côté un peu d’argent pour financer ses futures études d’histoire. Après quelques jobs à la ferme ou comme fille au pair dans divers endroits, elle revient travailler à Nuvilly. En 2001, elle épouse celui qui est alors son patron.

Ce qu’elle pensait de la Suisse: «Je ne connaissais pas bien la Suisse, pour moi c’était un petit pays qui ne comptait pas trop, comparé à la France par exemple.»

Son rapport à la campagne: Fille de paysans, Lidia est originaire du nord de la Pologne, près de la mer Baltique. A la ferme, elle est celle qui, des trois filles de la famille, est toujours dehors pour trier le fumier ou arracher les patates. Aujourd’hui, elle s’affaire régulièrement pour traire les vaches ou enlever les pierres dans les champs.

Son intégration: Plutôt réussie, à entendre l’absence totale d’accent polonais de Lidia. Bien acceptée par sa nouvelle famille, elle avoue avoir parfois entendu des remarques style «elle l’épouse parce qu’elle veut rester». Elle ne retourne pas en Pologne très souvent et ne parle pas polonais à ses enfants.

Son regard sur la Suisse: «J’étais surprise par le rythme de travail. Même si les gens travaillent beaucoup, notamment à la ferme, il y a toujours un temps de repos, l’après midi, le soir… en Pologne, on ne se repose jamais.»

Le regard de son mari sur elle: Pour Christophe, 37 ans, «elle est très forte mentalement, peut-être parce que la vie dans son pays était plus dure. Elle a beaucoup de caractère et apprend très vite.»

Ce qui reste de la Pologne: La religion catholique qui reste très importante pour elle et sa famille.

 

Kamilla, 27 ans, mariée, deux filles de 5 et 3 ans

Vit à Niédens (VD)

Son arrivée en Suisse: Sa maturité en poche, elle arrive en Suisse au printemps 2000 pour mettre de l’argent de côté pendant une année pour poursuivre ses études, sans aucune volonté particulière de rester. Elle arrive directement dans la ferme dans laquelle elle vit aujourd’hui pour s’occuper du bétail, des pommes de terre et faire un peu de ménage. Elle épouse Pierre-André, l’un des fils de la famille dans laquelle elle travaille en août 2001.

Ce qu’elle pensait de la Suisse: «Des montagnes et des vaches violettes…»

Son rapport à la campagne: Kamilla vient également d’un milieu paysan du nord de la Pologne. Même si elle connaissait les travaux de la ferme, elle avoue qu’en tant que petite dernière de trois frères et sœurs, elle ne s’épuisait pas dans ce genre de tâche. De la campagne, elle apprécie le calme et la tranquillité.

Son intégration: Parce que sa famille lui manque, Kamilla vit assez mal ses premiers mois en Suisse et ne peut compter que sur son futur mari pour parler avec elle en anglais. Des sous-entendus sur son installation en Suisse, elle en a entendu, de même que des conseils pressants venus de Pologne lui conseillant de rester…

Son regard sur la Suisse: Du bon, du mauvais, mais c’est là qu’elle a trouvé l’amour.

Le regard de son mari sur elle: «C’est une vraie personnalité. Du fait de sa culture différente, elle n’est pas tellement dans le moule. Elle aime être occupée tout le temps et est très perfectionniste. C’est grâce à elle que je me suis remis à parler anglais et que j’ai eu suffisamment confiance pour me lancer dans un business de caméra sans fil (www.li-po.ch) pour les engins agricoles qui me tenait à cœur.»

Ce qui reste de la Pologne: La langue, qu’elle utilise avec ses enfants et que son mari comprend désormais, quelques plats mitonnés et quelques fêtes de là-bas.

Publier un nouveau commentaire