Faut-il interdire mobiles et MP3 dans l’enceinte des écoles?

Comme l’ont fait d’autres villes alémaniques, Zurich interdit les joujoux électroniques dans les cours de récré...

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Par Marlyse Tschui

 

Comme l’ont fait d’autres villes alémaniques, Zurich interdit les joujoux électroniques dans les cours de récré. Une mesure qui laisse sceptique le proviseur du Collège Saint-Michel à Fribourg.

 

FEMINA L’argument avancé par les autorités zurichoises pour interdire portables et MP3 dans l’enceinte des écoles, c’est que la récréation est faite pour se détendre, jouer et discuter avec les autres. Qu’en pensez-vous?

JACQUES DE COULON Même si je comprends l’argument des Zurichois, je ne partage pas tout à fait leur point de vue. Au principe d’une interdiction généralisée, je préfère l’idée d’apprendre aux élèves à utiliser ces outils avec discernement. C’est ce que nous nous efforçons de faire au Collège Saint-Michel.

De quelle manière?

En discutant, en provoquant une réflexion chez les jeunes. Ces nouvelles technologies sont nos alliées dans l’apprentissage, car elles nous permettent d’accéder à des trésors d’information. Mais mal utilisées, elles risquent de causer dépendance et dispersion mentale. La grande question est la suivante: est-ce que c’est moi qui dirige l’instrument ou est-ce que c’est lui qui me dirige? Si c’est l’outil technologique qui me formate, je deviens un homme-machine avec un cerveau artificiel.

Que dire de l’usage du téléphone portable et des SMS?

L’aspect positif, c’est la possibilité de communiquer rapidement à grande distance. Le point négatif, c’est que la communication par SMS se fait au détriment d’une discussion face-à-face. Rien ne remplace un véritable dialogue. Pour prévenir les abus, il faut développer dans les écoles l’art du débat et du dialogue.

Les questions relatives aux nouvelles technologies sont-elles abordées lors des réunions de parents d’élèves?

Oui. Des parents se plaignent du retrait de l’enfant de la vie sociale, de sa dépendance au monde virtuel. Nous avons toute une catégorie d’élèves qui abusent de ces instruments, notamment des jeux video qui se pratiquent aussi sur les i-phones et les téléphones portables. Cela se traduit parfois par des difficultés ou des échecs scolaires.

Comment repérez-vous ces jeunes?

Ils arrivent crevés à l’école parce qu’ils ont passé une partie de la nuit devant leur écran. Leurs résultats chutent. Les parents disent: «Pourtant il travaille, il ne sort pas, il était à son bureau toute la soirée». En fait leur enfant était dans sa «second life» et il continue à la pause de midi avec son portable. C’est presque un zombie, qui vit dans une sorte de confusion des niveaux de réalité.

Que peuvent faire les parents ou les professeurs pour éviter cette dérive?

Les aider à gérer la technologie. Certains d’élèves ne sont pas capables de hiérarchiser l’extraordinaire richesse des informations auxquelles ils ont la chance d’avoir accès. On peut les aider à prendre du recul, à cultiver l’esprit critique, à trier et analyser ces informations. Les encourager aussi à développer leur monde intérieur, par la lecture, le contact avec la nature, les moments passés avec des personnes en chair et en os.

 

Bio Express

Professeur de philosophie et proviseur au Collège Saint-Michel à Fribourg,
Jacques de Coulon a écrit plusieurs ouvrages, dont
«Philosophie, 365 graines de sagesse à cultiver» (Ed. Jouvence)
et «Soyez poète de votre vie» (Ed. Payot).

 

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