Séduction: L’épreuve fatale de l’addition au resto

La cérémonie de l’addition, véritable parade de séduction, en dit long sur le mignon et sur l’avenir de la relation...

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Par Florence Schmidt / Dessin: Margaux Mottin, http://margauxmotin.typepad.fr/

 

 

 

 

En quête de l’âme sœur, vous acceptez une invitation au restaurant.
La cérémonie de l’addition, véritable parade de séduction, en dit long sur le mignon
et sur l’avenir de la relation. Notre décodage.

Les Anglo-Saxons l’appellent un «dating»: c’est le rituel consacré pour rencontrer un amoureux. En partageant un dîner, on peut évaluer si la magie opère, si le candidat fait naître les vibrations et s’il se profile pour devenir le régulier… Le premier rendez-vous – le date – est donc décisif pour forger les premières impressions.

Maintenant, imaginez: le repas est achevé, tout s’est passé à merveille, vous avez la bouche en cœur et nul baiser n’a encore été échangé. C’est à ce moment, juste avant de quitter la table, que tout se décide: va-t-on proposer de se revoir? Continuer ensemble pour un dernier verre, pour la nuit ou pour la vie? A cet instant, le serveur dépose la note sur la table. L’addition, un acte lourd de sens… A l’apogée de la danse nuptiale, l’argent se transforme en symbole phallique, celui de la force, de la virilité, en d’autres termes «d’en avoir», ou pas! Pas le moment d’avoir une panne, d’être gêné(e): «Comment on fait?» Une hésitation, une parole inappropriée de la part du Roméo ou de la Juliette et la romance peut chavirer. Dans la tradition de la parade amoureuse, le savoir-vivre requiert que le gentleman invite gracieusement. Certes, nous avons suivi nos grands-mères et nos mères dans la lutte pour l’égalité. Pourtant, il n’est là ni question d’égalité, ni de vénalité, mais bel et bien de jeux de séduction, de rôles et de genre. Car l’épreuve de l’addition révèle les intentions, voire la nature d’un homme que vous interpréterez selon votre style.

 

Scénario 1

Bon prince, le prétendant paie l’addition

La traditionnaliste

Vous notez qu’il a mis le paquet en vous conviant à une grande table. Champagne… bref, il a sorti le grand jeu. Par ce geste, il démontre qu’il vous désire, que vous comptez pour lui et que vous n’êtes pas une simple proie parmi d’autres. La politesse veut que vous le laissiez payer sans oublier de le remercier. Vous savez pertinemment quand lorsqu’un gentleman invite, il ne considère pas qu’il est en droit d’attendre plus! Vous vous apprêtez donc à rentrer directement chez vous, rêvant à la prochaine rencontre.

L‘égalitariste

Vous avez l’impression d’être un objet qui se laisse acheter? Détendez-vous. Vous n’avez pas à vous sentir en dette. Ne voyez pas là une embuscade pour monnayer la fin de soirée. Vous êtes tout simplement entrée dans le jeu de la séduction. Surtout ne faites pas semblant d’insister pour payer votre part, c’est limite impoli et tellement eighties de revendiquer de partager l’addition. Evitez le lourdingue «A charge de revanche». Il vous suffira de rappeler l’élu et de l’inviter à votre tour pour le deuxième acte.

La pragmatique

Perspicace, vous avez noté qu’il a glissé prestement la facture dans sa poche pour la passer en note de frais. Vous faites une remarque ironique pour le mettre mal à l’aise. Car il y a fort à parier que c’est un séducteur en série ou alors un radin qui veut se faire passer pour un grand seigneur. N’hésitez pas à jeter un œil au pourboire qu’il laissera, vous serez fixée… Méfiez-vous de lui!

Cote de l’érotisme

D’un point de vue éthologico-culturel, Monsieur assure un sans-faute de sa parade de séduction.

 

Scénario 2

Il propose de partager l’addition en faisant moitié-moitié

La traditionnaliste

Pour garder la face (la libido dans les chaussettes), et montrer à quel point le manant est petit, vous dégainez votre carte de crédit et l’invitez finement. C’est une façon diplomatique, voire passive-agressive de lui montrer qu’il n’a pas assuré pour un sou. Que vous n’avez pas les mêmes valeurs. S’il veut vous revoir, il lui faudra vraiment décrocher la lune. C’est certainement un ringard qui imaginait qu’il allait heurter votre indépendance et votre côté féministe. Du genre j’abandonne mon pouvoir d’homme sur l’argent. Qu’à cela ne tienne, vous abandonnerez à votre tour votre pouvoir de femme sur la sexualité…

L’égalitariste

Vous avez beau revendiquer votre indépendance et considérer normal que chacun paie sa part au début d’une relation, vous restez sensible à la galanterie et vous attendez à ce que l’homme – protecteur – régale. C’est ainsi que le désir entre les sexes naît culturellement. L’idiot a brisé le charme romantique avec son pathétique «On fait moit-moit?». Votre déception est si mordante que le désir est mort. Oui, vous attendez encore de l’homme qu’il vous séduise et prenne en charge l’organisation de la possibilité d’avoir une relation sexuelle. Du coup vous gambergez: payer chacun sa part, c’est comme refuser de s’engager. Et si un homme n’est pas généreux, il ne le sera pas en amour non plus. Se lancer dans une aventure, voire faire des enfants avec un grippe-sou, non merci!

La pragmatique

Vous éclatez de rire. «Quoi? Partager? Elle est bien bonne! Impossible mon chéri, et de toute façon je n’ai pas emmené mon portefeuille.» Vexé et forcé, il s’exécutera et déboursera. Avec un peu de chance, il aura intégré l’idée que vous, on vous traite en princesse ou on disparaît. Vous pouvez donc lui laisser une seconde chance. Et puis, pour faire honneur à ce prétendant, vous avez veillé à passer chez l’esthéticienne, le coiffeur, la manucure et vous avez certainement investi dans d’irrésistibles escarpins «fuck me shoes». Avec ce que tout cet apprêt a coûté, rien de plus normal que l’homme prenne en charge la soirée à son tour, non?

Cote d’érotisme

Si le mufle a des crabes qui grouillent dans son porte-monnaie, il y a peu de chance que vous en pinciez pour lui…

 

Scénario 3

Le prétendant se laisse inviter

La traditionnaliste

Vous vous dites que votre prince est à sec, ruiné, car il a investi toutes ses billes chez Madoff. Dans ce cas, vous fermez les yeux sur l’indélicatesse, car votre chevalier vous a préalablement expliqué la situation. Discrètement, vous prétextez d’aller vous repoudrer le nez et réglez de bon cœur l’addition. En revanche, si vous pressentez le moindre indice d’un travers de gigolo, vous en profitez également pour vous rendre aux toilettes… pour filer à l’anglaise.

L’égalitariste

Le mufle vous laisse payer sans broncher. Et c’est la panne sexuelle avant même d’être sortis de table. Evidemment, vous passerez le mot à toutes vos copines qui se chargeront de répandre sa réputation de gros pingre. Le goujat sera ainsi inscrit sur la liste noire des flirts à éviter qui tourne entre les filles de chaque ville. Si le candidat a révélé des travers rédhibitoires durant le dîner, qu’il ne vous plaît pas du tout et que vous ne comptez pas le revoir, voilà une raison justifiée pour l’inviter. Car vous n’êtes pas une profiteuse. C’est une sorte de dédommagement pour le déplacement.

La pragmatique

Vous avez dragué le bellâtre et l’avez convié à dîner. La règle de savoir-vivre qui prime est: celui qui invite paye! C’est donc bel et bien à vous de régaler. Mais vraisemblablement vous ne lui plaisez pas. Sinon, il aurait joué les vaillants chevaliers et insisté pour payer. Si, inversement, il mord à l’hameçon, qu’il est séduit et vous pas du tout, régalez avec fracas! En lui ôtant le plaisir de payer dignement, en mâle, vous perturbez son schéma et son rôle de protecteur, inscrit dans son cerveau reptilien. Effet castrateur assuré. Ce qui vous arrangera bien.

Cote d’érotisme

Zéro pointé, ce Rocancourt de l’amour a peu de chance de passer le cap de la deuxième semaine.

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