A Bâle, le directeur du Département de l’instruction publique
veut amender les parents qui ne collaborent pas suffisamment
avec l’école. Mille francs au maximum.
Réaction de l’enseignant neuchâtelois Jean-François Künzi.
FEMINA A vos yeux, est-ce le rôle de l’école de surveiller les parents d’élèves?
JEAN-FRANÇOIS KÜNZI Absolument pas. On confie toujours davantage de choses à l’école. Les enseignants expliquent déjà les vertus du petit-déjeuner, répètent qu’il faut se laver les dents et sensibilisent les élèves à des éléments qui devraient aller de soi. Ou, disons, être transmis dans la famille.
Vous confirmez que trop de familles s’en fichent?
Il y a un vrai problème, qui n’existait pas il y a quelques années encore, mais il concerne une minorité de parents. En classe, on se retrouve face à des élèves qui passent des matinées entières le ventre vide ou exténués parce qu’ils ne se couchent à pas d’heure. Parfois, si j’évoque en cours un film visionné tard la veille, certains jeunes de 12 ans me disent «Ah oui Monsieur, je l’ai vu aussi».
Amender leurs parents vous paraît-il être une bonne solution?
En aucun cas. D’abord, c’est extrêmement difficile à réaliser. Imaginez, ça voudrait dire que l’enseignant devrait fliquer les élèves le matin et cochez ceux qui ont mangé, qui ont assez dormi et eu le temps de faire leurs devoirs. Ensuite, ça n’amène à rien. Je suis persuadé que certains parents ont besoin d’aide. Je ne pense pas qu’ils fassent exprès de ne pas nourrir leur enfant au réveil. Le temps passant, ils n’ont pas expliqué ou imposé que c’était important de manger le matin ou de dormir assez.
Besoin d’aide, dites-vous. Mais pourquoi?
Je vois des familles sous l’eau, en difficultés diverses, qui ne peuvent suivre même le cursus de leurs enfants. Je ne crois pas à la mauvaise volonté. Il y a des parents désemparés par les désordres alimentaires de leur gosse. D’autres, culpabilisés, ne savent plus dire non à un jeune qui refuse d’aller se coucher. Ils ont besoin d’aide, mais qui va le faire? Je vois mal l’école se mettre à leur donner des cours.
Peut-être les associations de parents d’élèves peuvent-elles jouer ce rôle?
Je ne crois pas. Ce ne sont de loin pas des parents à la dérive. Ceux qui peinent, eux, ne sollicitent pas de conseils. Comme il y a des éducateurs de rue, il faudrait des éducateurs de parents, si j’ose dire, pour les rencontrer là où ils sont. Mettons une sorte de «Main Tendue» des parents. Tout est à inventer.
On a quand même le sentiment que le bon sens a déserté certains foyers, non?
Certainement, comme c’est le cas dans la société en général. A l’école, sorte de microcosme social, on retrouve les mêmes problèmes qu’ailleurs. Mais encore une fois, ce n’est pas à l’Instruction publique de pallier les manques parentaux. L’école accomplit déjà des tâches qui devraient revenir aux parents.
Bio Express
A 62 ans, Jean-François Künzi enseigne au secondaire à Colombier (Neuchâtel). Jusqu’à l’an dernier, il présidait la section neuchâteloise du Syndicat des enseignants. Bientôt retraité, il compte poursuivre sa vision sociale en touchant à la politique.























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