Couple: Violence conjugale

Qui parle violence conjugale, pense coups de poing et femme battue. Mais il existe une autre forme de violence...

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Par Marlyse Tschui

 

Qui parle violence conjugale, pense coups de poing et femme battue. Mais il existe une autre forme de violence, plus discrète et plus sournoise, qui finit par tuer l’amour. Témoignages et commentaires de spécialistes de la thérapie de couple.

 

Tous les couples se disputent de temps à autre. C’est normal. Mais pourquoi certains survivent-ils aux crises en gardant le sourire, alors que d’autres s’enlisent dans des scènes à répétition et finissent par se détester? «Dans l’amour, il y a l’idée de vouloir le bien de son partenaire. Chez les couples qui s’aiment, remarque le psychiatre Maurice Hurni, le conflit est un accident. Il n’est pas souhaité. Pendant la dispute, chacun évite les coups bas et s’abstient d’attaquer les points faibles de l’autre.» Alors qu’au contraire, les couples qui semblent ne pas pouvoir fonctionner sans se disputer entretiennent une relation tordue dans laquelle chacun cherche à blesser son partenaire. «Attaquer l’autre dans ses faiblesses est une manière d’asseoir son pouvoir sur lui.» On peut s’étonner de voir des couples se déchirer pendant des années sans pour autant songer à divorcer. «Un tel lien n’est pas amoureux, mais il est très fort» constate la psychiatre Giovanna Stoll, qui travaille en tandem avec Maurice Hurni pour les thérapies de couple. «Chaque partenaire souffre probablement d’un vide existentiel. L’autre comble ce vide, alors ils ne partent pas, ils restent. Ils préfèrent souffrir à deux plutôt que de ne pas exister. Ils se sentent mal en restant, et se sentiraient tout aussi mal en mettant fin à la relation.»

Les psys peuvent distinguer les couples normaux des couples ennemis à la manière dont ils racontent un de leurs conflits. Les conjoints qui s’aiment diront: «C’est affreux, hier soir nous nous sommes disputés. Cela nous rend tristes et nous n’avons pas trop envie d’en parler.» Les partenaires conflictuels, eux, éprouvent une sorte de jubilation en décrivant la scène: «Vous n’imaginez pas ce qu’il m’a encore fait… ou dit…». Le pouvoir de la victime est rarement évoqué. Il est pourtant bien réel. Comme l’observe Giovanna Stoll, l’homme comme la femme participent activement à leur histoire. L’amour se conjugue à deux, la violence aussi. Chacun tient un rôle, y compris la soi disant victime, qui se soumet en apparence mais qui, par ses plaintes et ses critiques, cherche à inférioriser son partenaire. «Il s’agit de liens pervers, où chacun essaie d’exercer son emprise sur l’autre.»

 

Excuser l'autre par amour

Ils sont pourtant bien réels, les cas où des femmes font tout pour tenter de satisfaire leur compagnon sans parvenir à empêcher ses violences verbales ou physiques. Quelle est leur part de responsabilité? «De n’avoir pas su mettre des limites, de n’avoir pas su se protéger» explique Sylvette Mihoubi, directrice à Lausanne du Centre d’accueil MalleyPrairie pour femmes victimes de violences conjugales. «Par amour, les femmes ont tendance à excuser l’auteur des violences, parce qu’il a eu une enfance difficile, par exemple, qu’il est au chômage ou au contraire surmené». Celles qui restent avec un mari agressif ont pour la plupart déjà vécu des épisodes de violence dans leur famille d’origine, raison pour laquelle il leur est relativement difficile de savoir ce qu’est une relation de couple pacifique. «Alors que les femmes qui n’ont pas cette expérience de la violence parviennent à fixer des limites ou à quitter plus rapidement leur partenaire.» La violence, affichée ou sournoise, n’est bien sûr pas l’apanage du sexe masculin. Les psychothérapeutes citent le cas d’hommes tellement poussés à bout par leur femme qu’ils frappaient les murs pour ne pas taper sur leur compagne.

 

 

Le poids du silence

Enfin, il faut évoquer une forme de violence dont on ne parle pratiquement jamais: le silence. Si les mots peuvent blesser, c’est aussi le cas du mutisme. La bouderie est une arme terrible, selon Giovanna Stoll: «Celui qui boude empêche l’autre de communiquer et provoque chez lui un sentiment d’impuissance.» Il en va de même lorsqu’une personne s’abstient de répondre à celle qui exprime sa souffrance, ce qui revient à dire «Ce que tu dis n’a pas de sens. Pour moi, tu n’existes pas. Alors, quel est le secret des couples heureux?» Si l’on voulait résumer le résultat des nombreuses recherches qui ont été menées pour répondre à cette question, on pourrait dire que les partenaires des couples heureux ont décidé d’être heureux et de rendre l’autre heureux… plutôt que de chercher à avoir raison ou à vouloir le changer pour qu’il corresponde à leurs propres attentes. Pas toujours facile. Comme l’exprime bien Maurice Hurni: «Dans la vie nous sommes tous un peu des funambules qui tentent de garder l’équilibre.»

 

Les signaux d’alarme

Les risques d’affrontement augmentent si l’un des partenaires présente les traits de personnalité suivants:

  • Estime avoir toujours raison
  • Cherche à imposer son point de vue
  • Supporte mal que l’autre ne soit pas du même avis
  • Se montre frustré s’il n’obtient pas ce qu’il veut
  • Pique des crises de colère sous n’importe quel prétexte
  • Fait preuve de jalousie
  • Boit trop
  • Ne supporte pas qu’on ne fasse pas les choses à sa manière
  • Critique souvent l’autre, en privé, ou pire, en public
  • N’accepte pas que l’autre ait des activités qu’il ne partage pas

 

Plus d'info

Le service ViFa, active au sein de la Fondation «Jeunesse et Famille», propose aux auteur(e)s de violence des groupes d’accompagnement, afin de les aider dans leur démarche de changement. Un programme spécifique pour les adolescents existe également.
Service ViFa,
un site internet: www.vifa.ch
un numéro de téléphone: 021 644 20 45

 

 

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