Comment peut-on oublier un enfant dans une voiture?

Chaque été, des petits sont laissés dans des véhicules par oubli. C’est arrivé il y a a peu dans l’Isère (France) où un garçonnet est décédé. Miroslava Stankovic, psychologue, éclaire ce triste fait divers.

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Par Sylviane Pittet

 

Chaque été, des petits sont laissés dans des véhicules par oubli. C’est arrivé il y a a peu dans l’Isère (France) où un garçonnet est décédé. Miroslava Stankovic, psychologue, éclaire ce triste fait divers.

Femina Faut-il être un monstre pour oublier son bébé dans sa voiture?
Miroslava Stankovic Non! On ne peut pas minimiser cet acte, bien sûr. Il y a un interdit important à rappeler: on ne laisse pas un enfant, ni un animal d’ailleurs, dans une voiture. Mais il y a aussi une autre explication, sans jugement. Ce drame a quelque chose à voir avec le stress. Ce père, pharmacien, n’avait pas l’habitude d’amener son enfant à la crèche et il a été témoin d’un accident suivi d’un délit de fuite. Il a aidé la victime puis s’est rendu à son travail. En oubliant le petit.

Le stress peut avoir un tel effet?
Quand on vit un stress, le cerveau se bloque au niveau de la réflexion. C’est comme un ressort qui se tend et stoppe toute cognition. On zappe complètement certaines choses. Quand le stress retombe, on est alors à même de réfléchir à nouveau et réaliser: «Oh mais comment ai-je pu dire ou faire un truc pareil?»

N’avons-nous pas trop de choses dans la tête?
Sans aucun doute. Parfois, on en a tant que l’on se met en pilotage automatique. Cela peut arriver quand on vient de déménager: sans réfléchir, on se retrouve, un jour, à grimper les marches de son ancien immeuble avant de réaliser où l’on est parce que l’on avait l’esprit ailleurs. On a tellement de choses à accomplir que l’on en oublie certaines. Notre cerveau sélectionne des priorités. Dont un enfant devrait évidemment faire partie.

Et c’est inacceptable de voir qu’un petit n’est pas passé avant le reste?
Tout le monde souhaiterait que les choses soient simples et linéaires. Justes ou injustes, bonnes ou mauvaises. Par exemple, que l’on ne soit pas jaloux de sa sœur que l’on est censée aimer… Mais nous sommes faits d’émotions sur lesquelles nous n’avons pas toujours prise. Le stress en est une.

Remarquez, c’est souvent des hommes qui oublient leur enfant…
Peut-être supportent-ils moins bien, biologiquement parlant, la mutiplicité des rôles. C’est connu, les femmes parviennent mieux à gérer plusieurs tâches en même temps. Mais même pour elles, le cumul des casquettes ne se vit pas sans mal. Elles sont mères, professionnelles, amies, femmes. Cela suppose énormément de rôles et de tâches à assimiler.

Ce genre de catastrophe pourrait donc arriver à n’importe qui?
Il y a des personnes qui ne mesurent pas le risque qu’ils font courir à leurs enfants, et il convient dès lors de parler de maltraitance. Mais à supposer qu’un pareil drame soit lié à un stress, on peut imaginer que cela se produise chez des parents pleinement responsables.

Bio Expres

Psycholgue/psychothérapeute FSP, Miroslava Stankovic a travaillé dans une section ambulatoire des troubles anxieux et de l’humeur avant d’ouvrir son cabinet à Cossonay. Spécialisée dans les thérapies cognitivo-comportementales, elle propose également des techniques basées sur la Mindfulness (pleine conscience), une méthode qui consiste à porter son attention sur le moment présent. Elle organise des séminaires de gestion du stress et de prévention du burn-out.

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