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Tandis que les hommes banalisent leurs incursions sur la planète du porno, les femmes font la grimace. Zoom sur le phénomène du cybersexe et ses implications dans la vie à deux.
Si l’affaire du pornogate jurassien a scandalisé autant qu’elle a fait rire dans les chaumières, elle a surtout jeté une lumière crue sur des activités bien plus courantes qu’on ne l’imagine. Car les magistrats et fonctionnaires qui se sont fait pincer pour avoir surfé sur des sites pornographiques pendant leurs heures de travail sont loin d’être des cas isolés. Pour preuve, dans les journaux, les réactions des lecteurs qui s’élevaient contre l’hypocrisie ambiante. D’après eux, tout cela n’a rien de choquant, vu que «tout le monde regarde du porno». Ah bon, tout le monde? Mais pas mon mari, tout de même… Hum
Lorsqu’ils participent à un débat d’idées, les hommes ont tendance à banaliser le phénomène du sexe online, dont ils sont les principaux consommateurs. Dans les faits, ceux qui surfent régulièrement sur des sites pornos évitent de s’en vanter. Ils se livrent au contraire à cette activité en toute discrétion, quand personne ne peut les voir, car cette recherche du plaisir solitaire via Internet s’accompagne souvent d’un sentiment de honte. Ils craignent aussi que leur compagne ne réagisse mal en découvrant la nature de leur passe-temps.
Une inquiétude justifiée, à en croire certains commentaires
«J’ai l’esprit ouvert, déclare Emilie, 35ans. Avec mon mari il nous arrive, pour nous amuser, de regarder ensemble un film porno. Mais si j’apprenais qu’il passe du temps sur des sites pour s’exciter, je le vivrais mal. Je ne pourrais pas m’empêcher de me dire qu’il est devenu détraqué, ou alors qu’il ne m’aime plus.»
Autre son de cloche chez Manon, 29ans: «Ces sites avilissent les femmes. Si mon homme y prenait goût, je le quitterais. Ce n’est pas ainsi que je me représente l’amour dans un couple épanoui.» Quant à Nadine, 48?ans, elle s’exclame: «Je crois que je préférerais encore qu’il ait une maîtresse, je me sentirais moins salie!»
Sexualité parallèle
Beaucoup de femmes ne comprennent pas l’intérêt que les hommes peuvent porter à ces images qu’elles jugent dégradantes. D’autres ne sont pas choquées par le contenu des vidéos, mais par la sexualité «parallèle» qu’elles impliquent. Sur un forum du Net, voici le message adressé par une épouse à son mari qui lui affirmait que tous les hommes «font ça»: «Mieux que de te branler tout seul comme un gosse de 13ans, viens vers moi. Viens partager avec moi un moment de tendresse, de complicité, d’amour. Tu veux que je te dise? Je n’attends que ça. En tout cas, je n’attendrais que ça si je n’étais pas parasitée par la vision de l’homme que j’aime le froc baissé sur les genoux, les yeux exorbités, en train de s’astiquer devant un meuble comme une andouille. Oui, en effet, ça me refroidit drôlement!»
Il n’est donc pas surprenant que la gent masculine se montre prudente en ne fréquentant les sites X qu’en cachette, quand Madame dort, qu’elle n’est pas à la maison, ou alors au travail. D’après une étude canadienne, 70% du contenu pornographique est téléchargé pendant les heures de travail, et un ordinateur professionnel sur trois contiendrait de la pornographie. Les femmes peuvent bien s’indigner parce qu’elles préféreraient que leur chéri ne se nourrisse que de romantisme et de grands sentiments, les faits sont là. Le cybersexe plaît à beaucoup d’hommes, c’est un fait. Pourquoi cela nous dérange-t-il à ce point?
A chacun ses fantasmes
«La femme qui découvre que son mari regarde des vidéos pornos est souvent choquée qu’il puisse aimer voir de telles images et qu’elles suscitent son désir», explique Anne-Dominique Spertini, conseillère conjugale à Profa. «Quand un couple vient consulter, c’est que c’est devenu un problème. Mais tant que la femme ignorait tout de l’activité de son mari, cela ne les dérangeait ni l’un ni l’autre. C’est la révélation qui fait problème. Parce qu’on imagine toujours que son conjoint est différent des autres hommes.»
En quoi une telle découverte perturbe-t-elle l’équilibre du couple? En fait, certaines femmes supportent mal l’idée que leur compagnon possède une vie fantasmatique dont elles sont exclues. L’accès facile à Internet pose la question du respect de l’individualité dans le couple. «Peut-on tolérer que l’autre ait un espace de pensée, de fantasmes et de désirs qu’il ne partage pas avec soi? C’est là tout le problème», poursuit Anne-Dominique Spertini. Raison pour laquelle la question de la fusion ou de l’autonomie au sein du couple est systématiquement abordée lors d’une consultation conjugale.
Une gêne partagée
Les voici face à face. D’un côté Madame, inquiète pour l’avenir de son mariage et gênée par les images qui trottent dans la tête de son mari. De l’autre Monsieur, tout aussi gêné, mais pour d’autres raisons. «Il est pris dans une sorte de honte et de culpabilité, explique la conseillère conjugale. Il se sent partagé entre le désir de regarder des images pornos et l’idée que ce devrait être interdit. Il peut difficilement expliquer à sa femme son monde de fantasmes, si différent de ses fantasmes à elle.» Le temps passé sur Internet peut aussi servir à prendre de la distance face à l’autre, d’échapper au moins momentanément à son contrôle. «Il faut toujours se demander quelle est la fonction d’une telle activité dans le couple, et quel bénéfice chacun en retire. Si la vie sexuelle du couple n’est pas satisfaisante, le porno peut remplacer la difficulté d’aborder la question de la sexualité entre partenaires.»
Laissez-les tranquilles!
Autant dire que dans cette histoire, personne n’est à montrer du doigt. Ni le mari attiré par le porno, ni l’épouse mortifiée. L’important, c’est que tous deux comprennent ce que cette sexualité virtuelle révèle de la situation du couple. Et qu’ils s’entendent pour rétablir un équilibre satisfaisant à partir de la nouvelle donne conjugale qui intègre l’accès aux sites coquins.
est-ce à dire que nous devrions-nous laisser les hommes s’adonner en douce à leurs petites séances de voyeurisme online? «Absolument, conclut Anne-Dominique Spertini. Ne nous en mêlons pas et continuons à les idéaliser! Continuons à croire que notre partenaire ne le fait pas. Sinon, son besoin d’autonomie risque de devoir s’exprimer autrement…»
Cool, les Italiennes!
Selon un sondage réalisé en Italie par le magazine Donna Moderna, 65% des femmes déclarent savoir que leur partenaire regarde des films pornos, mais font semblant de ne pas être au courant.
Le porno en chiffres
44500000 sites pornos sont disponibles sur le Web
20 hommes sur 100 fréquentent régulièrement les sites pornos
2 hommes sur 100 sont accros à ces sites
Quand ça tourne à l’obsession
Le terme de cyberaddiction a été utilisé pour la première fois en 1996 par la psychologue américaine Kimberly Young. Elle attirait l’attention sur un nouveau phénomène: la dépendance à Internet. Depuis, cette forme d’addiction a fait son entrée dans la liste des troubles psychiatriques, au même titre que l’alcoolisme, la toxicomanie ou le jeu pathologique. Comme c’est le cas avec l’alcool ou la drogue, tout commence par une consommation occasionnelle, de plus en plus fréquente. La «dose» doit être augmentée en permanence pour procurer le plaisir recherché. Elle finit par envahir les pensées et la vie de l’internaute au point qu’il en arrive à négliger ses relations conjugales, familiales et sociales.
Sur le site web orroz.net, qui vient en aide aux accros du porno souhaitant se libérer de leur dépendance, on peut lire des témoignages poignants:
«L’excitation est tellement intense lorsque je pense à la pornographie, que je n’en ressens plus pour mes compagnes.»
«Je suis malade quand je pense à la manière dont je suis en train de blesser mon amie, mais c’est plus fort que moi. J’ai l’impression d’avoir une double personnalité.»
«Je vis un cauchemar, je culpabilise sans arrêt, suis fatigué, ai peur de me retrouver seul…»
«J’ai passé un an à cacher à mon amie le pourquoi de mes pannes sexuelles, j’étais en fait totalement déconnecté de la réalité amoureuse et charnelle, avec en plus la honte d’en parler.»
Qui sont les cyberaddicts version sexe?
Essentiellement des hommes, de tous les âges et toutes les catégories sociales. Leur obsession est souvent une forme de fuite, un moyen d’oublier pendant quelques heures solitude, tristesse, angoisses ou problèmes conjugaux. D’où leur difficulté à se libérer de leurs pensées obsessionnelles sans aide extérieure. Renoncer au porno ne suffit pas. C’est leur vie au quotidien qu’ils doivent remettre en question et réaménager. Comme les autres dépendances, la cyberaddiction se soigne grâce à la thérapie cognitive et comportementale. Des consultations sont organisées par tous les hôpitaux disposant d’une unité spécialisée dans le traitement des dépendances.
Etes-vous porno dépendant?
C’est grave, docteur? Pour le savoir, pas question de remplir ce test à la place de votre homme, ni de lui poser les questions directement ou d’exiger d’en connaître les réponses. C’est à lui seul qu’il appartient de décider s’il veut savoir où il en est de ses incursions coquines sur le Web. Et éventuellement, de la suite à y donner.
1) Vous feuilletez régulièrement des publications à caractère pornographique.
2) Vous visionnez fréquemment des vidéos pornos.
3) Vous êtes inscrit sur un forum ou un chat orienté sexe.
4) Quand vous sentez l’excitation venir, vous avez du mal à résister.
5) Juste avant de vous satisfaire, vous devenez fébrile.
6) Le fait de résister vous rend nerveux ou irascible.
7) Vous passez des heures à surfer sur des sites pornos.
8) Plus le temps passe, plus vous cherchez des images sordides.
9) Après avoir obtenu satisfaction, vous éprouvez une sorte de lassitude.
10) Il vous arrive de vous sentir coupable ou honteux.
11) Vous écourtez vos soirées entre amis pour rentrer chez vous et surfez sur les sites pornos.
12) Vous vous levez parfois en pleine nuit ou au petit matin pour surfer.
13) Votre entourage ne sait rien, vous n’osez pas en parler.
14) Votre compagne se plaint d’un manque de communication et de votre caractère irritable.
15) Votre compagne ne vous attire plus, mais vous faites semblant.
16) Si vous êtes célibataire, vous êtes seul depuis longtemps et avez du mal à nouer une relation.
17) Vous vous masturbez devant des images plusieurs fois par semaine.
18) Vous avez décidé d’arrêter à plusieurs reprises sans y parvenir.
19) Vous vous êtes déjà promis de cesser ces pratiques, en vain.
20) Vous ne savez plus que faire pour changer ces habitudes compulsives.
Résultats
Moins de 5 oui
Vous n’êtes pas porno dépendant. Cessez donc de culpabiliser, mais restez tout de même vigilant, car on passe vite d’une fois par mois à deux fois par semaine.
Plus de 7 oui
Vous êtes en train de devenir accro. Prenez-en conscience dès maintenant et parlez-en à un proche ou à un psy.
Plus de 15 oui
Vous êtes sérieusement dépendant. Il est temps d’agir pour vous libérer de cette drogue avant que votre compagne ne vous quitte et que vous perdiez vos amis. Même si vous trichez en vous mentant à vous-même, cela finira par devenir invivable.
Marlyse Tschui























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