Amours de légende: Marlene Dietrich et Jean Gabin

Les grandes passions n’ont jamais fini de livrer leurs secrets et d’alimenter la légende. Durant 7 semaines, Femina rallume la flamme. Aujourd’hui, on revit les amours de Marlene Dietrich et Jean Gabin...

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Par Julien Burri

 

Les grandes passions n’ont jamais fini de livrer leurs secrets et d’alimenter la légende. Durant 7 semaines, Femina rallume la flamme. Aujourd’hui, on revit les amours de Marlene Dietrich et Jean Gabin.

 

Eh oui, Marlene Dietrich, l’actrice allemande devenue star hollywoodienne, a passionnément aimé Jean Gabin, belle gueule au grand cœur du cinéma français. C’était avant qu’elle entame une carrière de chanteuse et qu’il devienne le «pacha» des films de gangsters. Ils ont même vécu ensemble plusieurs années. Marlène cuisinait pour Jean ses célèbres choux farcis et il lui apprenait des mots d’argot.

 

Tout commence à Hollywood en juillet 1941, au cabaret «La Vie parisienne». Ce soir-là, Jean rechigne à sortir. Il ne le regrettera pas! Marlène est assise aux côtés d’Ernest Hemingway, son «grand amour platonique». Elle reconnaît aussitôt Gabin, auquel elle a été brièvement présentée à Paris, et l’invite à sa table. Elle a toujours aimé la fréquentation des esprits brillants. Lui est timide, mal à l’aise, et ne parle pas anglais. Pire, il n’a jamais lu Hemingway. A l’issue de cette soirée, pourtant, l’Ange bleu devient sa guide à Hollywood et sa prof d’anglais. Deux mois plus tard, elle lui fait aussi les honneurs de son lit.

Garbo, la rivale, l'espionne

Leur histoire ne s’arrête pas à un simple flirt. Jean s’ennuie à l’hôtel et confie à sa «Prussienne» de cœur: «Je voudrais une maison avec un grand jardin et plein d’arbres avec de belles et jolies feuilles.» Marlène loue une villa à Brentwood et recrée une «petite France» pour son amant exilé. Leur voisine n’est autre que… Greta Garbo, la plus grande star des années 30, rivale de Marlène. «La Divine» espionne le couple au bord de leur piscine et n’hésite pas à escalader les poubelles pour avoir un meilleur point de vue.

Marlène Dietrich incarne la femme fatale, l’érotisme vénéneux et le glamour européen. Un mythe vivant. Rappelons nous qu’elle a été révélée en 1930 par L’Ange Bleu, premier long-métrage sonore allemand. Juste après, Hollywood lui a fait un pont d’or et elle s’y exile avec son Pygmalion, le réalisateur Joseph von Sternberg. Son mari, le juif Rudolf Sieber, ferme les yeux sur ses nombreuses aventures (pendant sa vie, elle les collectionnera, son tableau de chasse est impressionnant: Yul Brynner, John F. Kennedy ou Garbo elle-même!). Mais, au début des années quarante, les studios et le public commencent à la bouder et sa gloire décline. Une nouvelle génération d’actrice la talonne: américaines resplendissantes de santé (Jane Russell) ou bombes érotiques (Rita Hayworth).

De son côté, Gabin incarne le prolétaire un peu vulgaire, brutal parfois, mais intègre. Il a tourné dans des classiques français comme Gueule d’amour, Pépé le Moko, ou Quai des Brunes (dans lequel il lance la fameuse réplique: «T’as de beaux yeux tu sais» à Michèle Morgan qui lui répond: «Embrasse-moi»). Il est marié mais ne vit plus avec sa femme, Jeanne Mauchain, et entretient des liaisons (avec Morgan, notamment). En février 1941, il quitte l’Europe pour les Etats-Unis, fuyant la guerre qui l’empêche de tourner. A Hollywood, il a d’abord un flirt avec l’actrice Leslie Caron avant de rencontrer Marlène…

Malgré les efforts de sa maîtresse, Jean a le mal du pays. Il envisage de rejoindre les forces armées libres et elle accepte de le laisser partir. En avril 1943, elle l’accompagne à New York. Avant de prendre le bateau pour l’Europe, il lui offre une rivière de diamants: «Tu es bien la seule femme qui a supporté ma mauvaise humeur et mes crises de mélancolie. Alors, comme ça, si je passe l’arme à gauche, il te restera ces gages d’amour en héritage.»

Ils ne savent pas s’ils se reverront. Marlène lui écrira: «Le courrier est surveillé, alors n’oublie pas de parler de moi en disant «la grande».

«Tu as été un ange»

Pendant le conflit, Marlène refuse les avances de Goebbels qui veut en faire la star du cinéma nazi. Elle acquiert la nationalité américaine et s’engage du côté des troupes alliées. Sa mission: chanter pour donner du courage aux soldats. En mai 1945, elle revoit enfin Jean à Berchtesgaden, en Allemagne, pendant que le général de Gaule passe ses troupes en revue. Elle court vers lui en talon aiguille, dans la boue. Il est gêné de se donner en spectacle mais l’embrasse et la fait monter sur son char. Les soldats tout autour sont en liesse.

L’après guerre est difficile. L’industrie du cinéma ne s’intéresse plus aux deux acteurs. Ils tournent un seul film ensemble, en France: Martin Roumagnac. Chacun reste fidèle à son mythe: Marlène joue une vamp; Jean, un entrepreneur en maçonnerie. Il est sincère; elle est vénale. Il la tue par jalousie et sombre dans le désespoir. Le public peine à s’identifier au couple et le film est un échec. Leur couple n’y survivra pas.

Jean refuse de suivre Marlène aux Etats-Unis. A 43 ans, il veut des enfants, alors que l’actrice, à 46 ans, est déjà grand-mère. Gabin la quitte en 1947 pour se marier avec la jeune Colette Mars. «Tu as été un doux passage dans ma vie, tu as été un ange, et je t’en remercie, ma grande, malheureusement, même les belles choses ont une fin et je crois qu’il est préférable de ne plus se revoir», lui écrit-il.

Même s’il rompt brutalement avec elle, Marlène écrira dans ses mémoires, trente ans plus tard: «Gabin était l’homme - le super-Homme, l’homme d’une vie. Il était l’idéal que recherchent toutes les femmes.»

Pour en savoir plus: Jean Gabin, Marlène Dietrich, un rêve brisé, par Jean-Marc Loubier, Ed. Acropole.

 

 

 

 

 

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