Amours de légende: Cary Grant et Randolph Scott

Les grandes passions n’en finissent jamais d’alimenter la légende. Pleins feux sur Cary Grant, acteur gentleman, et Randolph Scott, star du western, officiellement «camarades de chambrée»...

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Par Marie-Claude Martin

 

Les grandes passions n’en finissent jamais d’alimenter la légende. Femina rallume la flamme dans ses numéros estivaux. Pleins feux sur Cary Grant, acteur gentleman, et Randolph Scott, star du western, officiellement «camarades de chambrée».

 

Quel est le comble de l’amour fou? Se suivre dans la mort. Randolph Scott (1898-1987), archétype du héros de western, n’aura survécu que trois mois à Cary Grant (1904-1986), l’acteur au menton en fesses d’ange.

Cette romantique coïncidence, mentionnée dans toutes leurs biographies, suggère ce qui n’a jamais vraiment été reconnu: Cary et Randolph furent, en tout cas au début, «profondément et follement amoureux», selon Richard Blackwell, couturier d’Hollywood avant d’en devenir l’échotier indiscret. Leur «belle amitié» qui dura toute la vie n’est pas sans rappeler les tourments des deux cow-boys de Brokeback Mountain. Pourtant, c’est plutôt du côté de Certains l’aiment chaud, comédie foldingue où tout est possible à condition d’avoir de l’humour, que fait penser leur relation pleine de fantaisie, d’ambiguïté et de tolérance. Il faut dire que les deux hommes avaient une certaine inclination à en rajouter pour énerver les commères. Randolph, un soir de dîner mondain, dédicace son menu: «A mon époux Cary… Randy!» De son côté, l’acteur fétiche de Hitchcock nourrit la rumeur en affirmant qu’il préfère les sous-vêtements féminins, plus confortables.

Si Cary Grant et Randolph Scott ne se sont jamais «outés», ils ne se sont pas cachés non plus, du moins avant la mise en place du code Haynes à Hollywood au milieu des années 30 qui interdisait toute allusion à l’homosexualité. Le couple, qui s’est formé en 1931, a même vécu sous le même toit pendant douze ans, s’amusant des rumeurs et se laissant photographier en situation conjugale: dans leur intérieur glamour, en tête-à tête languissant devant la mer, en Apollon à l’entraînement de boxe ou en maillot de bain sur le plongeoir de leur piscine. La Paramount, qui les lança dans Hot Saturday, voyait dans cette ambiguïté une manière habile de faire la promotion de leurs poulains.

Ménage à trois

Leur cohabitation ne fut pourtant pas sans problème… pour leurs femmes. L’actrice Viriginia Cherrill, première épouse de Cary Grant, demandera le divorce en 1935, un an seulement après lui avoir dit oui pour la vie. Elle ne supportait plus ce ménage à trois. En 1936, c’est au tour de Randolph Scott de convoler avec Marianne Dupont Somerville, de 20 ans son aînée. Mariage qui se solde par un échec trois ans plus tard. Vraisemblablement, les deux hommes mettent un peu d’ordre dans leur vie en 1944 lorsque Randolph épouse Patricia Stillman avec laquelle il restera jusqu’à la fin de ses jours, adoptant deux enfants.

De son côté, Cary Grant se mariera cinq fois et aura une fille, Jennifer. Avec son humour légendaire, il dira de ses échecs matrimoniaux: «Les pauvres, elles pensaient qu’elle avait épousé Cary Grant!» Lui-même aurait rêvé être cet acteur gentleman, élégant et distant, qui inspira à Ian Fleming le personnage de James Bond. Mais il savait qu’il resterait toujours Archibald Leach, petit Anglais prolétaire né pour réparer la mort prématurée de son frère aîné et hanté par une question: pourquoi sa mère, dont il était si choyé, l’a-t-elle abandonné alors qu’il avait 10 ans? Laissé à son sort, il quittera Bristol pour les Etats-Unis en imitant la signature de son père, le petit Archie étant encore mineur. Ce n’est que bien plus tard qu’il découvrira la vérité: sa mère a été internée pour schizophrénie par son père qui voulait refaire sa vie. Pour ne pas abandonner à son tour le petit garçon qu’il était, Cary Grant donnera son nom de baptême à son chien et à plusieurs de ses personnages. Il le peut puisqu’il est considéré comme le premier acteur indépendant de Hollywood, décidant de ses films et des réalisateurs avec lesquels il veut tourner.

En déshabillé à plumes

Randolph Scott n’a pas du tout le même profil. Issu d’une famille aisée de Virginie, il fait des études d’ingénieur avant de découvrir sa vraie passion, le football. Passion à laquelle il devra renoncer à la suite d’un accident. Au cinéma, il est l’incarnation des valeurs américaines: droiture, loyauté, patriotisme. Dans les années 50, devenu producteur avisé (il s’est retiré du cinéma multimillionnaire) et maître de son destin, l’acteur au visage buriné est la star du western grand public.

A l’opposé, Cary Grant est le génie de la comédie loufoque. Il excelle dans l’excentricité naïve, l’autodérision et le charme narquois. C’est aussi parfois un inquiétant séducteur comme chez Hitchcock qui a su jouer de son ambivalence sexuelle, notamment dans une scène de La Main au Collet où il le fait hésiter dans la rue entre sa fiancée et un jeune éphèbe. Howard Hawks dans L’Impossible Monsieur Bébé (1938) va même plus loin en l’habillant d’un peignoir en plumes, déshabillé qu’il doit porter en attendant que ses vêtements reviennent du teinturier. Surpris dans cet accoutrement par une voisine, il s’excuse en disant: «Oh, je crois que je voulais juste être gay!» Réplique à double sens puisque «gay» peut aussi bien signifier homosexuel que frivole ou joyeux. Encore aujourd’hui, il y a débat sur la signification de cette improvisation de Cary Grant, la phrase ne figurant pas dans le script.

Alors gay or not gay? C’est le sort des histoires clandestines: elles n’ont pas de scribe officiel. Pour reconstituer cet amour entre Cary le fougueux et Randolph le prudent, il faut passer par des regroupements, des allusions, des indices; décoder les doubles sens et surtout bien regarder les photos où les deux jeunes premiers sont ensemble. Beaux comme des promis.

 

Extrait de Hot Saturday

Bande-annonce de Mon épouse favorite :

 

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