Chômage: Perte d’emploi: et si c’était votre chance?

Se retrouver sans travail du jour au lendemain est souvent vécu comme un drame, surtout en cette période de crise économique

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Par Eva Grau

 


Se retrouver sans travail du jour au lendemain est souvent vécu comme un drame, surtout en cette période de crise économique. Mais il arrive que ce coup du sort se transforme en coup de bol. Ex-chômeurs et experts l’affirment: rebondir est une question d’état d’esprit.

La scène se passe à la fin de l’été 2007. Pascal est convoqué dans le bureau de son rédacteur en chef. Ce dernier lui annonce son renvoi pour motifs économiques après dix-sept ans passés dans l’entreprise. Un coup du sort? Plutôt un coup de chance pour le journaliste. «En me virant, mon employeur m’a fait un cadeau, il m’a permis de me réinventer un futur, se souvient-il. J’ai pris vingt minutes pour vider mon bureau et je suis rentré chez moi avec mes affaires dans deux sacs des… Pompes funèbres. Je n’ai pas pu me résoudre à les jeter, ça me rappelle trop de bons souvenirs.» A quelque chose, malheur est bon, dit-on. En perdant son emploi, Pascal a trouvé l’énergie de démarrer une nouvelle carrière. Il est désormais sophrologue et conseiller en addictions, et tire de son licenciement un bilan plus que positif: «Cela a été une des plus grandes chances de ma vie, un formidable coup de pouce. Pour rien au monde je ne changerais ma situation actuelle contre l’ancienne. J’ai divisé mon salaire par deux, mais ma qualité de vie est dix fois meilleure aujourd’hui.»

Si la perte d’un emploi est sans conteste une épreuve à la fois psychologique et financière, cet événement n’entraîne pas forcément des conséquences dramatiques. En cette période de crise où le taux de chômage grimpe (+0,3% entre décembre 2008 et janvier 2009, davantage chez les jeunes), c’est rassurant. Mieux, un licenciement peut même se révéler bénéfique, affirme Tony Erb, chef du secteur des mesures du marché du travail au Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO): «Lorsqu’elles se retrouvent au chômage, certaines personnes voient prendre fin une situation professionnelle négative entraînant mobbing, burnout ou problèmes de santé causés par la profession exercée.» Patrizia Carriero, conseillère en personnel à l’Office régional de placement (ORP) de Lausanne, le confirme: libéré, on est plus léger pour aller de l’avant. «Bien sûr, il y a le choc à encaisser, explique-t-elle. Mais une fois qu’on a digéré la nouvelle, il faut se demander ce qu’on en fait. Certains chômeurs l’oublient parfois, mais tout est dans l’attitude. L’issue dépend beaucoup de la manière dont on se positionne par rapport à cette perte d’emploi.»

 

«J’ai pris sur moi»

La capacité à rebondir après le chômage serait donc une question d’état d’esprit? L’histoire de Chantal en est l’exemple parfait. En novembre 2007, cette gestionnaire, alors employée dans un bureau de courtage en assurances fribourgeois, se fait mettre à la porte. «Quand je suis rentrée chez moi, je n’ai pas réalisé ce qui m’arrivait, raconte-t-elle. J’étais détruite. Je me retrouvais seule avec deux enfants à élever, j’avais besoin de ce travail. Mais par respect envers moi-même, je n’ai pas pu me laisser sombrer. Tout de suite, je me suis mise à chercher du boulot. J’ai répondu à une annonce sur le Net et je me souviens avoir dit à mon ami: «Si je décroche l’entretien, j’ai la place.» Et ça a marché. J’ai pris sur moi, je me suis montrée motivée et on m’a engagée. Aujourd’hui, je me reconstruis grâce à mes nouveaux collègues. Je suis tombée sur une superéquipe et j’ai une très bonne place de travail. J’ai même repris mes études pour passer mon brevet fédéral. Pour moi, c’est vraiment important de laisser ce mauvais souvenir derrière moi.»

Edna Didisheim, psychologue du travail à Lausanne, confirme que les personnes qui retrouvent le plus facilement un emploi sont celles dont les capacités de résilience sont les plus grandes. Mais encore faut-il faire le deuil de son ancien travail, de sa fonction, voire de sa position sociale. «Il est important de s’en donner le temps, pour ne pas subir plus tard un effet boomerang, confie-t-elle. Oser pleurer, être en colère, en parler à ses proches permet d’éviter une casse pouvant aller jusqu’à la décompensation ou à la dépression.» Une fois franchie cette étape, on se retrouve alors au premier jour du reste de sa vie. Et là, «si on a la force de caractère pour considérer le chômage comme une opportunité, c’est un atout, poursuit la psychologue. C’est l’occasion de retrouver un emploi où, par exemple, on pourra exploiter ce qu’on aime faire et pas seulement ce qu’on sait faire».

 

Oser la reconversion

Lorsqu’il a été licencié, Pascal suivait déjà une formation de sophrologie en parallèle avec l’intention de bifurquer vers cette voie. Se retrouvant sans emploi, il a ainsi pu entamer une deuxième carrière, à l’âge de 51 ans. Mais une réorientation professionnelle implique un gros sacrifice financier. La loi est très claire: si la reconversion relève d’un choix personnel, ce n’est pas à la collectivité de payer une nouvelle formation. Comme le rappelle Tony Erb, du SECO, «le but n’est pas de faire des chômeurs heureux, mais de les insérer là où c’est possible, et aussi vite que possible». Seules exceptions: si la profession exercée connaît une grave crise ou lorsqu’on ne peut plus exercer son métier pour raisons médicales. «Si une coiffeuse développe une allergie aux produits chimiques qu’elle utilise ou qu’un boucher souffre de problèmes de dos, poursuit Tony Erb, l’assurance chômage leur paiera une nouvelle formation pour leur permettre de retrouver un emploi.» Quant aux personnes sans qualifications, l’ORP peut leur proposer des cours ou stages pour compenser autant que possible l’absence de diplômes et favoriser leur insertion. «Je me souviens d’une jeune chômeuse qui n’avait exercé que de petits jobs comme le nettoyage de locaux, raconte Patrizia Carriero. Je l’ai inscrite à des cours de gestion de stock informatisé et aujourd’hui, elle travaille comme magasinière. C’est une belle réussite.»

 

La voie de l’indépendance

Faire cavalier seul est risqué, mais c’est aussi une manière de sortir du chômage. L’ORP prévoit également un encadrement pour les personnes ayant choisi de devenir indépendants. «Du moment que les gens se jettent à l’eau, autant leur donner une bouée, déclare Tony Erb. Cela leur donne le temps de voir si leur projet serait viable.» Car lorsqu’on est à son compte, en cas de faillite, on n’a pas droit à des indemnités chômage! «Certains renoncent, car c’est trop risqué, et continuent à chercher du travail comme employé, alors que d’autres poursuivent leur projet coûte que coûte, dit Patrizia Carriero. J’ai connu un demandeur d’emploi qui s’est lancé comme indépendant malgré toutes mes réticences. Je pensais qu’il n’y arriverait pas et pourtant, aujourd’hui, son entreprise tourne. C’est magnifique de voir quelqu’un qui réalise son rêve. C’est bien la preuve que le plus important, c’est d’y croire.»

 

5 conseils pour rebondir

Rassurez-vous. Un licenciement ne doit pas remettre en cause vos capacités. Il ne faut donc pas perdre confiance en vous, d’autant qu’à moins d’une faute professionnelle grave, vous n’êtes pas responsable de la décision de votre employeur. Alors une fois le choc passé, tournez la page et pensez à votre avenir.

Bougez-vous. Vous avez besoin d’un break pour récupérer? Offrez-vous une pause. Mais n’en profitez pas pour perdre votre rythme de vie. On prend vite de mauvaises habitudes qui ne rendent que plus difficile l’adaptation à un nouveau job. Paradoxalement, la période de chômage doit être aussi – si ce n’est plus – active que lorsqu’on est en emploi. Prenez les choses en main, c’est le meilleur moyen de vous sentir maître de votre destin.

Renseignez-vous. Vous cherchez un emploi? Faites-le savoir autour de vous. Collègues, employeurs – passés ou présents – amis, connaissances, ou encore membres de clubs de sport: tous les contacts sont bons. En un mot, réseautez! C’est souvent le meilleur moyen de s’informer sur les postes disponibles et d’être au courant avant que l’annonce ne soit publiée dans la presse.

Formez-vous. Les offices régionaux de placement (ORP) proposent toute sorte de stages, cours et emplois temporaires subventionnés destinés à se perfectionner, voire à se réorienter pour retrouver plus facilement un travail (www.espace-emploi.ch). Entre 30 et 40% des chômeurs en bénéficient chaque année. Vous voulez tout reprendre à zéro et apprendre un nouveau métier? Direction le Centre d’orientation régional: il recense les formations pour adultes existant dans le canton (www.orientation.ch). N’oubliez pas qu’un «trou» sur un CV est suspect, alors autant prouver que vous avez utilisé cette période de non-emploi à bon escient.

Lancez-vous. Vous avez toujours rêvé d’être votre propre patron? C’est l’occasion de vous lancer en indépendante. Elaborez un projet et déposez-le auprès de votre conseiller à l’ORP. S’il est approuvé, vous aurez jusqu’à nonante jours ouvrables, soit quatre mois et demi, pour monter votre affaire tout en continuant à toucher vos indemnités.

 

Pour en savoir plus

 

A lire

La peau du homard,
Aimé Corbaz,
Editions Favre.

 

 

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