Un voyage, un sentiment de ras-le-bol, une trahison... Il a suffi d'un grain de sable pour que la machine bien huilée de leur vie se grippe, les forçant à tout remettre en question. Récit de quatre révolutions personnelles réussies.
«… je voulais passer ma vie à voyager»
Sonia, 33 ans, vit sac au dos depuis 10 ans
Avant: J’ai toujours aimé l’ailleurs. Ma mère est Grecque, je navigue depuis toute petite entre deux cultures. J’imagine que cela a facilité mon ouverture à la différence. J’ai fait un premier séjour en Asie à 18 ans, en Thaïlande, des vacances de trois semaines qui ont bouleversé quelque chose en moi. J’ai rencontré des voyageurs, et cela m’a donné envie de vivre comme eux. Mais je voulais finir mes études.
Le déclic: A 23 ans, mon diplôme en poche, j’ai pris un billet sans retour pour l’Indonésie. Après trois jours dans ce pays inconnu, j’avais l’impression d’y avoir passé des mois. Tout semblait aller de soi, comme si j’avais fait cela toute ma vie: me déplacer, me nourrir, communiquer, marchander… Je suis restée un an sur les routes d’Asie du Sud-Est et de l’Inde, et j’ai compris que c’était ainsi que je voulais vivre.
Aujourd’hui: J’ai très vite compris que, si je mettais le pied dans le système, avec un travail fixe, des impôts et un certain confort, il me serait plus difficile de reprendre la route. J’ai donc organisé ma vie en fonction. Je reviens en Suisse pour des jobs temporaires, avec une date de départ déjà fixée. Là, cela fait plus d’un an que je ne suis pas rentrée. Je prends le temps de vivre, sans agenda, sans contrainte, en suivant mon intuition, l’outil le plus important du voyageur.
Avec le recul: J’ai découvert des paysages, des gens, sur place mais aussi des voyageurs comme moi, la plongée, les treks. C’est un enrichissement permanent dont je ne me lasse pas, malgré les sacrifices. Financiers notamment. Et malgré quelques séparations amoureuses ainsi que le fait de vivre loin de ma famille. Mes racines ne me manquent pas, car j’ai l’impression d’être chez moi partout. La faculté de pouvoir s’adapter et de vivre loin de ses repères développe la confiance en soi et aussi une meilleure relation à soi. Aujourd’hui, j’ai envie de me poser plus longuement à certains endroits. J’ai même l’intention de m’inscrire à l’université et d’apprendre l’hindi pour mieux comprendre ce pays qui m’attire depuis tant d’années…
«… je n’aimais pas réellement mon mari»
Alyssa, 34 ans, s’est mariée à 20 ans, a divorcé à 26 ans
Avant: Je me suis mariée à 20 ans avec le garçon qui partageait ma vie depuis deux ans déjà. On vivait une relation très fusionnelle, on s’était créé une histoire parfaite dans un monde bien à nous. Quatre mois après notre rencontre, nous nous sommes mis en ménage, ouvrant un compte commun. On s’était rencontrés dans une soirée gothique, on était fans de Cure et des Sisters of Mercy, on voulait faire un groupe ensemble, lui au synthé, moi au chant. Pourtant, dès le début, j’ai su que je ne pourrais pas faire ma vie avec lui, mais c’était ce dont j’avais besoin à ce moment-là. On se reposait l’un sur l’autre, après des adolescences difficiles au niveau familial. C’était la première fois que j’avais une stabilité.
Le déclic: Je commençais à étouffer dans ma cage dorée, cela n’allait pas sexuellement entre nous, j’avais envie d’aller de l’avant. Après cinq ans de mariage, il m’a trompée. Cela a déclenché un processus qui a quand même duré deux ans, pendant lesquels nous avons beaucoup discuté de notre relation. On se disait qu’on était trop centrés sur nous-mêmes, qu’on devait grandir, être indépendants. Il a déménagé, et je me suis sentie soulagée.
Aujourd’hui: Après mon divorce, je me suis éclatée pendant cinq ans, comme pour vivre l’adolescence que je n’avais pas eue. J’ai mis du temps à m’en remettre, mais aujourd’hui je vis une nouvelle relation dans laquelle je m’épanouis complètement, alors que je croyais que cela ne m’arriverait plus jamais. Nous vivons ensemble et avons des projets pour l’avenir. Je pourrais me remarier, mais je n’en vois pas l’intérêt.
Avec le recul: A l’époque, je disais que je me mariais par amour. Aujourd’hui, je pense que c’était juste parce qu’il me l’avait demandé et j’étais flattée que quelqu’un m’aime autant. Je m’en veux d’être restée si longtemps. Mais cette histoire m’a aussi appris à savoir ce que je voulais et ce que je ne voulais pas. Je me suis promis d’être toujours honnête envers moi-même.
«… j’étais, en fait, homo»
Adriana, 29 ans, a changé d’orientation sexuelle
Avant: Je vivais une période de ras-le-bol général, au travail et dans ma vie privée, avec une rupture difficile. A 23 ans, j’ai décidé de tout plaquer pour partir faire de l’humanitaire. Je voulais voyager un peu avant, donc j’ai vidé mon compte épargne et me suis acheté un billet ouvert tour du monde. Mais les choses ne se sont pas passées comme je pensais. Lors de ma première étape, au nord de la Thaïlande, je suis tombée malade dans le train. J’ai fait une crise d’appendicite et j’ai dû être opérée dans un hôpital plus que vétuste. J’ai refusé d’être rapatriée. Je suis allée me rétablir au Japon, puis suis partie en Australie, où j’ai eu un accident de voiture, une collision avec un kangourou au milieu du bush… Je me suis cassé le pied et quelques dents. Là encore, j’ai refusé le rapatriement. Je suis allée ensuite en Nouvelle-Zélande, avec mon pied dans le plâtre, et là j’ai craqué, mes dents sont tombées, je n’en pouvais plus. Je vous épargne les détails du voyage de retour, 40 heures, un avion qui ne décolle jamais, etc.
Le déclic: A mon retour, je discutais avec mon meilleur ami et je me disais que ce n’était pas possible, tout ce qui m’était arrivé en quatre mois, alors que je n’avais jamais rien eu auparavant. Je me posais des questions sur mon identité sexuelle, et je me suis dit que j’aurais pu mourir plusieurs fois sans savoir qui j’étais vraiment. J’ai donc pris les choses en main et suivi les conseils de mon meilleur ami, qui me poussait à m’inscrire sur des sites de rencontre.
Aujourd’hui: J’ai mis un an à embrasser une fille. Au début j’ai aussi dit que j’étais bi, mais là je suis certaine de mon homosexualité. Je vis avec une fille depuis plus de deux ans. Je suis plus affirmée. Mes amis disent même que je suis plus féminine.
Avec le recul: Je regrette d’avoir perdu du temps. Au fond de moi, je le savais, je n’étais pas heureuse, il me manquait un truc, mais je n’osais pas. J’avais quelques appréhensions vis-à-vis de mon entourage, mais mes amis ont bien pris la chose.
«… je n’étais pas fait pour mon travail»
Luca, 40 ans, a quitté un poste de cadre international pour devenir chaman
Avant: J’étais ingénieur en télécommunications dans une grande multinationale, un poste à responsabilité qui me passionnait. Et je travaillais comme musicien professionnel, avec des tournées, des enregistrements. Je gérais bien les deux activités, mais être musicien, ce rêve d’enfant, me procurait une grande joie intérieure.
Le déclic: J’ai décidé de quitter mon poste d’ingénieur en décembre 2003, après quatre jours passés à la montagne, seul à méditer. Le changement de vie m’est apparu clairement, je devais me réaligner avec ma nature profonde afin de l’exprimer pleinement, ce que je ne pouvais pas faire dans mon univers professionnel.
Aujourd’hui: J’ai ouvert un cabinet de thérapies énergétiques (www.essenceciel.ch). Un problème de santé, fin 2000, m’a terrassé. Une rencontre importante m’a initié au yoga et à la sophrologie. Des visions me sont apparues régulièrement. La suite est aussi une question de rencontres, tout se manifeste naturellement une fois que l’on a trouvé sa place. Mon parcours m’a appris à mourir et à renaître sans arrêt, à m’abandonner avec humilité à ce qui nous dépasse, à embrasser le changement, à regarder avec les yeux du cœur, à accepter mon humanité pour retrouver ma divinité, cette source d’amour infini que nous avons en chacun de nous. J’ai retrouvé une confiance totale en la vie, qui me permet aujourd’hui d’être à son service, de donner, et d’accompagner ceux qui viennent me trouver vers leur chemin personnel. Le mot qui convient le mieux à mon activité est chaman.
Avec le recul: On m’a traité de fou à l’époque. J’avais un salaire très élevé, et j’ai dû revoir mon niveau de vie. Ma vision du monde a radicalement changé, ce qui a amené une redistribution totale des cartes sociales autour de moi. Il y a des appels qu’on ne peut nier, qui nous emmènent là où toute trace de séparation disparaît pour laisser place à notre essence profonde. Aujourd’hui je vis totalement dans l’instant présent.
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