Cannabis: Doit-on fliquer nos ados à la maison?

Simple à utiliser, NarcoCheck permet de déterminer la présence de cannabis dans les urines. Bientôt commercialisé en France, ce test est disponible en Suisse via Internet.

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Par Elodie Arnaud

 

Simple à utiliser, NarcoCheck permet de déterminer la présence de cannabis dans les urines. Bientôt commercialisé en France, ce test est disponible en Suisse via Internet.

 

FEMINA Quel est le sentiment de l’ISPA sur ce test ?

CORINE KIBORA Ce n’est pas un bon moyen pour aborder les questions de drogue avec un adolescent. La consommation de drogue est souvent liée à d’autres problèmes et il est préférable que les parents aient recours à un professionnel en cas de doute, plutôt que de tester eux-mêmes leur enfant. Ce test leur donne uniquement l’illusion qu’ils peuvent maîtriser quelque chose.

Ce test est-il fiable ?

Malgré toutes ses promesses, ce test n’est pas fiable à 100% ; il peut notamment donner de faux résultats positifs. De plus, un simple test ne permettra jamais de renseigner les parents sur des données essentielles entourant la consommation de cannabis, telles que sa fréquence, son contexte ou encore son impact sur la vie de l’adolescent. Or ces informations sont très importantes !

Peut-on envisager ce test comme un instrument éducatif ?

On peut supposer que le test puisse avoir un léger effet de contrainte : l’adolescent préfèrera peut-être « avouer » qu’il consomme du cannabis plutôt que de se soumettre au test. Quoi qu’il en soit, si on se résout à l’utiliser, il faudra de toute façon en discuter avant avec l’adolescent puisqu’il s’agit d’un test d’urine impossible à effectuer à son insu ! Mais nous doutons fortement du rôle préventif d’un tel outil, spécialement quand le dialogue est rompu.

Comment les parents vont-ils gérer un résultat positif ?

C’est bien le cœur du problème ! Sans parler de la question préalable de savoir comment ils pourront contraindre leur enfant à faire le test… Si le test est positif, les parents ne disposent alors que d’un commencement de preuve qui ne leur servira pas à grand-chose en l’absence de dialogue avec leur enfant. Je leur conseillerais vivement d’aller consulter un spécialiste ensemble.

Un tel test ne risque-t-il pas d’être perçu comme intrusif, voire humiliant, par un adolescent ?

C’est en effet une intrusion extrême dans l’intimité de leur enfant, car un test d’urine va bien plus loin que la simple fouille dans la chambre ou dans les poches de son enfant, fouilles que nous déconseillons toujours aux parents. En pratique, on observe d’ailleurs que les adolescents laissent eux-mêmes derrière eux, plus ou moins consciemment, des signes pour alerter leurs parents.

Est-il souhaitable que les parents puissent tout savoir de leur enfant ?

La recherche du risque zéro est une vraie dérive dans notre société où les parents sont tentés de tout vérifier, tout contrôler. En allant trop loin, ils risquent de signifier à leur enfant qu’ils ne lui font pas confiance, même si je peux comprendre leurs angoisses. Mais le maître mot est le dialogue, au besoin via l’intervention d’un professionnel si la situation est trop tendue.

 

Bio Express

Corine Kibora est Porte-parole de l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA). L’ISPA est une organisation privée, indépendante de tout parti politique, reconnue d’utilité publique.

 

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