Dossiers
En ouvrant un cabinet d’esthétique avec son amie Laurence, Katia, 45 ans, n’imaginait jamais que cette dernière la trahirait. Elle raconte.
«Lorsque j’ai rencontré Laurence, elle était apprentie dans le salon d’esthétique où je travaillais. On s’est vite bien entendues pour devenir de bonnes copines. Le jour où Laurence a repéré des locaux, cinq ans plus tard, et m’a proposé d’ouvrir notre boîte, je me suis dit: «Pourquoi pas?» On avait plein d’idées, on était motivées. Seule, je ne me serais jamais lancée dans l’aventure, mais à deux, c’était un joli projet. On a mis chacune 25?000 francs pour acheter le matériel et c’était parti.
Notre salon a ouvert ses portes en 1998
Comme je bossais depuis longtemps, j’avais déjà une clientèle. J’ai décidé que l’on ferait fifty-fifty sur les recettes également en ouvrant mon carnet d’adresses à mon associée. C’était réglo, on partageait tout. Les deux premières années ont été un peu difficiles, ce qui est normal lorsque l’on se met à son compte. Puis notre affaire a commencé à tourner.
Depuis le début, Laurence s’est chargée de la comptabilité
Cela m’arrangeait: je déteste la paperasse! Je préfère l’aspect artistique et humain de notre métier. Je décorais les vitrines, je travaillais avec les représentants. La compta lui prenait du temps, disait-elle. Elle faisait cela au salon mais aurait aimé s’en occuper à la maison. Je lui ai proposé de consacrer un jour ou deux pour s’en charger, mais elle a tellement insisté que j’ai fini par lâcher. Les classeurs et les livres de compte sont partis chez elle. Chaque année, elle remettait le bilan à une fiduciaire pour notre déclaration d’impôt.
Mon ex-mari a commencé à avoir des doutes
Il trouvait bizarre que Laurence ait tout rapatrié à la maison. Mes parents m’ont fait la même remarque, mais moi, je les ignorais. C’était simple: je ne voulais rien entendre. Quand on me demandait quel chiffre d’affaires réalisait notre petite entreprise, ça m’agaçait. Je répondais évasivement en répétant que j’avais une bonne paie et que ça me suffisait. En fait, je n’ai jamais gagné autant que mon salaire d’employée. Les vitrines, je les réalisais avec de la récup: je pensais toujours que l’on était un peu serrées.
Une chose aurait dû me mettre la puce à l’oreille
Laurence trouvait ridicule que l’on investisse dans une caisse enregistreuse. «Tu vois, tous nos rendez-vous sont notés dans l’agenda du salon. On encaisse, c’est inscrit, il n’y a pas besoin de faire des tickets.» C’était vrai. J’aurais aussi pu m’étonner que Laurence dépense tant dans les fringues, qu’elle change de voiture chaque année et déménage tout le temps, mais je ne me suis doutée de rien. Jusqu’au jour où j’ai voulu travailler moins.
On en a parlé et Laurence a suggéré de racheter ma part
C’était logique, je deviendrais son employée avec un salaire à 60%. Ce qui ne l’était pas, c’est la proposition qu’elle m’a faite. Sur un papier, elle avait listé le matériel et le stock, qu’elle estimait à des clopinettes. Genre un franc symbolique pour les huiles et gommages. En allant consulter un agent d’affaires, j’ai compris la magouille. «Est-ce que vous connaissez bien la personne qui vous fait cette proposition?, a-t-il questionné. Une chose saute aux yeux, elle veut vous arnaquer. Ne signez jamais ce document!»
De retour au salon, je n’arrivais pas à y croire
Comment Laurence avait-elle pu me faire ça? Face à elle, j’ai attaqué. Je lui ai demandé notre chiffre d’affaires, je voulais voir les livres de rendez-vous, qui sont des pièces comptables. «Quoi? Tu me traites de voleuse?» m’a-t-elle lancé avec aplomb avant de m’avouer qu’elle avait détruit les agendas des quatre dernières années. Finalement, j’ai pu récupérer un carnet. Le cœur battant, j’ai passé quatre heures à le décortiquer. Pour réaliser que Laurence s’était mis quelque chose comme des dizaines de milliers de francs par année dans les poches. Au lieu d’amener la totalité des recettes de la journée au trésor de nuit, elle en gardait une partie. D’abord, j’ai cru que notre comptable était dans le coup, mais j’ai su plus tard qu’il pensait que j’étais au courant qu’il y avait des bugs. Que j’étais d’accord de cacher nos gains.
L’argent, c’est une chose, mais le fait que Laurence me mente ainsi, chaque jour depuis trois ou quatre ans, était pire que la perte matérielle. L’avocat que j’ai consulté m’a conseillé de porter plainte contre elle, mais je ne l’ai pas fait. Je lui en voulais d’avoir tout fichu en l’air, mais je devais me reconstruire et ne pas rester dans la rancœur. Je me suis contentée de garder sa part de 25?000 francs et basta. Les temps qui ont suivi ont été pénibles. Pire que mon divorce. Est-ce que notre amitié était sincère? Est-ce que Laurence pensait à m’utiliser depuis le début? Je me posais plein de questions. Prise de panique, je me réveillais en sueur au milieu de la nuit en rêvant que le sol s’ouvrait sous mes pieds.
Mes proches m’ont soutenue sans en rajouter
C’est vrai que j’ai été d’une naïveté incroyable. J’ai joué les autruches et je m’en veux. Dans un premier temps, j’ai pensé envoyer balader mon salon et redevenir l’employée d’un patron. Puis je me suis assommée de travail et j’ai décidé de continuer comme avant. Sauf que j’ai désormais énormément de peine à faire confiance… Quand un représentant débarque au salon avec l’offre de l’année, je gratte jusqu’à ce que j’en sois persuadée! Côté comptes, c’est mon nouveau mari qui s’en charge sous mon œil vigilant. Et je dois admettre que je ne fais plus la même confiance, en amitié. Dommage, mais je suis devenue extrêmement méfiante.
Au salon, les clientes se sont étonnées de ne plus voir Laurence
J’ai raconté la vérité, mais les rumeurs les plus folles ont circulé dans la petite ville où je travaille. Comme quoi j’avais viré mon associée et que je piquais dans la caisse. Cela ne m’a pas touchée. J’ai gardé ma clientèle et récupéré une bonne partie de la sienne. Le dernier coup bas qu’elle m’a fait? Figurez-vous qu’elle a ouvert un nouveau salon à 300 mètres du mien. Eh oui, c’est ma punition pour ne l’avoir pas poursuivie en justice! De temps en temps, je la croise. Elle détourne la tête comme si elle voyait le diable. Et aujourd’hui, j’en rigole.»
Et vous, avez-vous déjà été trahie par une amie? Réagissez...
Je ne fais plus la même confiance, en amitié.
Dommage, mais je suis devenue extrêmement méfiante.























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