À lire aussi
Dossiers

Après ses études en sciences de l’éducation, Léa, 26 ans, n’a pas trouvé tout de suite du travail. Elle s’est inscrite au chômage où le premier contact avec son conseiller en placement s’est très mal passé.
Notre «relation» a mal commencé dès le départ
Déjà, il avait trente minutes de retard. J’ai appris par la suite que ce temps d’attente était habituel et qu’en tant que chômeur on a intérêt à ne pas s’en offusquer. Il s’agissait de mon premier contact avec ce milieu et cela m’a surprise, pour ne pas dire stressée. D’autant que nous étions une vingtaine de personnes, entassées dans une minuscule salle d’attente ne contenant que quatre places assises. J’étais donc debout, crispée, lorsque celui qui allait devenir mon conseiller en placement ORP (Organisation régionale de placement, ndlr ) est apparu dans l’encadrement de la porte. Je me souviens que je l’ai regardé avec un certain étonnement, tant il semblait excédé de ne pas se souvenir du nom de la personne qu’il venait chercher! Il a bredouillé toutes sortes d’informations avant que je me rende compte qu’il s’agissait de moi. J’ai rougi, et d’un bond, je l’ai suivi.
Dans son bureau, il m’a proposé un siège mais n’a pas fermé la porte
Cela m’a gênée. Tout le monde pouvait entendre ce que je lui racontais et me voir en train de lui parler. Franchement, on ne peut pas dire que je me sois sentie à l’aise. Cela ne s’est pas amélioré lorsque j’ai constaté qu’il n’avait pas mon dossier sous la main alors qu’à l’office du chômage on m’avait bien précisé que je n’avais rien à apporter. Prudente, j’avais glissé mon CV dans mon sac juste avant de partir. J’avais bien fait. Cela nous a permis de démarrer ce premier entretien. Il avait l’air particulièrement emprunté par ma formation en sciences de l’éducation et m’a demandé en soupirant si je voulais faire de la recherche dans ce domaine. A ce moment-là, j’ai bien vu qu’il ne savait pas de quoi il s’agissait alors qu’il était censé être un spécialiste. Comme mon stress n’avait guère eu l’occasion de s’atténuer, que la situation devenait de plus en plus tendue et l’ambiance pesante, j’ai eu le malheur de lâcher: «Oui, j’aimerais bien faire de la recherche, mais bon je peux aussi être caissière au supermarché d’à côté!» J’ai tout de suite regretté mon humour noir, je n’aurais jamais dû le provoquer…
L’homme s’est redressé sur sa chaise et s’est mis à hurler
Il m’a demandé si je voulais sortir tout de suite de son bureau puis m’a menacée en pointant son index dans ma direction: «Ne me faites plus jamais ça, vous m’entendez, plus jamais!» Je me suis excusée en expliquant que ce n’était pas facile pour moi d’être là. J’ai failli éclater en sanglots. Il a poursuivi en me signifiant que ce que j’avais dit était très grave, et il a répété qu’il ne voulait plus jamais entendre cela. Je dois reconnaître qu’à ce moment-là, je me suis sentie dans la peau d’un déchet de la société. Une moins que rien. Une nulle qui ne vaut pas un sou. Aujourd’hui, quand j’y repense, je me dis qu’après cinq ans d’études universitaires et un master en poche, je n’aurais jamais imaginé devoir un jour passer par une telle épreuve.
Pour me donner une leçon, il m’a alors punie
Il a supprimé 600 francs aux indemnités que j’aurais dû recevoir à la fin du mois, prétextant que je n’avais pas envoyé suffisamment de demandes d’emploi dans le temps imparti. En réalité, j’en avais fait parvenir assez, mais réparties à parts inégales sur les trois derniers mois. Il s’agissait bel et bien d’une punition. Il s’en est même expliqué: «Avec vous, je vais devoir prendre des mesures de répression, vous êtes d’accord?» Vu l’état de la situation, que pouvais-je répondre? J’ai réussi à sortir: «Je n’ai visiblement pas d’autre choix. Il a conclu par un sadique et autosuffisant: «Non, en effet!»
On ne peut pas dire que la suite de l’entretien se soit mieux déroulée
Il m’a proposé de travailler dans des projets humanitaires en Roumanie. Cela m’a indignée. Je ne connais rien à l’humanitaire! Et je ne comprends toujours pas pourquoi sous prétexte que l’on soit inscrit au chômage, on doit accepter n’importe quoi. J’ai eu l’impression de perdre une partie de moi-même, me suis sentie rabaissée. Il a aussi exigé que je téléphone aux secrétariats de toutes les écoles privées du canton pour leur demander si elles voulaient bien de moi. Comme si j’étais un paria dont personne ne voulait. C’était d’autant plus frustrant, rageant et humiliant que je sais bien que les écoles privées ne font pas de recherches en éducation et que je n’ai pas du tout suivi la formation pour enseigner.
Dans ma tête, tout se bousculait
Je savais aussi que je devais fournir au chômage mon diplôme pour avoir droit aux indemnités, mais comme il n’est délivré qu’une fois par an en novembre et que j’avais achevé mes études en février, l’administration ne pouvait pas me le procurer. J’avais espéré l’aide de mon conseiller pour régler cet aspect administratif. J’ai vite compris que je n’allais même pas aborder le sujet. Je me sentais enfermée dans un cercle vicieux et ne voyais pas comment j’allais pouvoir en sortir. La situation semblait empirer à chaque seconde. J’avais vraiment besoin d’une aide financière. Ce conseiller tout-puissant qui aurait pu alléger le poids de ma réalité parce qu’il en a le rôle et la fonction, ne faisait que me plonger dans une vision très noire de mon avenir. Je me suis vue chômeuse à vie, demandeuse d’emploi déchue, sans plus aucune dignité, ni plus de confiance. J’étais consternée. En état de choc latent.
Le lendemain de cet entretien, j’ai reçu une réponse positive pour un travail à Berne. En apprenant la nouvelle, le mal de ventre qui s’était installé en moi à la seule idée de devoir faire face à nouveau à mon conseiller ORP a disparu comme par miracle.
Aujourd’hui, je suis installée à Berne et je me rends compte que j’ai mûri
Même si ce n’est pas facile tous les jours de devoir travailler en allemand, loin de mes proches. Eh bien, je m’accroche, parce que je connais ma chance d’avoir un travail et que pour rien au monde je ne voudrais me retrouver une nouvelle fois au chômage. Quant à mon conseiller tout-puissant, j’ai tenté de l’informer directement de ma nouvelle situation, mais impossible de le joindre. Je lui ai également fait parvenir une demande d’aide pour des cours d’allemand. J’attends encore sa réponse.»
Il m’a demandé si je voulais sortir tout de suite de son bureau puis m’a menacée en pointant son index dans ma direction.























Publier un nouveau commentaire