«2000 kilomètres nous séparent depuis huit ans!»

Sarah et Mateo, 25 ans, se connaissent depuis qu’ils sont petits. Entre l’Espagne et la Suisse, ils s’aiment à distance depuis leurs 17 ans. Une histoire d’amour...

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Par Aline Jaccottet

 

Sarah et Mateo, 25 ans, se connaissent depuis qu’ils sont petits. Entre l’Espagne et la Suisse, ils s’aiment à distance depuis leurs 17 ans. Une histoire d’amour et de racines qui dément le dicton «loin des yeux, loin du cœur»…

 

Je peux dire que je connais Mateo depuis toujours

Ses parents sont originaires du même village que ma mère et il a vécu en Suisse jusqu’à ses 5 ans. Quand j’étais petite, il me terrorisait, et je me cachais sous le lit quand il venait! Cette histoire nous a poursuivis toute notre adolescence… et nos mères nous la rappellent encore maintenant! Comme lui, je suis d’origine espagnole et j’ai toujours passé mes vacances d’été dans le village de mes parents. Au fil du temps, des groupes d’amis se sont formés et, vers 14-15 ans, chacun avait sa bande. Dans la mienne, toutes les filles craquaient pour Mateo. Mais moi, j’étais à des kilomètres de penser à l’amour! J’adorais la musique et la danse, et j’étais trop absorbée par mes passions pour que les garçons m’intéressent vraiment. Leurs histoires de filles me faisaient rire, sans plus.

J’ai passé l’été de mes seize ans en compagnie de sa cousine

Elle était un peu comme une grande sœur pour moi, nous nous entendions très bien. Cela m’a permis de me rapprocher de lui. Nous avons passé des heures tous les trois… Quand je suis repartie, je leur ai beaucoup écrit, comme je le faisais avec tous mes amis: c’était une tradition de s’envoyer des dizaines de lettres entre deux séjours! Une année plus tard, j’ai passé mon été seule dans le village et quand j’ai revu Mateo, j’ai senti que quelque chose avait changé. Il m’a fait comprendre qu’il avait un intérêt pour moi, mais j’étais paniquée à l’idée de perdre son amitié et il m’était difficile de savoir ce que je  ressentais. Rien ne s’est donc passé entre nous, et l’été s’est déroulé sous le signe de la légèreté même si la perspective de mon retour en Suisse nous faisait mal au cœur. C’est là que les premières questions sont apparues: je me suis demandé si c’était ça, l’amour, et où ça nous mènerait. Et le jour de mon départ, comme il n’avait pu être là, j’ai donné une de mes bagues à ma cousine, pour qu’elle la lui transmette… Cela fait maintenant presque dix ans qu’il l’a.

Nous nous sommes rapprochés durant les mois de séparation, en nous écrivant! Il y avait beaucoup de tendresse et de complicité dans nos échanges, mais je crois qu’on se posait encore pas mal de questions sur ce que nous étions l’un pour l’autre. Cet hiver de mes dix-sept ans, je suis partie pour la première fois en Espagne à cette saison. Je n’avais aucune idée de ce qui se passerait quand on se reverrait… On a parlé, on a ri, heureux de se retrouver, et puis au milieu de notre conversation, j’ai réalisé qu’il avait gardé ma bague!

Les choses sérieuses ont commencé l’été d’après

Et tout de suite, des tas de questions se sont posées. Deux mille kilomètres nous séparaient… Nous avons décidé d’y aller tranquillement, et on s’est aussi laissé la possibilité de tomber amoureux de quelqu’un d’autre. On se disait que la distance nous séparerait peut-être. On a eu la chance d’être assez matures pour prendre les choses avec philosophie. Après cet été-là, nous avons échangé de longues lettres que j’ai gardées. Nous nous appelions peu. Ni lui ni moi n’avions la chance de bénéficier des dernières merveilles technologiques! Je me rappelle de ma gêne à téléphoner chez lui et à devoir passer par sa mère pour lui parler… Pour finir, on se donnait des heures de référence pour les appels, un peu comme un rituel.

L’été de mes dix-huit ans, j’ai décidé de lui dire que j’étais amoureuse de lui. Il m’a fallu un courage sans limites! Lui m’a dit que j’étais une des plus belles choses qui lui étaient arrivées dans sa vie. J’ai pensé à ce qu’on avait traversé ensemble, j’ai plongé dans son regard tranquille et ça m’a suffi.

Les années suivantes, Mateo faisait ses études et avait son appartement

Cela nous a permis de vivre ensemble de longues semaines, lors de mes vacances universitaires. Ça nous a sans doute beaucoup  aidés à ne pas nous faire de films l’un sur l’autre et à garder les pieds sur terre.

Partager la vie quotidienne de quelqu’un, ça permet de réaliser qu’il a aussi des défauts! Il ne faut pas croire que les retrouvailles, quand on vit à deux mille kilomètres l’un de l’autre, sont toujours roses: on se dispute, comme tout le monde! On a tous les deux notre petit caractère. Mais si notre relation tient, c’est parce qu’on a franchi les étapes lentement, sans intrusion, en nous respectant… et en respectant surtout notre liberté! Il n’y a pas de miracle: la jalousie peut gâcher n’importe quel amour, surtout à distance. Par bonheur, on n’est absolument pas jaloux! Nous sommes deux esprits libres qui s’aiment et chacun a son chemin de vie bien particulier. Comme je le dis souvent, on est la cerise du gâteau de l’autre.

Mes parents n’ont pas été surpris de mon choix

Il faut dire qu’ils sont, pour moi, un exemple en la matière. Originaire d’une région pauvre, mon père a dû aller travailler à l’étranger très tôt, tandis que ma mère restait au pays. Ils ont tenu plusieurs années comme ça avant de pouvoir enfin se marier. Les échanges entre eux étaient rares, quelques téléphones, quelques lettres, car leurs parents n’acceptaient pas du tout leur histoire. Je dis souvent qu’ils sont une sorte de Roméo et Juliette couleur locale. Lorsque mon père est rentré de l’étranger, ils se sont mariés contre vents et marées. Du coup, ma mère a ri quand elle a appris mon histoire à moi. Elle a souri et elle a dit: il faut croire que dans la famille, on aime la difficulté! La différence avec eux, c’est que Mateo et moi avons une approche différente de notre relation, nous rencontrons d’autres difficultés, mais nous sommes aussi beaucoup plus libres.

Il y a des moments pénibles, c’est vrai

Le plus difficile, c’est son absence lors d’événements qui comptent pour moi, alors que j’aimerais partager avec lui les étapes importantes de mon existence. Il y a deux ans, on s’est séparés momentanément à cause de cette distance et de certaines remises en question. Cette rupture momentanée a été très dure, mais j’ai vite compris que nous avions des choses à régler et que c’était certainement mieux ainsi. Pendant ce temps, j’ai pu réfléchir à beaucoup de choses, me reposer, me plonger dans des activités que j’avais mises de côté… Quand on regarde à l’intérieur de soi avec clarté, sans se voiler la face, l’autre se laisse plus facilement saisir. J’ai retrouvé l’individu en moi, et j’ai pu mieux le comprendre lui. Et puis un matin – on était proche de sa date d’anniversaire – j’ai compris qu’il fallait que je le revoie pour avoir le fin mot de notre histoire. Alors j’ai pris un billet d’avion et je suis partie en Espagne, là où il fêtait son anniversaire. Je crois qu’il a frôlé la crise cardiaque en me voyant! Nous nous sommes immédiatement remis ensemble. Au fond, avancer avec lui, c’est une évidence.

Bien sûr, on voudrait vivre ne serait-ce qu’à 100 kilomètres l’un de l’autre, soyons fous!Comme je suis en train de terminer mes études, j’espère pouvoir bientôt le rejoindre quelque part. Mais je ne me fais pas trop d’illusions, il est difficile de trouver du travail, et encore plus dans mon domaine. Mateo a déjà fait des démarches pour venir travailler ici, pour l’instant sans succès. Mais quoi qu’il en soit, on sait qu’on a besoin de notre propre sphère. Entre nous, c’est une sorte de contrat. Nous respectons les désirs de l’autre, ses rêves, en essayant de les assembler, un peu comme un puzzle. Nos instants ensemble ressemblent à une partie de dominos, où les pièces se rejoignent pour créer une sorte de chemin, et où personne ne perd. Parce que, finalement, comme dit le dicton, être ensemble, c’est regarder dans la même direction… pas se marcher sur les pieds!»

 

On s’est aussi laissé la possibilité de tomber amoureux de quelqu’un d’autre. On se disait que la distance nous séparerait peut être... On a eu la chance d’être assez matures pour prendre les choses avec philosophie.

 

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