Venir au monde, un roman de Margaret Mazzantini

Mère à tout prix. L’auteure de «Ecoute-moi», livre un nouveau mélodrame sur fond de Bosnie...

©

Par Loyse Pahud

 

Mère à tout prix. L’auteure de «Ecoute-moi», livre un nouveau mélodrame sur fond de Bosnie.

 

Certaines naissances ont un historique bien compliqué. Pietro, jeune Romain de 16?ans, ne le sait pas vraiment, mais il est le fruit d’une quête aussi absolue que frénétique. C’est sa mère, Gemma, qui raconte. Avec elle et Pietro, nous partons pour un voyage vérité à Sarajevo, à la fois berceau de l’amour avec le père disparu, et berceau de la naissance de Pietro, pendant la guerre. Les remontées dans le temps ponctuent le récit. Nous vivons le premier voyage de Gemma, étudiante, et son amitié avec un poète bosnien. Assistons à son coup de foudre pour Diego, le maigre photographe de Gênes. Puis il y a la vie du couple à Rome, et la crispation de Gemma sur cet enfant qui ne vient pas.

Dès cet instant, la tonalité du roman bascule. Jusque-là retenue, elle s’emballe, comme Gemma qui tente désespérément la médecine, l’adoption, puis les femmes porteuses ukrainiennes. Elle croit qu’elle perdra son Diego si elle ne lui donne pas d’enfant. Reste Sarajevo, leur ville fétiche. Ils s’y font piéger par la guerre. Le récit fouille les moindres coins de la vie quotidienne dévastée et la hantise privée de Gemma. Celle-ci, en plein siège, finit par organiser la conception de son futur fils. Du moins est-ce ce qu’elle croit. Car en bon mélodrame, seule la fin dévoile la clé. Et cette clé est terrible. On quitte le roman sans le quitter: généreuse, Margaret Mazzantini a le don de nous emporter, et sa Gemma, femme fière, égoïste et angoissée, ne nous lâche plus

L’extrait: «Les Sarajéviens sont tous maigres, l’embonpoint n’existe plus. Je devrais le dire aux femmes de la gymnastique. Problèmes de cellulite? Faites un tour à Sarajevo, on n’y mange pas et on mar che toute la journée. On peut compter les mois de siège sur la tête des femmes âgées, privées de teintures à cheveux, dans les bandes tristes de leurs racines blanches.»

Venir au monde, de Margaret Mazzantini, Ed. R. Laffont, 455 p.

 

Publier un nouveau commentaire