L’absence d’oiseaux d’eau, un roman d'Emmanuelle Pagano

Une femme mariée, mère de quatre enfants, écrit chaque soir à un homme via son ordinateur et une caméra interposée...

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Une femme mariée, mère de quatre enfants, écrit chaque soir à un homme via son ordinateur et une caméra interposée. Elle décide de tout quitter pour lui. Ce roman magnifique nous touche parce il est:

Obsédant La narratrice est écrivaine, elle connaît donc le pouvoir des mots et cède à la tentation de les préférer au réel. Si elle délaisse son mari et ses enfants, c’est pour vivre une passion qui «n’existe pas», physiquement parlant, puisqu’elle est, au début du moins, basée uniquement sur des mots échangés. Les amants mêlent leurs écritures dans une communion sacrée: ils écriront un livre ensemble. Le livre est un cocon qui relie leur corps, le seul lieu où leur amour existe. Au moment où l’on en vient à douter de l’existence de cet homme auquel la narratrice donne tout, le livre bifurque et la rencontre a lieu.

Charnel Les amants se voient dans des hôtels. Du virtuel, on passe à un charnel flamboyant. On a rarement lu écriture si sensuelle, si belle, pour décrire l’amour entre un homme et une femme. Dans cette poésie aquatique, l’homme devient poisson musclé (carpe ou saumon) et la femme rivière: «Tu nages en moi, je sens les coups de nageoires, parfois tu n’as pas assez de place, et tu cognes pour agrandir ton espace d’eau.»

Dangereux L’amour absolu ne résiste pas longtemps à l’épreuve du réel, à la vie à deux dans le même appartement, avec les enfants à charge. Mais la narratrice va jusqu’au bout, sans culpabiliser. Elle prend des risques fous, s’abîme? Le plus important, c’est qu’elle vit intensément. En refermant ce très beau livre, on s’aperçoit que, loin de raconter une histoire hors du commun, il remonte en fait le cours de toute passion amoureuse.  La phrase: «Il suffit qu’on se regarde pour faire l’amour, et lorsqu’on fait l’amour, on ne fait que décliner ce regard.»

L’absence d’oiseaux d’eau, d’Emmanuelle Pagano, P.O.L., 296 p.

 

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