culture

    Véronique Reymond: la revanche d'une grande timide

    La réalisatrice lausannoise sort avec sa complice de toujours Stéphanie Chuat un film émouvant sur la solitude des femmes après 60 ans. Rencontre entre ombre et lumière.

    Publié le 
    18 Septembre 2018
     par 
    Valérie Fournier

    Les téléspectateurs romands se rappellent peut-être de ses traits fins et de sa frange rousse, lorsqu’elle incarnait une bibliothécaire dans la série «A livre ouvert». Une célébrité à l’échelle locale dont Véronique Reymond s’amuse. Car si on la reconnaît parfois dans la rue, il y a surtout ces gens qui venaient à la bibliothèque de Chauderon, à Lausanne (qui a inspiré le décor), pour demander Steve et Christiane, les personnages de cette fiction diffusée sur la RTS en 2014!

     

     

    Comédienne, mais aussi scénariste et réalisatrice, Véronique Reymond est quasi indissociable de sa complice de toujours, Stéphanie Chuat. Les deux amies d’enfance affichent aujourd’hui un joli palmarès, constitué de documentaires, de courts et longs-métrages, dont «La petite chambre», avec Michel Bouquet, évoquant le parcours d’un homme au crépuscule de sa vie qui refuse l’EMS.

     

     

    Leur dernière production se penche également sur une problématique liée à l’âge: la solitude des femmes après 60 ans. Dans «Les Dames», la caméra suit durant une année cinq protagonistes, veuves, divorcées ou célibataires, dans leur quotidien, entre espoir et mélancolie. Cinq seniors bien dans leurs baskets qui désertent les thés dansants (fréquentés essentiellement par des femmes) au profit des sites de rencontre. Si la vie ne les a pas épargnées, leur optimisme et leur ténacité à ne pas se laisser enterrer sont une belle leçon.

    Des seniors actives et positives

    «Il faut venir à une projection en salle, suggère Véronique Reymond. Malgré le sujet c’est impressionnant comme les gens rient». La volonté des deux réalisatrices était très claire: donner la possibilité de s’exprimer à cette partie grandissante de la population.

    «Nous avons pris conscience de ce public lorsque nous étions comédiennes. Il y a ces rangées de têtes blanches qui remplissent les théâtres, notamment à la séance de 17 h, le dimanche. Nous appelions ça les après-midi choux-fleurs, puis nous avons réalisé qu’un jour ce serait à notre tour d’appartenir à cette communauté invisible.»

    Le film a été projeté à Locarno devant 3000 personnes conquises. Il sortira largement dans les salles romandes avec un marathon d’avant-premières en présence des réalisatrices dans une vingtaine de villes. «C’est une période assez ébouriffante, entre la promo des «Dames», l’écriture d’une nouvelle série, le tournage de notre prochain film entre l’Allemagne et la Suisse…» Un jonglage des casquettes qui ne lui a jamais posé problème. «Nous avons tourné un documentaire sur Howard Buten, qui est à la fois écrivain, psychologue et clown. Cela ne lui posait aucun problème de passer de l’un à l’autre. Je l’avais rencontré au CPO, le théâtre que dirigeait ma mère et il m’a beaucoup inspiré.»

     

     

    Véronique avoue que le théâtre lui manque. Elle avait 11 ans quand elle a su qu’elle serait comédienne. Étonnant pour quelqu’un qui se définit comme une grande timide.

    «À l’école, c’était vraiment terrible, quand la maîtresse s’adressait à moi, je ne pouvais carrément pas lui répondre, aucun son ne sortait de ma gorge. J’ai trouvé dans le théâtre une aire de jeu, un moyen d’expression là où, dans la vie, je n’y arrivais pas.»

    C’est à cet âge qu’elle rencontre Stéphanie Chuat qui était tout son contraire. Elles deviennent les meilleures amies du monde dès 14 ans. «J’enviais tellement son côté solaire, sa facilité à s’exprimer et elle, pour sa part, admirait mon côté secret, mystérieux…» Une histoire d’amitié qui rappelle celle de la saga d’Elena Ferrante (qu’elle n’a pas lue), la rivalité en moins.

    5 films à voir (sans attendre) au cinéma en septembre

    Deux amies prodigieuses

    Dans le tandem Chuat-Reymond, les deux personnalités se complètent et, avec le temps, chacune a trouvé son champ de compétences. Les tournages s’effectuent toujours en duo. Celui des «Dames» a été long et intense, afin d’instaurer ce rapport de confiance avec les héroïnes. Un projet qui a pris 7 ans en tout, du casting géant passé à travers une annonce dans le magazine Générations, à la recherche du financement, particulièrement difficile dans un monde de l’audiovisuel en pleine mutation.

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    Le secret de leur entente? La loyauté. «Nous avons des moments de désaccord, bien sûr. Pendant le montage, par exemple, on ne rigole pas tous les jours (!)… je peux être butée, c’est vrai. Mais je n’aime pas les conflits. On discute, chacune argumente jusqu’à ce qu’on trouve la voie médiane. On travaille toute la semaine ensemble, mais le week-end et les vacances, on a nos activités chacune de notre côté avec nos compagnons respectifs. C’est nécessaire et c’est aussi la raison pour laquelle ça fonctionne entre nous depuis si longtemps.»

    Leur quotidien ressemble bien à un job de rêves et elles n’ont pas l’impression d’aller au travail.

    «On a la chance de faire ce qu’on aime. Cela part toujours d’une envie, reste à savoir ensuite ce qu’on en fait. Cela peut être très varié: une série web, un documentaire feuilletonné… la pression vient de ce qu’on ne sait jamais si on va arriver à faire ce qu’on a en tête. On alterne des périodes de creux, où on a plein d’idées mais rien ne prend, et d’autres au contraire où il y a trop. C’est ainsi.»

    Son actu

    La sortie du film «Les Dames»,  dès le 26 septembre au cinéma. Liste des projections en présence des réalisatrices.

    Ce qui la dope

    La lumière et l’énergie électrique que je ressens à Los Angeles, où je me suis rendue plusieurs fois cette année.

    Son don inattendu

    Je retrouve les clés! Ma mère  les perdait tout le temps quand j’étais petite et je m’amusais à les chercher.

    Sur sa shamelist

    Je ne suis vraiment pas sportive, mais j’adore écouter Sport Première, sur la Radio romande en faisant un sudoku du magazine Coopération…

    Se contenter du nécessaire, vivre le moment présent... quand la philosophie Disney nous inspire

     

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